INSCRIPTION

- Lutte anti-Tabac (Dr Vernant) - Genericlop

Jean-Paul Vernant recommande à la Ministre Marisol Touraine d'intégrer la cigarette électronique dans sa politique de lutte contre le tabagisme.

PROFESSEUR JEAN-PAUL VERNANT
JUILLET 2013
RAPPORT À
LA MINISTRE DES AFFAIRES SOCIALES ET DE LA SANTÉ
ET À
LA MINISTRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE
Recommandations pour
le troisième Plan Cancer
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 1
Sommaire
1 – OBJECTIFS POUR UN TROISIEME PLAN CANCER 7
1-1 OBJECTIFS 7
1-2 CONTEXTE 8
1-3 METHODE 8
1-4 EVALUATION DE L‘IMPACT DES 1er et 2e PLANS CANCER 9
1-5 PROPOSITIONS D’OBJECTIFS STRATEGIQUES POUR UN 3e PLAN
CANCER 11
1-5-1 Réduire effectivement les inégalités de santé liées au cancer
1-5-2 Adapter le système de santé aux évolutions de la prise en charge
des cancers et aux modifications des modes d’implication des malades
1-5-3 Simplifier l’organisation pour une meilleure efficacité
2 – CINQ AXES THEMATIQUES 15
2-1 PREVENTION et DEPISTAGE 15
2-1-1 Prévention 15
2-1-1-1 Education à la santé et inégalités sociales de santé
2-1-1-2 Lutte contre l’exposition au tabac, à l’alcool et à la surcharge pondérale
2-1-1-3 Lutte contre l’exposition aux risques professionnels
2-1-1-4 Contrôle de l’exposition aux risques environnementaux
2-1-1-5 Vaccination contre les virus impliqués dans des cancers
2-1-1-6 Diagnostic du risque génétique de cancer
2-1-2 Les dépistages 29
2-1-2-1 Le dépistage du cancer du sein
2-1-2-2 Le dépistage du cancer colorectal
2-1-2-3 Le dépistage du cancer du col
2-1-2-4 Le diagnostic précoce du mélanome.
2-1-2-5 Le dépistage du cancer de la prostate
2-1-2-6 Le dépistage en milieu carcéral
2-2 RECHERCHE 38
2-2-1 Recherche d’amont
2-2-2 Recherche translationnelle
2-2-3 Recherche clinique
2-2-3-1 Etudes cliniques
2-2-3-2 Essais cliniques de phase précoce
2-2-3-3 Les groupes coopérateurs
2-2-4 Biobanques
2-2-5 Radiothérapie et radiobiologie
2-2-6 Recherche dans les domaines de la technologie
2-2-7 Recommandations générales relatives à la recherche
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 2
2-3 LES METIERS, LES FORMATIONS ET PRATIQUES DE LA
CANCEROLOGIE 48
2-3-1 Oncologie médicale
2-3-2 Oncopédiatrie
2-3-3 Oncohématologie
2-3-4 Oncogériatrie
2-3-5 Chirurgie des cancers
2-3-6 Radiothérapie
2-3-7 Imagerie
2-3-8 Anatomie et cytologie pathologiques
2-3-9 Les nouveaux métiers
2-4 PARCOURS DE SOINS 69
2-4-1 L’annonce et la relation soignant-soigné
2-4-2 Les réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP)
2-4-3 Le programme de soins
2-4-4 L’articulation entre les établissements de soins et le domicile
2-4-5 Le développement de nouvelles activités pour mieux répondre
aux besoins des patients
2-4-6 Les délais de prise en charge
2-4-7 Les traitements anticancéreux oraux au domicile : chimiothérapie
et / ou thérapeutiques ciblées
2-4-8 La prévention du syndrome d’épuisement professionnel des soignants
2-5 LA VIE PENDANT ET APRES LE CANCER 80
2-5-1 La recherche
2-5-2 L’observation
2-5-3 L’information des patients et de leur entourage
2-5-4 La modification de la perception sociétale des cancers
2-5-5 Les soins de support
2-5-6 La lutte contre la douleur et le recours à la démarche palliative
2-5-7 L’accompagnement psychologique des patients et de leur entourage
2-5-8 L’accompagnement social
2-5-9 Les besoins d’accompagnement des personnes les plus démunies
2-5-10 L’activité physique adaptée
2-5-11 L’hygiène de vie et la qualité de la nutrition
2-5-12 L’accompagnement spécifique de l’enfant
2-5-13 La préparation de la vie après le cancer
2-5-14 La prise en compte des séquelles des traitements
2-5-15 La plastie mammaire
2-5-16 La prise en charge des implants supports de prothèses dentaires
et maxillo-faciales
2-5-17 La préservation de la fertilité
2-5-18 La reprise du travail
2-5-19 L’accès aux crédits et aux assurances
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 3
3 - CINQ AXES TRANSVERSAUX 110
3-1 MEDECINS GENERALISTES 110
3-2 L’EVOLUTION DES MODALITES D’IMPLICATION
DES PATIENTS 113
3-3 SYSTEMES D’INFORMATION 116
3-3-1 Les données d’incidence et de mortalité
3-3-2 Le dossier communicant de cancérologie
3-4 ORGANISATION 121
3-4-1 La gouvernance du plan
3-4-2 L’organisation des structures concernées par le plan
3-4-2-1 Les structures interrégionales
3-4-2-2 Les structures territoriales
3-4-2-3 Une organisation spéciale pour les départements d’outre-mer
3-4-2-4 Une modification de l’organisation des dépistages organisés
3-5 PROBLEMES ECONOMIQUES DU CANCER 130
3-5-1 Les dépassements d’honoraires
3-5-2 Les conséquences économiques des progrès dans le traitement
et la prise en charge des malades sur les établissements de santé
3-5-3 La nécessaire anticipation de l’impact économique des traitements
innovants
4 - CONCLUSION 134
5 - ANNEXES 136
Annexe 1 : Documents concernant la mission
Annexe 2 : Elaboration du rapport
Annexe 3 : Auditions et entretiens réalisés
Annexe 4 : Liste des documents et contributions analysés
Annexe 5 : Evaluation des objectifs « cancer de la loi de santé publique de 2004 »
Annexe 6 : Liste des sigles et acronymes
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 4
Un plan national de santé peut être un plan parmi d’autres,
éventuel facteur de morcellement et de confusion. Nous espérons
que ce ne sera pas le cas du troisième plan cancer, parce qu’il
s’attachera à proposer des solutions pour tenter de régler les
difficiles problèmes des inégalités sociales, des rapports entre
soignants et soignés et entre médecine hospitalière et médecine de
ville qui débordent largement le cadre du cancer.
Ainsi nous osons espérer que ce plan aura quelque chance de
produire un effet de levier et qu’il contribuera à améliorer de façon
plus générale le système de santé.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 5
1 - OBJECTIFS POUR UN
TROISIEME PLAN CANCER
Le 3e plan cancer vient à la suite de 2 plans cancer mis en place pour les périodes 2003-
2007 et 2009-2013. Il s’agit donc d’une véritable politique de lutte contre le cancer qui a
été engagée il y a 10 ans et qui doit se poursuivre avec ce troisième plan dans la
continuité des précédents.
1-1 OBJECTIFS
Le plan cancer était l’un des cinq plans stratégiques quinquennaux de santé publique
prévus pour atteindre les objectifs de la loi de santé publique de 2004. A l’issue du premier
plan (2003-2007), un deuxième plan a permis de réaffirmer des objectifs stratégiques
déclinés à travers 5 axes, 30 mesures et 119 actions.
Ce deuxième plan, piloté par la Direction Générale de la Santé (DGS) a été mis en oeuvre
principalement par l’Institut National du Cancer (INCa) et pour la partie recherche par
convention avec l’alliance AVIESAN regroupant les opérateurs de recherche en sciences de
la vie et de la santé. L’évaluation de l’atteinte des objectifs de ce plan a été confiée au
Haut Conseil de la Santé Publique en 2 temps : une évaluation à mi-parcours réalisée en
2011 et l’évaluation finale qui sera réalisée à l’issue du plan. Pour la partie du plan
concernant la recherche, l’évaluation avait été confiée à l’AERES qui n’a pu mener à bien
sa mission.
Le Président de la République dans son discours du 4 décembre 2012 a annoncé le
lancement d’un 3e plan cancer couvrant la période 2014-2018 et a souhaité que soit établi
un rapport d’orientation préparant la rédaction du plan. Le Président de la République a
tracé les grandes lignes sur lesquelles ce plan devait être conçu :
 le renforcement de la prévention,
 la continuité des soins entre l’ambulatoire et l’hospitalier,
 le développement du continuum « recherche / prise en charge » insuffisamment
pris en compte dans les plans précédents,
 l’amélioration de la vie des patients durant et après le cancer,
 la prise en compte renforcée des inégalités sociales, géographiques, comportementales.
Le cancer constitue un triple enjeu de santé publique : humain, social et économique et
les objectifs et les mesures préconisées dans ce rapport tiennent compte de l’évolution des
connaissances, des pratiques et du contexte économique.
Ce rapport a été établi selon 4 principes :
 la prise en compte de l’évaluation de l’impact des 1er et 2e plans cancer (du moins
pour les mesures à propos desquelles une telle évaluation a pu être réalisée) et de
la situation de la France parmi les autres pays,
 le souci d’intégration entre la recherche, la prévention et le soin,
 la nécessité d’accélérer le transfert des connaissances et l’innovation vers le soin,
 la simplification de l’organisation existante.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 6
1–2 CONTEXTE
Le cancer est la principale cause de mortalité en France avec 148 000 décès estimés en
2012 et 355 000 nouveaux cas par an. Le risque individuel de cancer augmente alors que
le risque de décès par cancer diminue. Cependant on estime à près de 80 000 le nombre
de décès évitables qui peuvent faire l’objet de mesures de prévention.
Le cancer en France est la pathologie dans laquelle les inégalités de santé sont très
marquées par rapport aux autres pathologies et par rapport aux autres pays européens.
La réduction des inégalités de mortalité par cancer constitue un objectif que la France doit
atteindre dans les 10 prochaines années.
En effet, le cancer en France constitue :
 la principale cause de mortalité prématurée,
 une des causes majeures de mortalité évitable,
 la principale cause des inégalités sociales en termes de mortalité.
Plusieurs indicateurs confirment les disparités importantes selon les territoires
(départements, régions), le niveau d’études ou l’activité professionnelle. Par ailleurs, l’âge
avancé, notamment supérieur à 75 ans, est également un facteur d’inégalité.
1–3 METHODE
L’élaboration de ce rapport d’orientation a été conduite de façon à répondre aux objectifs
rappelés ci-dessus et a comporté 2 temps : l’évaluation des plans cancer précédents et
l’élaboration de recommandations pour la rédaction du 3e plan cancer.
Des groupes de travail ont été formés pour les 5 axes du futur plan cancer. La composition
de ces groupes est donnée en annexe. Chacun des groupes de travail a procédé à des
auditions de personnalités qualifiées ou de représentants d’institutions ou associations. La
liste des personnes auditionnées est donnée en annexe.
Chaque audition a été organisée en 3 temps : l’évaluation, du point de vue de la personne
auditionnée, du 2e plan cancer (« De votre point de vue, et dans les domaines qui vous
concernent, quels sont les succès et les échecs du 2e plan cancer ? ») ; des propositions
pour le 3e plan cancer (« Citez 1 à 5 mesures que vous souhaiteriez voir dans le 3e plan
cancer ») ; une discussion avec le groupe de travail pour confronter les points de vue. La
plupart des auditions ont donné lieu à une contribution écrite finalisée.
Des représentants des directions ministérielles en charge de la santé, de l’offre de soins,
de la cohésion sociale, de la recherche et de l’enseignement supérieur et de l’INCa ont été
invités à participer à ces auditions.
Ces auditions ont été complétées par l’analyse de contributions spontanées, et notamment
de celles déposées sur le site du Plan cancer et sur celui de la Ligue Nationale contre le
Cancer. Pour ces dernières, compte tenu de leur nombre important, la Ligue Nationale
contre le Cancer a remis une synthèse organisée par axe.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 7
Ce rapport se présente de la façon suivante :
 une présentation synthétique de l’évaluation des impacts des 1er et 2e plans
cancer issue de la contribution du Haut Conseil de la Santé Publique à la préparation
de ce plan. Cette synthèse est complétée par une analyse plus détaillée
donnée en annexe,
 des propositions d’objectifs stratégiques d’amélioration de la prise en charge des
cancers,
 des propositions d’objectifs et de recommandations organisées par axe thématique,
 des annexes.
Les propositions d’objectifs et de recommandations de ce rapport sont
articulées en 5 axes thématiques :
 le développement de la prévention et du dépistage,
 la recherche,
 les métiers, les formations et les pratiques de la cancérologie,
 le parcours de soins,
 la vie pendant et après le cancer.
5 axes transversaux complètent ces propositions et concernent :
 l’implication du médecin traitant,
 l’évolution des modalités d’implication des malades,
 l’organisation cible proposée pour obtenir une simplification, une meilleure lisibilité
et une meilleure efficacité de la lutte contre le cancer,
 le système d’information,
 les problèmes de financement et de tarification se posant aux patients et aux
établissements de santé.
Chacune des recommandations est précédée de constats qui contribuent à une évaluation
des mesures du 2e plan cancer.
Les inégalités sociales face au cancer constituent une priorité. Toutefois, il a été décidé de
ne pas faire un axe spécifique sur ce thème. Pour signifier que la lutte contre les inégalités
devait être une préoccupation de tous à tous les instants de la prise en charge, des
mesures destinées à renforcer la prise en compte des inégalités ont été proposées dans
chacun des axes thématiques de ce rapport.
1–4 EVALUATION DE L’IMPACT DES 1er et 2e
PLANS CANCER
Le HCSP a noté dans son évaluation à mi-parcours qu’il existait peu d’indicateurs
disponibles pour mesurer les effets des différentes mesures du 2e plan cancer. Les
indicateurs suivis par l’INCa sont pour l’essentiel des indicateurs de processus, et les
indicateurs épidémiologiques disponibles correspondent aux premières années du 2e plan
cancer.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 8
L’évaluation des impacts du plan cancer et des effets des mesures n’est donc pas possible
à ce stade. Cette évaluation sera réalisée en 2014.
Toutefois, le suivi des objectifs de la loi de santé publique de 2004 permet une évaluation
partielle et indirecte de l’impact de la politique de lutte contre le cancer en général et des
mesures des plans cancer en particulier.
Seize objectifs de la loi de 2004 sont en lien avec le cancer. Quatre sont liés à l’exposition
à l’alcool et au tabac (objectifs 1, 2, 3 et 4), trois sont en lien avec la nutrition (objectifs 5,
9 et 10), deux sont liés à l’environnement de travail et à l’environnement général (objectifs
17 et 19), un est lié à la qualité de vie (objectif 31) et les six autres sont en lien direct
avec le cancer (objectifs 48,49,50,51,52 et 53).
L’évaluation de ces 16 objectifs, fondée sur le rapport de la Direction de la recherche, des
études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) est donnée en annexe.
Les constats suivants peuvent être faits :
 Les principaux facteurs de risque de cancer sont connus dans la population : très
connus pour l’alcool et le tabac, relativement bien connus pour l’exposition au soleil,
assez connus pour l’alimentation et l’activité physique.
 La connaissance des facteurs de risque est cependant très inégale et toujours marquée
par un gradient social (niveau de revenu, niveau d’études, nature de l’activité
professionnelle).
 L’efficacité des mesures de prévention, prises depuis près de 10 ans, a été d’autant
moins marquée que les facteurs de risque sont importants. Ainsi, les progrès ont
été notables pour l’exposition solaire, la nutrition ou l’activité physique. En revanche,
la politique de prévention n’a pas produit les effets attendus pour la consommation
tabagique.
 La politique de lutte contre le tabac conduite en France depuis 2004 est un échec.
L’effet a été même contraire à celui attendu pour les catégories sociales défavorisées
qui ont augmenté leur consommation durant les dernières années. Cet échec
doit amener à reconsidérer cette politique.
 La généralisation des dépistages est un acquis des 1er et 2e plans cancers.
 En revanche, les taux de participation comme les taux de couverture sont encore en
deçà des taux nécessaires à leur efficacité et à la réduction des inégalités.
 Pour les tumeurs ne rentrant pas dans le cadre d’un dépistage organisé, la situation
est contrastée. Le dépistage du cancer du col, qui n’est généralisé et organisé qu’à
titre expérimental dans certains départements, est l’objet d’inégalités sociales marquées.
Ces inégalités peuvent se renforcer en raison des difficultés d’accès aux consultations
de gynécologie. Le dépistage du cancer de la prostate est en revanche
largement pratiqué sans que son utilité ait été démontrée.
 La mortalité prématurée évitable est en France la plus importante de tous les pays
européens pour les hommes et la troisième pour les femmes. Les décès par cancers
évitables, soit par la prévention primaire, soit par le dépistage, expliquent la majeure
partie de cette mortalité évitable.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 9
 La tendance favorable observée sur la survie des cancers devrait se poursuivre. Des
gains doivent pouvoir être obtenus dans certains cancers de pronostic encore très
péjoratif ou chez les personnes de plus de 75 ans.
 Les inégalités de santé liées au cancer, priorité du 2e plan cancer, restent importantes
dans notre pays. Le dernier rapport de l’INCa, « la situation du cancer en
2012 », pointe ce problème. Ainsi, même si des projets de recherche ont été financés
(95 depuis 2009), le problème des inégalités n’a été que partiellement abordé
et demeure une priorité.
1-5 PROPOSITIONS D’OBJECTIFS
STRATEGIQUES POUR UN 3e PLAN CANCER
Sur la base de l’évaluation des objectifs de santé publique en lien avec le cancer, nous
proposons 3 objectifs permettant une modification de l’état de santé de la population :
 La réduction effective des inégalités de santé. Cet objectif peut être mesuré
par des indicateurs d’impact existants et doit constituer une des lignes directrices
du 3e plan cancer.
 Les adaptations nécessaires du système de santé et de son financement liées
aux modifications prévisibles de la prise en charge des cancers qui imposent une
évolution des pratiques, des métiers et des équipements. La participation des médecins
traitants dans le parcours de soins sera essentielle dans ce processus
d’adaptation.
 La simplification de l’organisation existante. Une simplification de
l’organisation permettra d’en augmenter l’efficacité et la cohérence.
1-5-1 Réduire effectivement les inégalités de santé
liées au cancer.
La réduction des inégalités de santé doit être l’un des objectifs principaux du plan 3e plan
cancer et doit être suivie par des indicateurs.
Le 2e plan cancer a mis en avant, de manière novatrice, la lutte contre les inégalités,
objectif qui ne figurait pas dans le plan précédent. L’objectif de réduction des inégalités
s’impose, compte tenu des écarts constatés, sur la prévalence des facteurs de risques
(comportements de santé, environnements et conditions de travail, environnement
physique) le dépistage, l’incidence, la mortalité, les parcours de soins.
Cette réduction constitue un défi visant à assurer plus d’équité et d’efficacité dans
l’ensemble des mesures de lutte contre les cancers.
L’évaluation à mi-parcours du 2e plan cancer observe que peu de mesures abordent
spécifiquement le champ des inégalités sociales liées au cancer. La problématique sociale
est traitée en aval des soins à travers l’intervention des professionnels du domaine social
parallèlement à celle des professionnels de soins ; elle est partiellement intégrée dans la
partie prévention-dépistage ; très insuffisamment traitée dans la partie observation et
soins. En effet, l’accès aux soins pose toujours problème dans notre système de santé,
notamment à cause des dépassements d’honoraires et des restes à charge.
Il apparaît que, si les inégalités territoriales ont davantage été prises en compte dans le 2e
plan cancer, l’objectif de réduction des inégalités sociales liées au cancer n’a pas été
concrétisé par des mesures accompagnées d’objectifs opérationnels.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 10
Les mesures nationales (tabac, alcool, dépistages), même globalement efficaces, ont pu
finalement renforcer les inégalités du fait de leur moindre adaptation aux populations les
plus à risque ou les moins favorisées.
L’objectif proposé est une réduction sensible et objective en 10 ans des
inégalités face au cancer.
Cette réduction effective des inégalités, peut être suivie par 4 indicateurs :
La mortalité prématurée par cancer.
En France, la mortalité prématurée évitable par cancer est importante. Elle résulte
essentiellement de l’exposition à des facteurs de risque et est marquée par des
inégalités sociales importantes.
La prévention primaire des cancers doit être repensée, pour s’adresser, avec
des méthodes adaptées et efficaces, aux groupes à risque et aux populations
précaires.
Les inégalités de participation aux dépistages des cancers.
La combinaison des dépistages organisés et individuels du cancer du sein permet
d’obtenir un taux de couverture satisfaisant proche de 70 %. Toutefois, les données
de suivi du dépistage organisé et les enquêtes montrent d’importantes disparités
selon les territoires, l’âge et les caractéristiques socio-économiques. La lutte contre
les inégalités de participation au dépistage doit être une priorité pour les prochaines
années.
Le taux de participation au dépistage du cancer colorectal doit être porté à 60 %
dans toutes les tranches d’âge concernées. Cet objectif doit être poursuivi en
veillant à ne pas creuser les inégalités d’accès.
Le dépistage du cancer du col reste un dépistage individuel favorisant une forte
inégalité sociale de participation qui se traduit dans les données d’incidence ou de
mortalité. La généralisation d’un dépistage organisé et le développement de la
vaccination anti-HPV devraient permettre de réduire ces inégalités.
Le sur-risque de mortalité des cancers chez les personnes de plus de 75 ans.
En France, 30,6 % des nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chez des
personnes de plus de 75 ans, qui ne représentent que 7,7 % de la population. Les
données des registres français des cancers montrent un taux relatif de mortalité
augmentant fortement en fonction de l’âge au moment du diagnostic. Ce risque
peut être réduit en luttant contre le retard au diagnostic, par l’information et
l’éducation des populations concernées et des professionnels de santé.
Les inégalités de survies.
La survie résulte de la prise en charge. L’estimation de la survie, intégrant des
données sociales et professionnelles constitue un indicateur permettant de suivre
les inégalités de prise en charge. L’objectif 49 de la loi de santé publique de 2004
prévoyait d’assurer une prise en charge multidisciplinaire et coordonnée pour
100 % des patients atteints de cancer afin d’améliorer la survie. La HAS vient
d’estimer que seuls 80 % des patients traités pour un cancer voient leur dossier
examiné en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).
Les RCP sont une garantie pour les patients d’une prise en charge de qualité et
d’accès à l’innovation et leur généralisation est un moyen de lutter contre les
inégalités.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 11
Quatre autres points critiques de la prise en charge paraissent particulièrement porteurs
d’inégalités dans notre système de santé où la prise en charge financière est assurée pour
les soins :
 les délais de diagnostic et de prise en charge,
 l’accès aux technologies et médicaments innovants,
 l’accompagnement et le suivi du patient après le traitement,
 les restes à charge et les dépassements d’honoraires.
Ces points doivent faire l’objet d’un suivi spécifique par des indicateurs :
Au total, l’objectif d’une réduction de mortalité par cancer liée à des inégalités
sociales est évaluable sur une période de 10 ans.
Il nécessite de mettre en oeuvre des mesures ciblées sur les populations
défavorisées ou à risque élevé et portant sur la prévention, la participation aux
dépistages, la coordination des soins et l’accompagnement pendant et après le
traitement
1-5-2 Adapter le système de santé aux évolutions de
la prise en charge des cancers et aux modifications
des modes d’implication des malades
Les évolutions démographiques et épidémiologiques des cancers posent au système de
santé, un défi d’adaptation. Le vieillissement de la population et les augmentations
d’incidence de certains cancers permettent de prévoir une augmentation globale du
nombre de nouveaux cas. Cette tendance est confirmée par les estimations annuelles
produites par l’INCa et les registres.
Avec les pratiques actuelles, les capacités du système de soins à prendre en charge tous
les nouveaux patients risquent d’être dépassées. Le rapport du réseau FRANCIM sur les
délais de prise en charge montre d’ailleurs une augmentation de ce délai pour les cancers
du colon et du sein dans les 3 registres observés entre les périodes 1999-2003 et 2004-
2008. Cette augmentation n’est pas observée pour d’autres tumeurs moins fréquentes.
Parallèlement, le développement de médicaments innovants et de nouvelles techniques
performantes impose de modifier les pratiques mais aussi les systèmes de financement
des établissements.
Certains cancers évoluent vers des maladies chroniques, comportant des phases
thérapeutiques successives, des intervenants multiples et des adaptations de la prise en
charge des patients. Comme pour les autres maladies chroniques, la prise en charge de
ces malades devient un réel « parcours » qui doit être piloté pour éviter les pertes de
chances pour certains.
De même, l’implication du patient dans sa prise en charge doit évoluer vers une
« autonomisation » et la participation du médecin traitant doit être développée.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 12
Ce rapport propose donc des mesures spécifiques permettant une adaptation
de notre système de santé aux évolutions du cancer.
1-5-3 Simplifier l’organisation pour une meilleure
efficacité.
Les 1er et 2e plans cancer ont mis en place de nombreuses structures pour le dépistage, la
recherche et le soin. Ces structures ont rempli leurs missions, mais au prix de
fonctionnements lourds et aux dépens d’une articulation entre les différents secteurs.
La loi HPST a par ailleurs modifié profondément le fonctionnement du système de santé,
confiant aux ARS la responsabilité de l’organisation des soins dans les régions.
Le 3e plan cancer doit être l’occasion de simplifier l’organisation de la lutte
contre le cancer pour en renforcer l’efficacité et permettre les interactions
entre la recherche, la prévention et les soins.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 13
2 – CINQ AXES THEMATIQUES
2-1 PREVENTION et DEPISTAGE
2-1-1 Prévention
Le développement d’une prévention réellement efficace est un moyen de réduire les
inégalités de santé. Ceci est possible à condition de redéfinir une prévention ciblée sur les
populations plus exposées à des facteurs de risque de cancer ou plus réticentes à
appliquer des mesures de prévention et de dépistages. Parmi les principaux facteurs
modifiables, les agents infectieux et l’activité physique n’ont pas été intégrés au 1er plan
cancer. Ces facteurs ont été introduits dans le 2e plan cancer mais de façon peu marquée.
De même, des leviers d’intervention préventive importants ne sont pas présents ou le sont
peu, et particulièrement l’éducation pour la santé. Plus globalement, l’axe prévention du
plan cancer a souffert du manque d’un pilotage clair et d’une coordination générale,
notamment interministérielle (santé, recherche, éducation nationale, travail, etc).
Les constats faits sur la base des indicateurs de la loi de santé publique de 2004 amènent
à proposer une réorientation forte de la prévention sous 4 angles :
 le développement de l’éducation à la prévention et notamment en milieu
scolaire,
 le développement d’une prévention ciblée sur les populations à risque et
particulièrement sur les populations les plus défavorisées,
 le renforcement de la prévention en direction des risques majeurs par des
programmes ambitieux et financés par les taxes perçues,
 le renforcement de la recherche cognitive (mesures des risques,
comportements) et interventionnelle dans ce domaine.
Les politiques publiques n'ont pas empêché un creusement des inégalités sociales
concernant le tabagisme, chez les hommes, mais aussi chez les femmes et parmi les
jeunes générations.
La littérature ne permet pas de conclure clairement sur l’effet des hausses des prix en
fonction du statut socio-économique des sujets. La question des effets secondaires
individuels et collectifs de ces politiques a été soulevée. Il est nécessaire qu’une
augmentation des prix du tabac soit accompagnée d’un programme qui permette d’en
réduire les effets négatifs potentiels. Force est de constater, au vu de la littérature
internationale, que l’on en sait trop peu sur les interventions qui pourraient réduire la
consommation de tabac dans les groupes de faible niveau socio-économique. Des travaux
de recherche portant sur les différentes modalités d’intervention, et prenant en compte les
caractéristiques de ces groupes et leurs raisons de fumer sont impératifs. Il s'agit donc de
redéfinir les stratégies de prévention, pour prendre en compte les difficultés à l'arrêt du
tabac, les blocages, la signification du tabagisme dans certains groupes et les effets
secondaires possibles de l'arrêt du tabac.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 14
Il faut considérer la volonté d'arrêt mais aussi la difficulté que certains individus
rencontrent pour réussir et développer dans ce domaine des actions de recherche, y
compris interventionnelles. Enfin il faut soutenir économiquement les efforts de sevrage en
tenant compte du fait que certains fumeurs ont besoin de plusieurs tentatives pour arrêter
le tabac. À plus long terme, cette politique de réduction du tabagisme, pour être efficace,
devrait s’insérer dans une politique de lutte contre les inégalités sociales de santé en
général, prenant en compte les déterminants sociaux de la santé.
2-1-1-1 Education à la Santé et inégalités sociales de santé.
Le rapport de M. Marmott (Review fair healthy society – february 2010) souligne que « le
premier objectif politique concernant la réduction des inégalités de santé est de donner à
chaque enfant le meilleur départ possible dans la vie par des dispositifs d’éducation et de
prise en charge développés proportionnellement au gradient social ». En termes de santé
publique, la priorité est de prendre en compte les situations de vulnérabilité, individuelles
et locales.
Parmi toutes les pathologies, le cancer constitue celle pour laquelle les inégalités de santé
sont les plus importantes, d’où la nécessité de reconsidérer la prévention des cancers sous
l’angle des inégalités sociales.
CONSTATS
Les constats suivants peuvent être faits dans ce domaine : une faible prise en compte des
inégalités dans les mesures concernant la prévention.
Le terme « inégalités » n’apparait pas dans le texte de la mesure 11 visant à « Promouvoir
des actions de prévention sur les liens entre l’alimentation, l’activité physique et les
cancers ». Il n’avait pas été prévu d’orienter explicitement certaines actions en fonction de
critères sociaux. Pourtant, les comportements nutritionnels et les comportements
d’alcoolisation sont très socialement marqués, de même que la mortalité des cancers liés à
l’alcool ou au tabac.
Si les inégalités ne sont pas non plus mentionnées dans l’explicitation de la mesure 12
« Renforcer la prévention des cancers liés à l’environnement en particulier dans le
domaine professionnel », cette mesure aurait dû largement prendre en compte les
inégalités sociales pour les réduire.
Des mesures prévues par le plan et directement orientées vers la réduction des
inégalités sociales trop peu nombreuses en matière de prévention et de
dépistage.
De plus, les mesures prévues ne sont pas toutes engagées à mi-parcours. Malgré la
mention dans les objectifs généraux de la mesure 10 consacrée au tabac, de la nécessité
de « s’attaquer aux inégalités sociales et régionales face au tabac », les différentes actions
relevant de cette mesure n’ont pas fait l’objet de déclinaison particulière en direction des
populations les plus vulnérables.
La prévention des cancers liés à l’environnement, qu’il s’agisse de l’environnement
professionnel ou de l’habitat devrait suivre de près la question des inégalités sociales. Ce
n’est pas ou peu le cas.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 15
Le recensement des cancers professionnels (action 12.1 du 2e plan cancer) s’appuie sur
des données comme les rapports annuels des médecins du travail qui, selon la Direction
Générale du Travail, ne comportent aucun indicateur social.
Des disparités infranationales et infrarégionales de mortalité par cancer qui
peuvent potentiellement s’accentuer.
Malgré des situations territoriales très différentes pour les principaux facteurs de risque
que constituent le tabac, l’alcool ou la nutrition, la question des inégalités territoriales n’est
pas mentionnée dans les mesures concernant la prévention dans le 2e plan cancer. Seuls
deux objectifs quantifiés portent sur la réduction des écarts entre territoires. D'autre part,
les ARS, acteurs centraux de la lutte contre les inégalités territoriales, sont peu citées dans
le Plan.
Des structures de proximité peu mobilisées en matière de prévention et de
dépistage pour réduire les inégalités sociales de santé.
De nombreuses collectivités territoriales ont mis en place des structures de proximité de
type Ateliers santé Ville (ASV). Le HCSP considère dans son avis de 2013 que sur le terrain
de la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé, les ASV constituent un
exemple unique et innovant. Dispositifs impulsés au niveau national, les ASV se sont
développés au niveau communal ou intercommunal pour une approche territoriale des
problèmes de santé jusqu’à l’échelle d’un quartier. Ils permettent le développement de
programmes de santé publique en s’appuyant sur des dynamiques et des réseaux
d’acteurs locaux.
En dehors de quelques expérimentations, ces structures sont peu mobilisées en termes de
prévention ou d’incitation à la participation aux dépistages organisées.
2-1-1-1-a OBJECTIF
Modifier l’approche de la prévention pour passer d’une prévention prescriptive fondée sur
les interdictions à une prévention éducative.
RECOMMANDATIONS
 Intégrer l’éducation à la santé et la prévention (primaire et dépistage) au cours de la
scolarité et s’assurer de l’acquisition de ces connaissances
 Mettre en place, pour les personnels de santé et les personnels éducatifs, une formation
en santé publique initiale et continue, adaptée à la santé de l’enfant et de
l’adolescent.
 Développer une culture en santé publique commune aux personnels scolaires.
2-1-1-1-b OBJECTIF
Développer des programmes de prévention spécifiquement en direction des populations
défavorisées et à risque et spécialement concernant la consommation de tabac et d’alcool.
RECOMMANDATIONS
 Prévoir systématiquement la complémentarité entre des actions menées à large
échelle et des actions de prévention ciblées.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 16
 Adapter culturellement ces actions ciblées aux publics visés.
 Construire ces actions ciblées sur la base de programmes ou d’approches ayant
fait preuve de leur efficacité en France ou à l’étranger (programmes evidencebased).
 Associer les collectivités à travers les structures de proximité (ASV, centre de
santé...) à ces programme ciblés. Développer de réelles collaborations impliquant
les différents acteurs de proximité.
 Evaluer ces interventions ciblées dans le cadre de programmes de recherche interventionnelle
en développant les évaluations mixtes impliquant les équipes de
sciences humaines et sociales.
 Financer spécifiquement ces interventions ciblées par les taxes perçues sur la
vente du tabac.
2-1-1-2 - Lutte contre l’exposition au tabac, à l’alcool et à
la surcharge pondérale.
Différents programmes nationaux ont concerné les principaux facteurs de risque liés aux
comportements individuels. Ainsi depuis le 1er plan cancer, des mesures spécifiques ont
été mises en oeuvre contre la consommation de tabac et l’alcool. Les mesures liées à
l’activité physique et à la surcharge pondérale ont été proposées dans les Plans nationaux
Nutrition Santé.
En ce qui concerne spécifiquement le cancer, la mesure 11 du 2e plan cancer avait pour
objectif de contribuer à rendre l’environnement favorable à l’adoption et au maintien d’une
activité physique régulière, d’une alimentation saine pour tous les publics et
particulièrement les personnes atteintes de cancer ou à risque.
De nombreux rapports ont été produits récemment : rapport de l'Académie de médecine
(2009), les deux avis du HCSP (2010 et 2012), le rapport d'Yves BUR, député du Bas-Rhin
(2012), le livre blanc de l'Alliance contre le tabac (2012), une évaluation de la politique
publique de lutte contre le tabagisme par la Cour des comptes (2012) et plus récemment
(2013) par l’Assemblée Nationale.
CONSTATS
Un échec de la politique de lutte contre le tabac.
Le 2e plan cancer prévoyait dans sa mesure 10 de :
1) réduire la prévalence du tabagisme de 30 % à 20 % dans la population française,
2) réduire les incitations multiples à la consommation de tabac en prenant également en
compte la nécessité de s’attaquer aux inégalités sociales et régionales face au tabac.
Pour cela, des actions reposant pour une grande part sur des actions d’information et de
communication étaient préconisées et ont été mises en oeuvre comme le montre le bilan
établi par l’INCa. Les différents indicateurs concernant la consommation de tabac
montrent que les objectifs fixés n’ont pas été atteints et que les inégalités sociales se sont
aggravées en termes de consommation faisant de la France un pays dans lequel ce risque
augmente en comparaison avec les autres pays européens.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 17
L’augmentation de la consommation quotidienne chez les jeunes se poursuit selon le
baromètre santé INPES 2010, avec une augmentation de 2,5 % chez les hommes de 15 à
19 ans (23,1 % en 2005 contre 25,7 % en 2010). En revanche, une légère diminution
chez les filles de 15 à 19 ans est observée (22,2 % en 2005 contre 20,1% en 2010), alors
que l’augmentation du tabagisme se poursuit chez les femmes dans les autres tranches
d’âge.
Ces données sont confortées par l’enquête ESPAD qui montre une augmentation de la
consommation de tabac. Cette évolution fait de la France un des pays où la consommation
est la plus importante, particulièrement chez les femmes et où l’augmentation a été la plus
marquée (La santé en France et en Europe : convergences et contrastes. HCSP 2012).
Cette évolution des comportements est en contradiction avec la perception des risques liés
au tabac dans la population. 98 % des personnes interrogées dans le baromètre santé
cancer de l’INPES en 2010 connaissent les dangers du tabac (cf. annexe). Le problème
n’est donc pas celui de la connaissance du risque mais du comportement face au risque.
Malgré une politique active de lutte contre le tabagisme (augmentation du prix du tabac,
interdiction de fumer dans les lieux publics, information, communication agressive), le
tabagisme ne régresse pas en France contrairement à ce qui est observé dans d’autres
pays européens. Ce tabagisme explique en grande partie que la France a le taux de
mortalité prématurée évitable le plus élevée chez les hommes (92,2 pour cent mille en
2010).
Ce constat est partagé par la Cour des comptes dans son rapport de décembre 2012 et
par l’Assemblée Nationale dans ses rapports précités.
Par ailleurs, la rémunération des buralistes, basée directement sur le volume de vente, ne
peut qu’inciter à maintenir les ventes.
Enfin, le tabagisme passif a très probablement diminué dans les établissements destinés à
accueillir le public ou dans les lieux affectés à un usage collectif bien que l’on ne dispose
pas d’indicateurs mesurés régulièrement depuis le décret de 2006. En termes d’incidence
des cancers, l’effet de la réduction du tabagisme passif n’a pas été estimé.
Cette évolution globalement défavorable est notée dans le 6e rapport d‘étape du plan
cancer 2009-2013 :
« Malgré les mesures prises pour favoriser la prévention (avertissements graphiques,
interdiction de la vente de tabac aux mineurs, augmentations du prix du tabac) qui
entraînent une diminution des ventes, la consommation de tabac ne recule pas ».
Une politique contre le tabac reposant essentiellement sur l’augmentation des
prix et la communication sur les risques.
La HAS a recommandé dans son rapport de 2006 le remboursement des traitements de la
dépendance tabagique. La Cour des comptes et un rapport parlementaire de 2013
recommandent aussi ce remboursement. De même l’expérience britannique du NHS
souligne le bénéfice financier à côté du service sanitaire.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 18
Un forfait financé par les caisses d’assurance maladie et mis en place en 2007 permet de
rembourser les substituts nicotiniques et certains médicaments utilisés dans le sevrage
tabagique, à hauteur de 50 € par an et par assuré. Le 2e plan cancer a proposé de
renforcer le forfait au bénéfice des femmes enceintes, ainsi qu’aux bénéficiaires de la CMU
pour leur première année de prise en charge (150 €).
Une étude récente menée par une équipe française a estimé que le rapport coût /
efficacité du remboursement à 100 % des substituts nicotiniques était intéressant même
dans une hypothèse basse du taux de succès du sevrage tabagique. Le récent rapport de
la MILDT note que cette mesure allègerait le budget de l’Etat de 23 millions d’euros et
bénéficierait à l’assurance maladie (rapport Reynaud pour la MILDT).
Enfin, la diffusion des cigarettes électroniques doit être évaluée à la fois en termes
d’efficacité et de nocivité potentielle.
Une diminution de la consommation alcoolique mais des objectifs non encore
atteints.
L’objectif 1 de la loi de santé publique qui visait en 2008 une consommation annuelle
moyenne d’alcool pur de 11,5 litres n’est toujours pas atteint puisque en 2009, la
consommation est estimée à 12,4 litres. Cependant la décroissance est constatée depuis
plusieurs années et se poursuit. Les chiffres disponibles traduisent donc une baisse de
l’alcoolisme chronique liée à la consommation de vin, chiffres cohérents avec la baisse de
l’incidence des cancers des voies aériennes digestives supérieures.
Il faut toutefois noter l’augmentation des conduites d’alcoolisation aiguë dont l’effet sur
l’incidence des cancers est pour l’instant inconnu.
Concernant la prévention des cancers, l’alcool qui reste la deuxième cause de cancer en
France, ne faisait l’objet d’aucune mesure spécifique dans le 2e plan cancer alors que 3
mesures concernaient cette exposition dans le 1er plan cancer (15,16, 17).
Une prise de conscience du surpoids et de l’obésité comme facteurs de risque
de cancer dans la population et des habitudes alimentaires qui commencent à
changer.
L’objectif de réduire la prévalence de surpoids et d’obésité n’a pas été atteint durant la
période d’observation de cet indicateur. De plus, ces prévalences sont marquées par des
disparités (catégories socioprofessionnelles, niveau d’études, situation géographique, âge
et sexe).
En revanche, le nombre des petits consommateurs de fruits et légumes a diminué, mais
cette baisse n’a été constatée que chez les adultes. On note toujours, comme pour les
autres facteurs de risque, des variations notables selon l’âge, le niveau d’études ou la
catégorie socioprofessionnelle.
Le baromètre santé cancer de l’INPES réalisé en 2010 montre que l’information sur le rôle
de l’alimentation et de l’obésité comme facteur de risque est passée dans le public, 63 %
reconnaissant à l’obésité un rôle péjoratif et 55,9 % à la consommation de 5 fruits et
légumes un rôle favorable.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 19
L’importance de l’activité physique reconnue dans la population.
Cet objectif est globalement atteint pour les adultes d’après le baromètre santé 2005 :
80,4 % des hommes et 78,2 % des femmes pratiquent une activité physique d’intensité
modérée. Cette proportion varie avec le sexe, l’âge, le niveau de diplôme et la catégorie
socioprofessionnelle. On peut donc considérer que le message du rôle de l’activité
physique comme protecteur de la survenue de cancer est passé dans la population, ce que
confirme le baromètre santé cancer de l’INPES (58,8 % des personnes interrogées
reconnaissant à l’activité physique un rôle protecteur), et a entraîné une modification des
pratiques.
Une recherche peu développée en France dans le champ de la prévention et des
modifications de comportements.
A la demande de son conseil scientifique international, l’INCa a initié une réflexion sur la
recherche en prévention et les modifications de comportements. Ce rapport a permis de
faire un premier état des lieux de la recherche en ce domaine. Il apparaît que celle-ci est
parcellaire et peu soutenue. 2 pistes sont proposées dans ce rapport : d’une part, la
nécessité de fédérer les différents financeurs pour attirer les chercheurs ; d’autre part, le
développement de démarches intégrées entre acteurs de la recherche en sciences
humaines et sociales et de la recherche en santé publique.
2-1-1-2-a OBJECTIF
Définir un plan contre la consommation tabagique, volontariste et soutenu, reposant sur
l’action combinée d’une prévention à large échelle et d’une prévention ciblée en direction
des populations les plus à risque (gros fumeurs, jeunes) et les plus défavorisées.
RECOMMANDATIONS
 Prendre en compte les résultats minimes des politiques des 10 dernières années contre
la consommation de tabac et l’aggravation des inégalités sociales face à ce risque.
Stopper la politique de stigmatisation des fumeurs qui a démontré son inefficacité en
particulier auprès des populations les plus vulnérables.
 Associer des moyens d’action combinés plutôt que la seule approche de l’augmentation
des prix.
 Définir une politique des prix reposant sur les expériences étrangères en veillant à ne
pas creuser les inégalités sociales.
 Mettre en place dans les 2 ans les paquets « neutres ».
 Rembourser à 100 % les substituts nicotiniques pendant 3 essais d’arrêt.
 Evaluer l’intérêt de la cigarette électronique dans la politique de sevrage.
 Intégrer l’intérêt d’une politique basée sur la réduction des risques telle qu’elle est appliquée
dans d’autres domaines.
2-1-1-2-b OBJECTIF
Intensifier la lutte contre la consommation excessive d’alcool pour atteindre les objectifs
fixés dans la loi de santé publique de 2004.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 20
RECOMMANDATIONS
 Cibler les populations les plus jeunes exposées à la consommation aiguë.
 Intégrer les nouvelles méthodes d’incitation et notamment les réseaux sociaux et la
publicité sur internet pour définir les moyens d’action.
 Intégrer à ces interventions des méthodes d’information sur les risques comme
l’affichage de la quantité totale d’alcool sur l’étiquetage des récipients.
 Mettre en place des études sur les risques liés à l’alcoolisation aiguë.
 Fixer un objectif annuel de consommation moyenne maximale.
2-1-1-2-c OBJECTIF
Poursuivre la lutte contre la surcharge pondérale et le manque d’activité physique.
RECOMMANDATIONS
 Cibler les populations les plus jeunes et particulièrement les plus défavorisées.
 Construire les actions ciblées sur la base d’interventions dont l’efficacité a déjà été
démontrée dans les populations cibles.
2-1-1-2-d OBJECTIF
Développer des programmes d’évaluation des politiques de prévention et de recherche
interventionnelle sur les changements de comportements en santé en lien avec les
inégalités sociales.
RECOMMANDATIONS
 Intégrer systématiquement des variables socio-économiques éprouvées comme marqueur
des inégalités (niveau d’études…) dans les indicateurs utilisés (consommation de
tabac, d‘alcool, incidence des cancers, mortalité…) pour mesurer les expositions ou les
conséquences des expositions aux facteurs de risque (cf. système d’information).
 Mettre en place un pilotage des actions, une évaluation et des mesures correctrices en
cas de renforcement des inégalités.
 Inciter les équipes de Sciences Humaines et Sociales et de santé publique à développer
des programmes conjoints sur le thème de la prévention des cancers.
 Inciter les financeurs à soutenir de façon concertée des programmes de recheche dans
le champ de la prévention et des modifications de comportements.
2-1-1-3 Lutte contre l’exposition aux risques professionnels.
CONSTATS
Des risques professionnels encore mal estimés.
Le nombre de cancers indemnisés s’élève à 1 773 en 2010, soit une baisse de 3,1 % par
rapport à 2009. Les expositions anciennes à l’amiante sont encore responsables de
l’essentiel des cancers reconnus avec 1 473 cas reconnus en 2010. Après l’amiante, les
principales causes de cancers reconnus sont les poussières de bois (74 cancers
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 21
indemnisés), les goudrons, huiles (63 cas indemnisés) et le benzène (41 cas indemnisés)
(Source : Conditions de travail Bilan 2011). Ainsi le nombre reconnu de cancers d’origine
professionnel est-il encore très faible particulièrement pour les cancers non liés à
l’amiante.
Des effets des mesures des plans cancer encore mal connus.
La loi de santé publique de 2004 prévoyait une réduction du nombre de personnes
exposées professionnellement à des substances cancérogènes de catégories 1 et 2 sur la
base de l’étude SUMER de 2003 et du recensement de 1,1 million de personnes exposées
à au moins 1 substance. L’étude SUMER n’ayant pas été renouvelée, cet objectif n’a pu
être évalué.
La mesure 13 du 1er plan cancer « Mieux impliquer la santé au travail dans la prévention
du cancer » se fondait sur le besoin de reconnaissance de l’origine professionnelle de
certains cancers, reconnaissance encore sous-estimée.
Cette mesure a été complétée par la mesure 12 du 2e plan cancer qui concernait pour une
grande part les cancers professionnels. Les chiffres de déclaration des cancers d’origine
professionnelle disponibles ne permettent pas d’évaluer l’effet de ces recommandations du
2e plan cancer.
Certains dispositifs comme les consultations « cancers professionnels » (action 12-4) n’en
sont qu’à un stade très expérimental et n’ont pas démontré leur efficacité. D’autres,
comme l’information des médecins du travail et des médecins traitants pour améliorer la
surveillance des personnes exposés aux produits CMR, n’ont fait l’objet d’aucune enquête
d’implémentation.
Si pour les grandes entreprises le document unique d’évaluation des risques professionnels
est opérationnel, il est le plus souvent inexistant en ce qui concerne les PME et TPE. Celles
qui s’y sont lancées l’ont fait plus pour respecter une obligation que dans un objectif de
réduction des risques.
Des connaissances scientifiques qui progressent.
Pour les agriculteurs, les risques liés à l’exposition aux pesticides viennent de faire l’objet
d’une expertise collective de l’INSERM (2013). Cette expertise confirme des liens entre une
exposition à certain pesticides et certaines pathologies cancéreuses (leucémies lymphoïdes
chroniques, lymphomes non Hodgkiniens, myélomes, mélanomes…). Elle préconise la mise
en place d’un suivi longitudinal des personnes exposées, le développement de la recherche
et une réduction des expositions à ces substances.
Une attention particulière doit être portée aux travailleurs agricoles antillais ayant, entre
autres, été exposés au chloredécone.
Par ailleurs, la mise en oeuvre de la politique de traitement des sites pollués par des
cancérogènes reconnus est encore peu lisible. L’évaluation en cours du plan Santé
Environnement devrait permettre de mieux connaître la mise en oeuvre réelle des mesures
mises en place.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 22
2-1-1-3-a OBJECTIF
Augmenter la déclaration des cancers d’origine professionnelle. Cette déclaration est le
temps essentiel pour mieux connaître les risques liés à une exposition professionnelle.
RECOMMANDATIONS
 Evaluer l’efficacité des consultations « cancers professionnels » sur le nombre de cancers
professionnels déclarés et retenus avant de les généraliser.
 Soutenir des programmes de recherche interventionnelle articulant la clinique et la médecine
du travail.
2-1-1-3-b OBJECTIF
Diminuer les risques en lien avec l’activité professionnelle (usage des pesticides chez les
agriculteurs, produits CMR dans l’industrie...).
RECOMMANDATIONS
 Mettre en place un recueil longitudinal des données d’exposition des professionnels
tout au long de la vie.
 Soutenir les cohortes dans la durée pour mieux connaître le lien entre l’exposition et le
risque de cancer (exemple cohorte AGRICAN).
 Etudier le risque particulier de cancer d’origine professionnelle dans les populations
vulnérables ou défavorisées.
 Mettre en place une cohorte de travailleurs agricoles antillais.
2-1-1-4 Contrôle de l’exposition aux risques
environnementaux
CONSTATS
Des risques environnementaux encore mal connus et mal estimés
Les données épidémiologiques récentes et les estimations de risque attribuent aux
expositions environnementales un nombre important de décès par cancer. Certaines
expositions comme celles concernant les perturbateurs endocriniens sont encore mal
connues. Cependant, les expositions sont pour la plupart multiples et de nombreux
facteurs de confusion existent.
Le contrôle de l’exposition au radon mis en oeuvre dans la loi de santé Publique
Parmi les risques environnementaux dont l’exposition peut être directement responsable
d’un cancer, seul le radon a fait l’objet d’un objectif de la loi de santé publique de 2004. Le
contrôle de cette exposition ne concernait que les établissements de santé et
d’enseignement de 31 départements considérés comme à risque. Le diagnostic escompté
a été posé mais les mesures de protection prises n’ont pas été recensées.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 23
Un 2e plan cancer ne comportant pas de mesures spécifiques relatives au
contrôle de l’exposition environnementale
Le 2e plan cancer a repris cette mesure de contrôle de l’exposition au radon en l’appliquant
à l’habitat et en prévoyant essentiellement une information de la population soumise à ce
risque. Le 6e rapport de suivi du plan ne fait pas état de la mise en oeuvre de cette
mesure, un décret de la loi HPST concernant le diagnostic et la prévention de cette
exposition doit paraître en 2013.
Des connaissances scientifiques qui progressent lentement
A la suite d’études internationales et notamment de l’étude INTERPHONE en Europe, le
Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé, en mai 2011, les champs
électromagnétiques de radiofréquences, dont ceux émis par les téléphones portables
comme possiblement cancérogènes pour l'homme. Le lien entre exposition aux ondes liées
à l’usage du téléphone mobile et tumeur cérébrale est faible, mais a été considéré comme
crédible.
En application du principe de précaution, et en attendant les résultats d’investigations
complémentaires, le ministère chargé de la Santé, l’ANSES et l’INPES ont édicté des règles
de « bon usage » du téléphone mobile. Un site spécifique d’information sur le bon usage
du téléphone portable a été mis en place par l’INPES.
Il en est de même des particules fines rejetées par les moteurs à carburant diesel classées
par le CIRC comme cancérigène à la suite d’un article paru dans le Journal of National
Cancer Institute en 2011 incitant à mettre en place des mesures de prévention dans la
population générale. L’effet des mesures prises concernant la réduction du rejet de ces
particules est encore incertain.
2-1-1-4-a OBJECTIF
Diminuer les seuils tolérés d’exposition de la population aux sources environnementales
polluantes.
RECOMMANDATIONS
 Limiter les sources de pollution atmosphériques urbaines et industrielles dont les gaz
d’échappement des moteurs diesel.
 Limiter les toxiques polluants des eaux (pesticides).
 Mesurer les expositions aux perturbateurs endocriniens.
2-1-1-4-b OBJECTIF
Augmenter le nombre d’équipes de recherche travaillant sur les liens entre cancer et
environnement.
RECOMMANDATIONS
 Soutenir la constitution de cohorte permettant de mesurer les effets des expositions
environnementales.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 24
 Caractériser cliniquement et biologiquement les cancers d’origine potentiellement
environnementale et faire des études comparatives avec des cancers « spontanés ».
 Renforcer les études d’impact sur la santé (Health Impact Assessment).
2-1-1-5 Vaccination contre les virus impliqués dans des
cancers
Le cancer du col de l’utérus et certains cancers du foie sont accessibles à une prévention
par la vaccination. La diminution de la mortalité par cancer du col doit être un objectif
d’impact. La vaccination est un des moyens par lequel cette baisse peut être obtenue.
CONSTATS
Une vaccination incomplète contre l’hépatite B
L’évaluation du plan Hépatites, qui vient d’être réalisée par le HCSP, note l’insuffisance de
couverture vaccinale contre l’hépatite B. Selon l’enquête effectuée auprès des médecins
généralistes et publiée dans le BEH 2012, 31 % de médecins généralistes se déclarent
encore défavorables à cette vaccination. Cependant amorcée dès 1998, l’augmentation de
la proportion de médecins généralistes se déclarant très favorables à la vaccination des
nourrissons est particulièrement sensible entre 2003 et 2009. Selon une étude de l’InVS,
bien qu’en progression, la couverture vaccinale de l’hépatite B chez le nourrisson reste
encore en-deçà des objectifs fixés par le comité des vaccinations. Une autre étude
(Vaccinoscopie 2011) montre un taux de couverture vaccinale contre l’hépatite B de 37 %
(pour un objectif de 75 %).
Parallèlement, l‘activité de dépistage de l’hépatite B a augmenté passant de 1 193 567
sérologies réalisées et remboursées en 2000 à 2 026 308 sérologies réalisées et
remboursées (soit près de 2,6 millions pour l'ensemble des régimes) en 2011.
Une Vaccination anti-HPV encore peu pratiquée
La mesure 13.1 du 2e plan cancer prévoyait un certain nombre d’actions pour promouvoir
la vaccination HPV :
 Diffuser une information publique et adaptée sur la vaccination anti-HPV, en
direction des jeunes filles de 14 ans et de leurs parents tout en soulignant
que le dépistage par frottis cervico-utérin reste indispensable dès l’âge de 25
ans.
 Étudier les conditions du remboursement par l’Assurance maladie de l’achat
des vaccins réalisés dans les centres de vaccination.
 Étudier les conditions d’amélioration de l’accès à la vaccination pour les mineures
dont les parents n’acceptent pas la vaccination.
Le baromètre santé montre qu’il existe une progression récente de la connaissance de
l’implication du virus dans les cancers du col de l’utérus. La couverture vaccinale est
estimée à 27 % avec des inégalités sociales d’accès. Les filles issues des familles de
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 25
professions intermédiaires étant mieux vaccinées (38 %) que celles des familles dont la
personne de référence est chômeuse ou retraitée (16 %).
L’effet de la vaccination sur les indicateurs épidémiologiques ne pourra être mesuré que
dans 10 ou 15 ans.
2-1-1-5-a OBJECTIF
Prévenir les infections par virus responsables de cancers en intensifiant la vaccination chez
les enfants.
RECOMMANDATIONS
 Atteindre un taux de 70 % de nourrissons vaccinés contre l’hépatite B dans les 5 ans à
venir.
 Atteindre, pour la vaccination anti-HPV, un taux d’au moins 50 % de jeunes filles vaccinées
dans les 5 ans.
 Communiquer largement le nouveau calendrier vaccinal incluant la vaccination
anti-HPV aux médecins traitants.
 Communiquer largement sur le rapport bénéfice / risque de ces vaccinations.
 Assurer une prise en charge à 100 %, sans reste à charge pour ces 2 vaccinations.
2-1-1-6 Diagnostic du risque génétique de cancer
La mesure 23 du 2e plan cancer prévoyait de développer des prises en charge spécifiques
pour les personnes atteintes de cancers rares ou porteuses de prédispositions génétiques.
Plusieurs cancers peuvent faire l’objet d’un diagnostic de prédisposition aux cancers en
lien avec des anomalies génétiques. Ce diagnostic repose sur une estimation du risque de
prédisposition dans la famille qui déclenche le bilan génétique.
La loi vient, en cas de diagnostic positif chez un patient, d’en autoriser l’information aux
membres de la famille qui risquent eux-mêmes d’avoir la même prédisposition.
CONSTATS
Les prédispositions génétiques aux cancers ont été l’objet de mesures dès le 1er plan
cancer. Le 2e plan cancer a renforcé le dispositif national d’oncogénétique en développant
les consultations d’oncogénétique et les laboratoires d’oncogénétique sur l’ensemble du
territoire
Ainsi, le dispositif d’oncogénétique repose sur 48 établissements de santé réalisant des
consultations d’oncogénétique sur 113 sites et 76 villes. 25 laboratoires d’oncogénétique
réalisent les tests permettant de faire le diagnostic des prédispositions génétiques.
En 2011, 40 123 consultations d’oncogénétique ont été réalisées, permettant à 16 581
nouvelles familles de bénéficier d’une consultation d’oncogénétique. Au total 51 323 tests
génétiques ont été réalisés. Ces chiffres montrent une augmentation régulière de l’activité
d’oncogénétique de près de 10 % d’une année sur l’autre, traduisant l’amélioration du
fonctionnement du dispositif, (12 700 consultations étaient réalisées en 2003).
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 26
Si l’on considère l’indice de consultation ramené à la population, on constate des inégalités
territoriales marquées, certaines régions ayant des taux de consultation faibles (<40
consultations / 100 000 habitants) ou très faibles (pratique des consultations d’oncogénétique est développée (>60) ou très développée
(>80). Il faut remarquer la faible pratique de cette activité en Guyanne et Guadeloupe à la
différence de la Martinique où l’activité est dans la moyenne française (57,8 consultations /
100 000 habitants).
Les délais pour obtenir un rendez-vous de consultation posent plus de problème puisqu’ils
sont très variables en fonction des centres. La moyenne ne s’est pas améliorée ces
dernières années (6,9 semaines en 2011). Le délai maximum pour obtenir un rendez-vous
de consultation peut atteindre 48 semaines dans certaines consultations d’oncogénétique.
Il en va de même pour l’obtention de la réponse concernant la recherche de mutations :
pour la recherche de BRCA1, le délai moyen est de 38 semaines avec un maximum de 57
semaines.
Ces grandes variations de pratique se traduisent par des coûts à la consultation très
variables. Ainsi, le montant global des dotations depuis 2003 rapporté à l’activité 2011,
varie-t-il de 69 € par consultation à 300 € pour une moyenne de 149€. Il en va de même
pour le coût de production des laboratoires d’oncogénétique.
Enfin, les recherches de prédispositions génétiques ne sont pas inscrites à la nomenclature
limitant cette activité aux seuls laboratoires financés par l’INCa.
Considérant les évolutions probables de l’activité d’oncogénétique liées aux découvertes de
nouveaux gènes prédisposant à certains cancers et les disparités actuelles, notamment en
termes de délai, pour obtenir un rendez-vous de consultation ou pour obtenir les résultats
de la part des laboratoires, il apparaît nécessaire d’améliorer le fonctionnement et le
financement de cette activité.
2-1-1-6-a OBJECTIF
Diminuer les inégalités de pratiques dans la recherche de prédispositions génétiques aux
cancers.
RECOMMANDATIONS
 Mener des actions spécifiques de sensibilisation auprès de la population et des
médecins dans les régions dans lesquelles l’activité est inférieure à 40
consultations/100 000 habitants.
 Mener des actions spécifiques dans les départements d’outre-mer.
2-1-1-6-b OBJECTIF
Diminuer les délais pour obtenir un rendez-vous de consultation d’oncogénétique.
RECOMMANDATIONS
 Mener des audits sur les sites dans lesquels les délais sont supérieurs au délai moyen.
 Conditionner le financement au respect de délais fixés dans une charte qualité de
l’activité d’oncogénétique.
 Informer à l’avance les personnes concernées des délais moyens offerts sur les sites
d’oncogénétique.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 27
 Etudier la possibilité d’inscrire à la nomenclature les recherches de prédispositions les
plus courantes.
2-1-1-6-c OBJECTIF
Comprendre et harmoniser les conditions économiques de l’activité d’oncogénétique.
RECOMMANDATIONS
 Mener des audits sur les sites dans lesquels les coûts unitaires de consultation sont
les plus élevés.
 Conditionner le financement au respect d’un coût moyen de consultation et de recherche
de mutation fixé dans une charte de qualité de l’activité d’oncogénétique.
2-1-1-6-d OBJECTIF
Soutenir une cohorte de personnes ayant des gènes de prédisposition à certains cancers.
2-1-2 Les dépistages
Les dépistages permettent de réduire la mortalité par cancer. Certains indicateurs comme
la mortalité prématurée évitable, notamment chez les femmes, pour laquelle la France est
à l’antépénultième place en Europe, permettent de penser que la politique de dépistage
doit être renforcée. Plusieurs objectifs de la loi de santé publique, de même que plusieurs
mesures des 2 premiers plans cancer prévoyaient de renforcer la participation de la
population française aux dépistages organisés. Globalement, les objectifs de participation
n’ont pas été atteints alors que dans le même temps, le dépistage du cancer de la
prostate, dépistage non recommandé et dont l’intérêt en termes de santé publique n’a
jamais été prouvé, a progressé.
CONSTATS
Une organisation et une participation au dépistage encore hétérogènes
Les modalités de mise en oeuvre et d’organisation sont très différentes d’une région à
l’autre et d’un département à l’autre, ce qui peut entraîner des inégalités sur le territoire
dans l’accès au dépistage. Cependant, la généralisation des dépistages du cancer du sein
puis du cancer colorectal ainsi que l’expérimentation du dépistage organisé du cancer du
col vont dans le sens d’une harmonisation des pratiques.
Un dépistage organisé lui aussi peu orienté vers la réduction des inégalités
Les indicateurs de fidélisation et les indicateurs sociaux font défaut dans le système de
dépistage organisé. Les systèmes d’information existants ne permettent pas de suivre les
dépistages successifs d’une personne qui change de département, par exemple
Il faut noter qu’une collaboration avec l’Agence nationale pour la cohésion sociale et
l’égalité des chances (ACSé) a été engagée par l’INCa en 2012 pour le développement
d’actions locales destinées aux populations des quartiers défavorisés, notamment à travers
les ASV.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 28
Une information à destination du public prenant peu en compte les
caractéristiques des publics cibles et notamment les publics défavorisés
Le 2e plan cancer n’évoque nulle part l’éventualité d’une inégalité d’accès aux soins et à la
prévention (dépistage notamment) liée au coût ou aux restes à charge. De même, aucune
nécessité n’est mentionnée d’adapter à différents publics « l’information de référence »
prévue dans la mesure 19.5, alors que l’information médicale est très inégalement
intelligible pour les différentes populations auxquelles elle s’adresse.
Il est donc nécessaire de renforcer la politique de dépistage en consacrant les moyens
disponibles aux dépistages ayant démontré un impact positif en termes de réduction de
mortalité.
L’enjeu concernant le dépistage est d’augmenter les taux de participation et
particulièrement parmi les populations les plus défavorisées, qui participent le moins.
Par ailleurs une veille doit être maintenue pour certains dépistages qui en raison de
techniques innovantes pourraient présenter un intérêt de santé publique.
C’est le cas du dépistage du cancer du poumon pour lequel une publication récente laisse
envisager une possibilité d’utilisation chez les personnes à haut risque.
2-1-2-1 Le dépistage du cancer du sein
CONSTATS
Une évolution favorable de la participation au dépistage du cancer du sein mais
une stagnation du dépistage organisé
L’analyse de cet objectif de la loi de santé publique de 2004 montre une tendance
favorable (le dépistage détecte des stades précoces, le taux de couverture du dépistage
organisé et spontané augmente, le taux de participation cible au programme de dépistage
organisé est presque atteint pour cinq départements). Il existe cependant des disparités
socio-économiques qui semblent diminuer avec la généralisation du dépistage organisé.
Par ailleurs, les chiffres de l’Assurance maladie pour 2008-2009 montrent un taux de
couverture plus faible que les 80 % du baromètre santé cancer 2010. Le taux de
participation retenu par la HAS pour ses recommandations formulées en 2011 est de 51 %
pour le dépistage organisé et de 62 % pour l’ensemble du dépistage individuel et du
dépistage organisé. Ainsi l’objectif de 65 % de participation au dépistage organisé en 2013
n’est pas atteint à ce jour.
On peut noter que :
 Les inégalités de santé concernant le cancer du sein ont augmenté durant la période
1999-2007.
 Le dépistage individuel, qui coexiste en France avec le programme national de
dépistage organisé, est à ce jour difficilement quantifiable et ni son efficacité ni
son efficience ne peuvent être évaluées. Il répond à certaines règles de contrôle
technique mais ne bénéficie pas des garanties liées au contrôle qualité de tout
programme organisé. Enfin, il ne touche que les femmes de la population cible
les mieux suivies au plan médical et/ou celles en situation socio-économique favorisée.
(HAS 2011).
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 29
L’HAS a fait des recommandations qui n’ont à ce jour pas été mises en oeuvre
(HAS Novembre 2011) :
 S’assurer que les conditions sont réunies pour permettre un choix libre et éclairé
des femmes concernant leur participation ou non au dépistage du cancer du sein
 Inciter les professionnels de santé à orienter les femmes susceptibles de tirer
avantage du dépistage du cancer du sein et qui souhaitent en bénéficier vers le
programme organisé.
 Renforcer et maintenir le cap du dépistage organisé.
 Les médecins traitants dont la place devait être renforcée dans le dépistage n’en
sont toujours pas partie prenante.
 Des campagnes sont régulièrement menées contre le dépistage du cancer du
sein pour en critiquer l’utilité et l’efficacité. L’adhésion des femmes à ce dépistage
risque de s’en ressentir. L’effort d’explication par les médecins traitants est
donc primordial pour augmenter la participation.
 Les restes à charge et le coût peuvent être des facteurs limitants comme le
montre l’enquête de l’INCa de 2009.
L’augmentation de la participation au dépistage organisé constitue un double enjeu : un
enjeu de réduction des inégalités, les femmes ne participant ni au dépistage individuel ni
au dépistage organisé étant des femmes plutôt socio-économiquement défavorisées et/ou
culturellement éloignées de ces pratiques de soins; un enjeu d’équité, les femmes
participant au dépistage individuel sans contrôle de la fréquence ni de l’âge auxquels les
mammographies sont réalisées étant des femmes plutôt socio-économiquement
favorisées.
2-1-2-1-a OBJECTIF
Augmenter le taux de participation au dépistage organisé du cancer du sein (seuil à 70%).
RECOMMANDATIONS
 Impliquer les médecins traitants dans les procédures d’invitation et de suivi des tests
de dépistage en finançant une consultation de prévention entre autres consacrée à
l’explication et à l’invitation aux dépistages organisés.
 Former les médecins traitants à l’explication de la balance bénéfices-risques du dépistage
du cancer du sein.
2-1-2-1-b OBJECTIF
Lutter contre les inégalités d’accès au dépistage du cancer du sein en incitant les femmes
non participantes et socio-économiquement défavorisées à participer.
RECOMMANDATIONS
 Supprimer le reste à charge pour les examens complémentaires suivant une mammographie
réalisée dans le cadre du dépistage organisé.
 Mettre en place des interventions ciblées auprès des femmes non-participantes dans le
cadre de partenariats avec les collectivités et les acteurs locaux.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 30
 Sélectionner des actions ciblées dont l’efficacité a été démontrée et correspondant aux
recommandations internationales.
 Evaluer l’efficacité de ces actions dans le cadre de programmes de recherche en implémentation.
 Mettre en place des indicateurs permettant de s’assurer d’un accès équitable au dépistage
organisé.
 Mettre en place le géocodage systématique des adresses des personnes invitées, participantes
et non participantes.
 Conduire des enquêtes ciblées pour mieux connaître les caractéristiques socioéconomiques
et culturelles des femmes participantes et non participantes.
2-1-2-1-c OBJECTIF
Assurer l’équité de l’accès au dépistage et limiter les dépenses collectives liées aux
pratiques individuelles.
RECOMMANDATIONS
 Mettre en place des campagnes d’information auprès des professions de santé pour
inciter à la réduction du dépistage individuel au profit du dépistage organisé.
 Convaincre les femmes de la meilleure qualité du dépistage organisé du cancer du sein.
 Réduire le dépistage individuel du cancer du sein par des méthodes incitatives
d’éducation avant d’envisager des mesures financières.
 Etablir des recommandations pour la surveillance des femmes à risque.
2-1-2-2 Le dépistage du cancer colorectal
CONSTATS
Une généralisation du dépistage du cancer colorectal n’ayant pas permis
d’atteindre les objectifs de participation
Depuis 2008, le programme de dépistage a été généralisé à l’ensemble du territoire
national, métropolitain et d’outre-mer. Un effort particulier de sensibilisation doit viser les
sujets les plus jeunes et les hommes.
Le dépistage du cancer colorectal, généralisé lors du dernier plan cancer ne permet
d’atteindre qu’un taux de couverture limité (35 %) et ce avec des inégalités territoriales ou
sociales importantes.
Le baromètre santé cancer 2010 montre un gradient de réalisation d’un test Hémoccult en
fonction du niveau d’études, de revenu et du nombre de consultations chez un médecin
généraliste.
Le changement de test prévu dans le 2e plan cancer (action 16-3) n’a pas encore eu lieu
et devrait intervenir courant 2014. Il faudra toutefois veiller à ce que ce changement
n’induise pas de rupture dans les pratiques, notamment chez les médecins traitants dont
l’implication dans ce dépistage est encore limitée.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 31
Le 6e rapport du plan cancer 2009-2013 établi par l’INCa confirme cette stagnation de la
participation aux dépistages organisés : « La participation nationale aux programmes de
dépistage organisé des cancers ne progresse pas parmi les populations cibles (52% pour
le cancer du sein, 32% pour le cancer colorectal), en dépit des campagnes d’information
renouvelées chaque année (Mars bleu, Octobre rose) et des actions de proximité
soutenues. Selon le nouveau baromètre cancer publié en 2012 (INPES-INCa), les français
se déclarent mieux informés sur les principaux facteurs de risques et le dépistage des
cancers, mais les comportements peinent encore à se modifier. »
Un âge limite supérieur à confirmer
Si l’incidence comme la mortalité commence à décroitre, l’analyse des taux d’incidence
pose la question de l’âge limite du dépistage systématique du cancer colorectal.
L’incidence du cancer colorectal est actuellement la plus élevée entre 80 et 90 ans tant
chez les hommes que chez les femmes. Le risque maximum de cancer colorectal se situe
donc au-delà de l’âge de 80 ans. L’augmentation de l’espérance de vie doit conduire à
étudier l’utilité de repousser l’âge limite supérieur du dépistage du cancer colorectal.
2-1-2-2-a OBJECTIF
Augmenter la participation au dépistage du cancer colorectal pour atteindre le seuil de
60% d’ici 2018.
RECOMMANDATIONS
 Impliquer le médecin traitant dans la procédure d’invitation au dépistage organisé du
cancer colorectal et dans le suivi des résultats.
 Adresser les résultats du test au médecin traitant pour l’impliquer dans la procédure de
suivi du test en cas de positivité.
2-1-2-2-b OBJECTIF
Lutter contre les inégalités d’accès au dépistage organisé du cancer colorectal.
RECOMMANDATIONS
 Supprimer les restes à charge (consultation, coloscopie, etc.) en cas de test positif.
 Mettre en place des interventions ciblées auprès des personnes non-participantes dans
le cadre de partenariats avec les collectivités et les acteurs locaux.
 Sélectionner des actions dont l’efficacité a été démontrée, et correspondant aux recommandations
internationales.
 Evaluer dans le cadre de programmes de recherche en implémentation les interventions
ciblées sur les populations non-participantes.
 Mettre en place des indicateurs permettant de s’assurer d’un accès équitable au dépistage
organisé.
 Mettre en place le géocodage systématique des personnes invitées, participantes et
non participantes.
 Conduire des enquêtes pour mieux connaître les caractéristiques socio-économiques et
culturelles des personnes participantes et non participantes.
2-1-2-2-c OBJECTIF
Assurer l’équité de l’accès au dépistage en limitant les dépenses collectives liées aux
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 32
pratiques individuelles.
RECOMMANDATIONS
 Limiter la pratique du dépistage individuel par coloscopie de première intention pour
les personnes n’appartenant pas à des familles à haut risque.
 Mettre en place des campagnes d’information auprès des médecins traitants, des gastro-
entérologues et des personnes invitées pour inciter à la réduction du dépistage hors
dépistage organisé.
2-1-2-2-d OBJECTIF
Etudier le coût-bénéfice d’une extension du dépistage du cancer colorectal au-delà de 75
ans.
2-1-2-3 Le dépistage du cancer du col
L’incidence du cancer du col de l’utérus décroit depuis 1980 tant en nombre brut qu’en
taux standardisés (5 000 nouveaux cas en 1980 contre 3 028 en 2012). Il en est de même
pour la mortalité avec 1 102 décès en 2012 (2 060 en 1980). La particularité de ce cancer
est que le pic d’incidence se situe entre 40 et 50 ans.
CONSTATS
Un dépistage du cancer du col très inégalitaire
L’incidence du cancer du col continue à diminuer alors que le taux de couverture du
dépistage se stabilise autour de 60%. Plus d’un tiers des femmes ne fait donc pas l’objet
d’une surveillance adéquate et parmi celles-ci essentiellement les femmes ayant les
niveaux d’études, de revenus et d’activité professionnelle les plus faibles. L’HAS dans
« l’État des lieux et recommandations pour le dépistage du cancer du col de l’utérus en
France » publié en 2010 fait le constat que 40,6 % des femmes de la population cible sont
en situation de sur-dépistage, 51,6 % en situation de sous-dépistage. Moins de 10 % des
femmes sont dépistées avec les intervalles requis. La HAS fait par ailleurs le constat
d’importantes inégalités d’accès notamment aux consultations de gynécologie. Le fait de
bénéficier de la CMUc est un facteur défavorisant de la pratique du dépistage du cancer du
col de l’utérus par frottis.
Enfin, la HAS note la faible participation des populations cibles de ce dépistage dans les
territoires et départements d’outre-mer.
Des freins à la participation au dépistage du cancer du col connus
Les freins à la participation au dépistage sont (HAS 2010) :
 Les freins liés à la patiente : freins sociodémographiques et comportementaux,
freins socio-économiques, freins liés à l’information, freins en rapport avec les
expériences passées de prévention ou avec l’examen lui-même, freins psychologiques
et liés aux représentations des femmes se reflétant dans leur rapport à la
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 33
santé et à la maladie, freins à l’information et à l’accès aux soins pour les
femmes en situation de handicap.
 Les freins liés à l’accès aux soins et aux professionnels de santé : démographie
médicale, coûts, accessibilité physique, accessibilité/proximité géographique
(zones économiquement défavorisées, milieu rural).
 Les freins liés à l’examen de dépistage lui-même et à l’organisation du dépistage
: sphère publique/sphère privée, difficultés à cibler les femmes, manque
d’adaptation du dépistage aux particularités de sous-populations cibles.
 Les obstacles à la participation au dépistage liés à la patiente sont nombreux et
interviennent souvent simultanément. Ils sont d’autant plus difficiles à lever
quand les femmes se trouvent isolées culturellement et géographiquement.
Un dépistage organisé efficace
L’augmentation du nombre de lésions pré-cancéreuses diagnostiquées due à la mise en
place d’un dépistage organisé du cancer du col de l’utérus a été estimée à 27,5%. Le
dépistage organisé serait probablement un moyen efficace de lutter contre les inégalités
sociales face à ce cancer.
En 2011, La HAS a recommandé la mise en place d’un dépistage organisé du cancer du col
de l’utérus chez toutes les femmes de 25 à 65 ans à raison d’1 frottis tous les 3 ans. A ce
jour cette mesure a été mise en place à titre expérimental par l’INCa dans 5 départements
pilotes conformément à l’action 16-6. Cependant, à ce jour, les résultats de cette
expérimentation ne sont pas connus.
2-1-2-3-a OBJECTIF
Lutter contre les inégalités d’accès au dépistage du cancer du col de l’utérus.
RECOMMANDATIONS
 Mettre en place un dépistage organisé du cancer du col de l’utérus
 Informer les femmes socio-économiquement défavorisées de l’intérêt du dépistage régulier
du cancer du col par frottis.
 Développer des programmes de recherche interventionnelle pour augmenter la participation
des femmes défavorisées et non-participantes.
 Fonder ces programmes sur les recommandations internationales et mettre en oeuvre
des interventions évaluées comme efficaces (evidence-based).
 Supprimer tous les restes à charge (lecture des frottis, examens complémentaires,
etc.) liés au dépistage du cancer du col de l’utérus.
 Intensifier fortement la participation des sages-femmes à la réalisation des frottis cervico-
utérins.
 Impliquer fortement les médecins traitants, les gynécologues et les sages-femmes dans
l’organisation puis le fonctionnement de ce nouveau dépistage organisé.
 Améliorer la qualité de la pratique des frottis.
 Limiter le nombre des frottis remboursés au nombre préconisé dans les recommandations.
 Mettre en place la géolocalisation des cancers du col.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 34
2-1-2-4 Le diagnostic précoce du mélanome
CONSTATS
La prévention et la détection précoce du mélanome intégrées dans la
population mais pouvant être améliorées par les professionnels de santé
L’objectif d’amélioration du diagnostic précoce du mélanome (action 17-2) semble atteint
avec un impact sur la survie (stabilisation de la mortalité depuis 2005 alors que l’incidence
continue d’augmenter).
La HAS n’a pas recommandé la mise en place d’un dépistage du mélanome, dépistage mis
en place dans aucun pays européen à ce jour. En revanche, elle a recommandé de faire
porter l’effort sur le diagnostic précoce chez les personnes à haut risque et de développer
l’information dans la population (Facteurs de retard au diagnostic du mélanome cutané,
HAS Juillet 2012).
Le baromètre cancer INCa-INPES de 2010, confirme que l’effort d’information a porté ses
fruits puisque le risque lié à l’exposition solaire est connu dans la population ainsi que les
mesures de protection. Les médecins sont aussi bien informés du risque de mélanome et
ont des pratiques globalement conformes à une détection précoce des mélanomes.
Cependant, l’enquête publiée en 2013 par l’INCa a montré qu’à la fois la connaissance des
facteurs de risque et les pratiques n’avaient pas été modifiées entre 2009 et 2011 malgré
la mise en place du parcours de soins et les efforts d’information (Les médecins
généralistes et la détection précoce des cancers de la peau, INCa 2013).
2-1-2-4-a OBJECTIF
Maintenir la mobilisation sur le diagnostic précoce du mélanome.
RECOMMANDATIONS
 Impliquer les médecins traitants en valorisant une consultation spécifique de
prévention-dépistage comportant entre autres l’examen systématique du revêtement
cutané.
 Maintenir les campagnes d’information et de mobilisation dans la population sur
les risques d’exposition aux UV.
 Renforcer l’information sur les risques des cabines à UV.
2-1-2-5 Le dépistage du cancer de la prostate
CONSTATS
Des pratiques de dépistage du cancer de la prostate contraires aux
recommandations françaises et internationales
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 35
L’évolution de la pratique du dosage des PSA à des fins de dépistage du cancer de la
prostate a été extrêmement rapide et ce, en l’absence de recommandations tant au niveau
international qu’en France. Ainsi en 2010, 3,8 M de tests PSA (150 M€) ont été effectués.
Parallèlement, 71 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués. Cette évolution de l’incidence a
été 10 fois plus rapide que celle attendue du fait de l’évolution démographique.
Les dernières recommandations de l’HAS publiées sous forme de questions-réponses en
2012 rappellent qu’il n’y a toujours pas d’indications de dépistage systématique du cancer
de la prostate même dans les populations les plus à risque. Malgré cela, les pratiques de
dépistage se poursuivent. On peut considérer que l’action 17.1 du 2e plan cancer a été
mise en oeuvre même si l’information donnée aux médecins généralistes par l’INCa n’a pas
encore entrainé de modifications nettes des pratiques.
Des pratiques de dépistage du cancer qui entraine un sur-traitement important
avec des conséquences importantes sur la qualité de vie des patients
L’étude des réseaux FRANCIM (Delpierre 2013, Cancer epidemiology) confirme que le
dépistage du cancer de la prostate par dosage des PSA est responsable de surtraitements
: entre 10 et 20 % des tumeurs T1 sont sur traitées. Or le développement de
cette pratique du dosage des PSA est responsable d’une augmentation de diagnostics très
précoces avec un nombre de tumeurs T1 maintenant plus élevée que de tumeurs T2.
Le nombre annuel de prostatectomies est passé de 6 000 en 1998, à 26 500 en 2007 pour
redescendre à 22 000 en 2010 (coût estimé 92 M€). Le récent rapport de la CNAM
(Rapport sur l’évolution des charges et des produits de l’Assurance maladie. Propositions
pour 2004) pointe cette évolution en posant la question de la pertinence des soins
(3.2.2.).
Le nombre de radiothérapies pour cancer de la prostate semble avoir suivi la même
évolution que celle des prostatectomies.
L’étude menée par l’AFU (Etude RERAIR), montre que la fréquence des effets délétères
des prostatectomies pour cancer sur les fonctions sexuelles, estimés par les patients ou les
urologues, est supérieure à 75 % à 1 an.
La pratique, largement répandue du dosage des PSA est responsable à la fois d’un surdiagnostic
important qu’il faudrait mieux quantifier et d’un sur traitement de petites
tumeurs dont on ignore le potentiel évolutif. Ces dosages conduisent à des traitements
responsables de retentissements importants sur la qualité de vie des patients.
2-1-2-5 a OBJECTIF
Faire appliquer les recommandations de l’HAS pour la pratique du dosage des PSA.
RECOMMANDATIONS
 Supprimer le remboursement du dosage des PSA réalisé sans signe d’appel clinique
chez les hommes sans risque élevé.
 Mettre en place une information indépendante expliquant la balance bénéfices-risques
défavorable de la pratique systématique et répétée de ce dosage.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 36
 Elaborer une procédure d’information particulière pour les hommes à risque élevé de
cancer de la prostate prenant en compte les recommandations de la HAS.
 Réduire de 20 % en 5 ans le nombre de prostatectomies (objectif de 18 000 prostatectomies
totales).
2-1-2-6 Le dépistage en milieu carcéral
CONSTATS
On peut considérer que la détention carcérale constitue une perte de chance pour les
détenus souffrants de cancer. Le problème est certes celui des difficultés de prise en
charge du cancer une fois diagnostiqué mais avant tout celui d‘un retard au diagnostic
entre autres lié à l’absence des pratiques de dépistage.
Or, la « circulaire interministérielle du 30 octobre 2012 relative à la publication du guide
méthodologique sur la prise en charge sanitaire des personnes placées sous main de
justice » précise : « Les personnes détenues doivent avoir accès aux mêmes programmes
de dépistage organisé de cancer que les personnes en milieu libre, en particulier l’accès au
dépistage organisé des cancers du sein et cancers colorectaux pour les personnes de 50 à
74 ans ».
Bien qu’en France tous les détenus soient immatriculés au régime général de l’assurance
maladie, il semble que très peu d’entre eux reçoivent des courriers leur rappelant
l’importance des dépistages et les y conviant.
2-1-2-6 a OBJECTIF
Etudier, pour le réduire, le facteur d’inégalité d’accès au dépistage des cancers que
constitue la détention carcérale.
RECOMMANDATION
 Evaluer les invitations aux dépistages organisés reçues par les personnes incarcérées.
 Evaluer les pratiques de dépistage effectivement réalisées en milieu carcéral.
2-2 RECHERCHE
Assurer le transfert et l’application rapide des avancées de la recherche au
bénéfice des patients procède d’une responsabilité éthique envers ceux-ci.
Nous avons souhaité que la recherche en sciences humaines et sociales, directement en
lien avec la prévention, le dépistage, le parcours de soins, la vie pendant et après le
cancer, soit traitée tout au long de ces chapitres. Elle ne sera donc pas évoquée ici.
Le rapport de JP GRÜNFELD « Recommandations pour le Plan Cancer 2009-2013 »*, à
propos du nécessaire effort de recherche sur le cancer, notait « Les Français sont
légitimement en attente d’une recherche innovante du meilleur niveau dans le domaine du
cancer et de retombées rapides pour eux dans le domaine de la prévention, du diagnostic
* Dans la suite de notre rapport, nous ferons dorénavant référence au « Rapport Grünfeld ».
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 37
précoce et de traitements ciblés et accessibles à tous ». Il insistait en outre sur la
nécessité de promouvoir une collaboration pluridisciplinaire des sciences sociales avec
d’autres disciplines de santé publique ainsi qu’avec la recherche clinique et biologique pour
appréhender les déterminants d’inégalité dans l’accès aux soins dans le cadre de
programmes de recherche.
Le 2e plan cancer avait considéré la recherche comme un objectif majeur et avait insisté
sur la nécessaire liaison entre recherche fondamentale, transfert aux malades et recherche
clinique. Il comportait 5 mesures concernant la recherche :
 Renforcer les moyens de la recherche pluridisciplinaire
 Comprendre par la recherche les inégalités face au cancer pour les réduire
 Caractériser les risques environnementaux et comportementaux
 Dynamiser la recherche clinique
 Faire de la France une référence internationale
Pour différentes raisons l’AERES, en charge de la mission d’évaluation de la partie
recherche du 2e plan cancer n’a pu assurer cette tâche. On peut fonder l’espoir que le
projet HELIOS, qui doit se déployer en 5 ans, sera à même d’évaluer le bien fondé des
efforts consentis par l’Etat en matière de financement de la recherche sur le cancer (action
5-5 du 2e plan cancer). Ce projet a l’ambition de ne pas juger de l’efficacité des
financements sur le seul nombre des publications recensées mais sur l’impact des
nouvelles connaissances acquises.
Dans l’attente d’une véritable évaluation, les rapports du comité de suivi du 2e plan cancer
ont permis de constater qu’un grand nombre des actions déclinées dans les mesures
retenues ont été réalisées, particulièrement dans le domaine de la recherche fondamentale
en biologie et en génétique.
Durant la période d’application du 2e plan cancer :
 d’importantes modifications des structures dédiées à la recherche ont été réalisées :
création de 8 sites de recherche intégrée sur le cancer (SIRIC) et de 16 centres
d’essais cliniques précoces (CLIP²),
 la France s’est engagée, dans le cadre du consortium international de génomique
(ICGG) dans un important travail de séquençage des tumeurs,
 un large travail d’étude des tumeurs par les 28 plateformes de génétique
moléculaire a permis de proposer aux malades, des traitements adaptés aux cibles
moléculaires détectées.
Certains travaux de sciences humaines et sociales, concernant en particulier la prévention
et le dépistage, ont pu permettre de mieux appréhender certaines des raisons des
inégalités face au cancer (action 14-2 du plan). Cependant ces inégalités collectives
demeurent. En outre il importe que les progrès thérapeutiques observés au cours des
dernières années, du fait de l’hétérogénéité de leur mise à disposition, ne soient pas des
facteurs aggravants de ces inégalités sociales et territoriales.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 38
Ce souci devra être pris en compte dans le 3e plan cancer.
Les avancées constatées méritent d’être poursuivies et renforcées :
 en travaillant sur l’évaluation de la prévention primaire, secondaire, et tertiaire afin
d’agir sur les causes des inégalités sociales et territoriales,
 en travaillant sur la biologie des systèmes avec une collaboration multidisciplinaire
incluant des spécialistes des mathématiques, de la physique, de l’informatique, des
statistiques, de la chimie, de l’imagerie, de la radiothérapie…,
 en favorisant le transfert des découvertes d’amont vers des essais de phases
précoces puis, si possible, vers de larges essais multicentriques.
Les problèmes de l’organisation de la recherche seront abordés dans le chapitre 3-4-2.
2-2-1 Recherche d’amont
Le 2e plan cancer a permis la création et la labellisation de 8 sites de recherches intégrés
sur le cancer (SIRIC) ce qui a permis, entre autres, une meilleure visibilité de la recherche
française et une meilleure attractivité pour l’industrie pharmaceutique, concrétisée par des
coopérations avec l’Alliance pour la Recherche et l’Innovation dans les Industries de la
Santé (Ariis). Les SIRIC méritent d’être renforcés par l’agrégation de nouvelles structures
cliniques et de recherche.
Les 7 cancéropôles labellisés en 2011 ont parfaitement joués leurs rôles d’animateurs et
d’organisateur de la recherche mais, la création des SIRIC rend nécessaire la redéfinition
de leurs missions (cf. 3-4-2-1).
Le séquençage des génomes tumoraux cherche à mettre en évidence des altérations
génétiques générant des protéines et des activations des voies de signalisations sur
lesquelles une action thérapeutique serait possible. Dans le cadre du Consortium
International de génomique (ICGC), la France s’est engagée à séquencer le génome de 5
types de tumeurs. Le soutien à ce travail doit se poursuivre.
La recherche d’amont a pour but, à terme, de développer de nouvelles approches
thérapeutiques destinées à réduire la mortalité et à améliorer la qualité de vie des
patients. La majeure partie des innovations attendues concerne, dans les années à venir,
les thérapeutiques ciblées. Il convient donc de soutenir les recherches s’appliquant au
domaine de la génomique.
Les 28 plateformes de génétique moléculaire fournissent actuellement des tests
permettant de mettre en évidence des cibles précises dont le choix est déterminé par les
traitements actuellement disponibles. Il faut prévoir dans un délai de 4 à 5 ans la
possibilité de faire un séquençage complet des tumeurs au diagnostic mais aussi à la
rechute éventuelle pour comprendre les mécanismes d’acquisition des résistances. Il
convient qu’une sélection soit faite pour déterminer, sur un cahier des charges précis,
celles des plateformes qui prendront ces nouvelles tâches en charge.
2-2-1-a OBJECTIF
 Poursuivre la structuration de la recherche d’amont.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 39
RECOMMANDATIONS
 Favoriser l’agrégation fonctionnelle aux SIRIC de nouvelles structures de recherche des
organismes publics (AVIESAN).
 Maintenir le soutien aux plateformes et sélectionner celles destinées à produire des
séquençages complets des tumeurs, et mettre en place les conditions de ce
séquençage à haut débit.
En complément de la génomique on peut prévoir le développement de tests fonctionnels
incluant protéomique (avec des progrès attendus dans les domaines des biomarqueurs) et
métabolomique. Il conviendra de travailler sur la biologie des systèmes et sur la
modélisation de phénomènes biologiques complexes.
Il est difficile pour la recherche d’amont de prévoir, à un objectif de 5 ans, les thématiques
qui seront porteuses de succès. On peut cependant de façon générale supposer qu’en ce
qui concerne la biologie des cellules tumorales l’impact des anomalies épigénétiques, le
rôle du micro-environnement et des altérations métaboliques devraient permettre de
fournir de nouvelles hypothèses sur la tumorogénèse et de nouvelles voies thérapeutiques.
La coopération de mathématiciens, de physiciens et d’informaticiens aptes à la
modélisation sera nécessaire.
Cependant les progrès thérapeutiques ne viennent pas toujours de ce qui était prévu et il
convient de maintenir, comme cela était défini dans le 2e plan cancer, une part d’au moins
50 % du budget des appels d’offres au financement de « projets libres » dont les thèmes
sont laissés à l’initiative des investigateurs.
2-2-1-b OBJECTIF
Promouvoir de nouvelles orientations pour la recherche d’amont.
RECOMMANDATIONS
 Stimuler la coopération des biologistes avec des mathématiciens, des physiciens et des
informaticiens.
 Fournir aux SIRIC des équipements en informatique et des postes de bioinformaticiens.
 Financer les projets étudiant : génomique, protéomique et métabolomique,
pharmacogénétique, épigénétique, interaction tumeur-environnement, hétérogénéité
tumorale.
 Maintenir au moins 50 % du budget recherche pour le financement des « projets
libres ».
2-2-2 Recherche translationnelle
Le rapport Grünfeld définissait la recherche translationnelle comme l’élément accélérant
l’impact des découvertes pour le patient. Spécialité d’interface la recherche translationnelle
a toute chance de s’épanouir dans des sites où coexistent, avec une masse critique
suffisante, structures de recherche fondamentale et activités cliniques de cancérologie. Les
8 SIRIC qui répondent à ces critères, parce qu'ils réunissent sur un même site des équipes
de recherche multidisciplinaire et des cliniciens, ont été labellisés et aidés financièrement.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 40
Depuis 2009, 143 projets de recherche translationnelle ont été sélectionnés et financés.
La plupart des établissements de santé ayant une activité de recherche en cancérologie
essentiellement clinique, il serait souhaitable qu’ils s’associent ou passent convention avec
des établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST) et des
Universités.
L’un des modèles de la recherche translationnelle est la thérapie cellulaire et génique. Il
importe que certaines contradictions existant entre les réglementations européenne et
nationale soient réglées afin que les 14 unités de thérapie cellulaire et génique (UTCG) des
CHU et des CLCC puissent poursuivre leur activité thérapeutique et productrice de
publications. *
2-2-2-a OBJECTIF
Structurer, promouvoir et développer la recherche translationnelle.
RECOMMANDATIONS
 Favoriser l’agrégation fonctionnelle aux SIRIC de nouvelles structures cliniques.
 Développer de façon générale des coopérations entre les établissements de santé
ayant une activité de recherche clinique en cancérologie, les structures de recherche
pluridisciplinaire et les universités.
 Permettre aux UTCG des CHU et CLCC de poursuivre leur activité de soin et de
recherche (en les autorisant à produire des MTI expérimentaux sans but lucratif) et
aider à leur développement (en leur permettant la mise à niveau de leurs structures
pour produire dans des conditions GMP).
 Pérenniser les appels à projets sur la recherche translationnelle et poursuivre
l’attribution de bourses et la formation des acteurs de la recherche translationnelle,
avec l’implication associée des EPST.

La découverte de cibles permet de mettre en place des traitements stratifiés définis par le
profil génétique des patients. Ceci implique un lien précoce entre la découverte d’un
médicament potentiel par la recherche d’amont, recherche parfois académique, et le
développement industriel du produit.
Ce lien passe par un certain nombre d’étapes de validation expérimentale avant que la
preuve du concept préclinique soit établi puis que le transfert technologique apporte,
après des essais de phase 1 et 2, la preuve du concept clinique.
Des fonds publics financent le processus dans un premier temps, des fonds industriels
doivent ensuite être investis. Entre ces 2 phases de financement des programmes (type
MATWIN, Preuve du Concept…) sont requis pour aider les chercheurs dans leur travail et
pour recommander aux industriels les projets pouvant leur paraître attractifs. Ces
programmes d’accompagnement destinés à maximiser l’attractivité pour l’industrie
méritent d’être soutenus. Il convient dans le même temps, que les industriels, lorsqu’ils
commercialiseront les produits et négocieront leur prix de mise sur le marché, tiennent
compte du service rendu par la recherche académique et les pouvoirs publics soutenant
cette dernière.
* La conjonction du règlement européen qui confère aux produits de thérapie cellulaire et génique le statut de
médicament, et du Code de la Santé publique français qui place la production des médicaments sous la responsabilité
exclusive des établissements pharmaceutiques, interdit aux UTCG de développer et de produire des médicaments de
thérapies innovantes (MTI).
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 41
2-2-2-b OBJECTIF
Faciliter la maturation de la recherche d’amont vers la production de produits
thérapeutiques.
RECOMMANDATION
 Soutenir les programmes accélérant le transfert des innovations en cancérologie vers les
malades.
2-2-3 Recherche clinique
2-2-3-1 Etudes cliniques
L’une des actions (4-2) du 2e plan cancer était d’augmenter l’inclusion dans les essais
cliniques : « l’objectif à atteindre pourrait être un taux d’inclusion de 60 % dans les
cancers des enfants, 40 % en hématologie maligne, 10% dans les métastases de tumeurs
solides. L’oncogériatrie doit bénéficier de projets de recherche spécifiques notamment sur
les stratégies de traitement et d’usage de nouveaux médicaments. L’objectif pourrait être
un taux d’inclusion de 5% chez les sujets âgés (+ de 75 ans) en 5 ans ».
On peut considérer que ces objectifs ont été atteints car le nombre de malades inclus dans
les essais cliniques a progressé de 72 % entre 2008 et 2012 (de 21 745 à 37 500
patients). Cette progression est particulièrement importante chez les enfants (de 1 134
patients en 2008 et 2 120 en 2012). Si le nombre de sujets âgés inclus a triplé il demeure
cependant modeste en chiffre absolu (822 en 2008 et 2 400 en 2012).
L’inclusion dans des essais cliniques permet bien sûr d’affiner les stratégies thérapeutiques
et d’améliorer les résultats cliniques, mais elle est également un facteur de réduction des
inégalités. Cette mesure mérite donc d’être largement développée.
Les 2 premiers plans cancer ont permis de soutenir et financer par des appels à projet
nationaux compétitifs de nombreux PHRC. Ainsi 242 projets (PHRC et STIC) ont été
financés entre 2009 et 2012. Cependant le plan cancer 2 soulignait déjà qu’un certain
nombre de ces projets n’arrivaient pas à terme et qu’une sélection basée sur la pertinence
et le pragmatisme des questions posées ainsi qu’un suivi rapproché dans la phase initiale
de développement des essais pourraient permettre d’améliorer cette situation. Le
problème reste entier puisque sur l’ensemble des PHRC financés 25 à 30 % n’arrivent pas
à terme et que 30 % n’y parviennent qu’avec un important retard ce qui implique des
surcoûts. La faisabilité pratique des projets et donc la bonne probabilité que ces essais
aillent à leur terme, doit être l’un des critères essentiels de sélection des PHRC.
Parmi les projets à financer on propose que soient tous les ans retenus :
 de larges essais thérapeutiques multicentriques randomisés, au nombre de 3 ou 4,
dont l’objectif principal est l’amélioration de la survie,
 des protocoles randomisés visant à tester la décroissance (durée/doses) des
traitements dans des bras expérimentaux. En effet, le développement des
traitements du cancer est le plus souvent réalisé par l’industrie pharmaceutique qui,
afin de minimiser les risques d’échec lors des procédures d'enregistrement d’un
produit, définit par excès les doses et durées du traitement. Ces essais permettront
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 42
de limiter la toxicité des thérapeutiques et seront l’occasion de réaliser des études à
la recherche de marqueurs prédictifs du bien-fondé de la désescalade. Compte tenu
de l’économie que ces études d’optimisation des doses pourraient apporter,
l’assurance maladie pourrait être sollicitée pour participer à leur financement.
Une collection d’échantillons sanguins et tumoraux, dont le financement sera assuré, devra
systématiquement être associée à ces essais et largement mise à disposition de la
communauté des chercheurs sur projets évalués par le conseil scientifique du groupe
responsable de l’essai.
Pour ce qui concerne les thérapeutiques ciblées, il importe que les plateformes de
génétique moléculaire, fournissant aux cliniciens les données génétiques validant la
justification des traitements, puissent disposer en échange des données clinicobiologiques
et d’ACP. L’ensemble des données, cumulées par les plateformes, pourrait
autoriser des Groupes Coopérateurs et des Sociétés Savantes à des travaux de corrélations
permettant, entre autre, d’affiner diagnostics et stratégies thérapeutiques.
2-2-3-1-a OBJECTIF
Amplifier la politique d’aide aux études en particulier multicentriques.
RECOMMANDATIONS
 Augmenter les inclusions dans les essais cliniques en particulier chez les sujets âgés.
 Inclure dans les essais cliniques une étude systématique (et mettre en place une
détection rapide) des effets délétères voire invalidants des traitements à moyen et long
terme.
 Pérenniser la politique des PHRC cancers en sélectionnant les projets sur les bonnes
probabilités que les inclusions arrivent à leur terme.
 Financer tous les ans 3 à 4 grands essais randomisés multicentriques dont
l’amélioration de la survie est l’objectif principal.
 Ne financer les projets multicentriques que si une collection de prélèvements sanguins
et tumoraux dont le financement est assuré est constituée.
 Financer des projets randomisés testant une désescalade thérapeutique.
 Fournir aux plateformes de génétique moléculaire les données clinico-biologiques et
d’ACP des patients dont elles traitent les prélèvements.
 Informer la population en général et les malades en particulier sur les avancées
scientifiques afin qu’ils prennent conscience de l’intérêt de la participation à des essais
cliniques.
2-2-3-2 Essais cliniques de phase précoce
Seize centres d’essais cliniques de phase précoce (CLIP²) ont été labellisés. Ils ont inclu en
2012, 2 800 patients dans des essais de phase 1 et 2, dont les centres hospitaliers étaient
promoteurs. Ces essais peuvent permettre à des industriels fournissant les produits
thérapeutiques de s’orienter vers la réalisation éventuelle d’essais de phase 3.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 43
Le programme AcSé, développé à l’initiative de l’INCa en accord avec l’ANSM, propose aux
patients atteints de certains cancers en échec thérapeutique un accès précoce à des
molécules innovantes ayant obtenu, ou sur le point d'obtenir une AMM pour des cancers
différents des leurs, mais présentant la même anomalie génétique. Les CLIP² doivent avoir
pour mission d’aider au déploiement des essais de type AcSé sur l’ensemble des
établissements publics et privés autorisés.
Il conviendrait qu’en cas de résultat prometteur les industriels fournissant les molécules
innovantes, s’engagent effectivement, en échange du service rendu, vers une phase 3
même dans les cas où les retombées financières peuvent apparaître modestes.
Une valeur ajoutée au fonctionnement des CLIP² est à prévoir si des chercheurs apportant
leurs compétences dans le domaine de la biologie sont associés à leur travail.
Les essais de phase précoce en cancérologie s’inscrivent dans la continuité de la prise en
charge globale des patients et de leur maladie. Le rapport coût/bénéfice est meilleur que
si l’on poursuivait une prise en charge standard. En conséquence, si les coûts et les
surcoûts propres à l’essai doivent être pris en charge par l’industriel impliqué, en revanche
le financement de la partie soin doit continuer à être pris en charge par l’assurance
maladie dans le cadre de la T²A.
2-2-3-2 a OBJECTIF
Poursuivre une politique de développement des centres d’essais précoces.
RECOMMANDATIONS
 Soutenir les CLIP² existants et favoriser leur adossement à des structures de
recherche.
 Créer des CLIP² dédiés à l’onco-pédiatrie.
 Poursuivre le programme AcSé en s’assurant qu’il n’est pas facteur d’inégalité
territoriale.
 Mettre en place, pour les nouvelles molécules, des protocoles thérapeutiques dont
l’efficacité peut être appréciée rapidement afin de pouvoir changer sans retard de
stratégie en cas d’échec (protocoles « Pick a winner »).
 Obtenir de l’assurance maladie qu’elle poursuive la prise en charge de la partie soin
des essais cliniques de phase précoce.
2-2-3-3 Les groupes coopérateurs
Les grands essais cliniques multicentriques, concernant le traitement des tumeurs solides
ou des hémopathies malignes, financés par des PHRC, sont le fait de groupes
coopérateurs de grande qualité.
La vie de ces groupes ne peut se faire sans un financement assurant le fonctionnement
secrétarial, l’organisation de réunions de travail, de meetings…. Il convient d’autoriser
qu’une part des PHRC obtenus puisse être utilisée à cet effet. Certains de ces groupes
labellisés par l’INCa bénéficient d’un financement propre qu’il importe de pérenniser.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 44
2-2-3-3 a OBJECTIF
Assurer la pérennité des groupes coopérateurs à l’origine de grands essais cliniques.
RECOMMANDATIONS
 Poursuivre et étendre la labellisation et le financement des groupes coopérateurs.
 Autoriser que lorsqu’un groupe coopérateur bénéficie d’un PHRC, une partie du
financement puisse être utilisé pour son fonctionnement.
2-2-4 Biobanques
Les biobanques ont une double vocation sanitaire et scientifique. Elles permettent
d’améliorer le diagnostic mais aussi la prise en charge thérapeutique lorsque de nouvelles
thérapeutiques ciblées sont disponibles. Elles représentent enfin une ressource essentielle
pour la recherche.
Les échantillons conservés doivent idéalement, pour permettre un travail scientifique
performant, être assortis d’annotations biologiques, anatomopathologiques, et cliniques.
Ce n’est pas toujours le cas dans les 58 biobanques recensées et financées sur le territoire
national. Il conviendra dorénavant de faire bénéficier d’un soutien financier prioritaire les
biobanques répondant à ces critères d’annotations.
2-2-4 a OBJECTIF
Améliorer la qualité des biobanques et favoriser le développement des plus performantes.
RECOMMANDATIONS
 Financer les biobanques sur les critères des annotations disponibles et de la large mise
à disposition des prélèvements pour des projets validés.
 Favoriser le développement des biobanques constituées à l’occasion de grands essais
multicentriques.
2-2-5 Radiothérapie et radiobiologie
La recherche en radiothérapie souffre d’un handicap majeur : l’industrie du secteur a un
poids faible comparé à celui de l'industrie pharmaceutique. En conséquence, contrairement
à l’oncologie médicale, l’oncoradiothérapie ne bénéficie que très peu de l’aide des
industriels et ne peut compter que sur les financements publics. Cependant, la part des
études intéressant la radiothérapie parmi les PHRC et les STIC sélectionnés reste faible.
Plusieurs unités de recherche travaillent sur des thèmes de radiobiologie (physiopathologie
des irradiations, modèle de sensibilité cellulaire et test prédictif de radio sensibilité,
nouveaux concepts de radiothérapie). Malheureusement les commissions évaluant les
appels à projets paraissent peu intéressées par la radiobiologie. Les recherches sur les
sources non conventionnelles d’irradiations mériteraient également d’être développées.
Pour ce qui concerne la recherche clinique, il conviendrait de développer des essais
cliniques :
comparant par exemple la radiothérapie traditionnelle et hypofractionnée dans
les cancers du sein, de la prostate,
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 45
ou cherchant à définir l’intérêt de la protonthérapie dans les indications non
encore reconnues (les indications reconnues de la protonthérapie ne
représentent que 3% des indications totales de la radiothérapie).
L’hadronthérapie par ion carbone (carbonethérapie) utilisant un faisceau d’ions carbone est
une technique de très haute technicité qui présente la précision balistique de la
protonthérapie et un rayonnement avec transfert d’énergie linéaire très élevée. En cela elle
constitue potentiellement une technique d’avenir. Cependant les résultats cliniques
actuellement disponibles ne semblent pas, compte-tenu des frais d’investissement et de
fonctionnement, justifier la construction sur le territoire national d’un centre
d’hadronthérapie par ion carbone.
Cette recommandation pourrait être rediscutée si des études prospectives menées dans
d’autres pays montraient un avantage significatif de la carbonethérapie par rapport à
d’autres techniques incluant la protonthérapie.
2-2-5 a OBJECTIF
Favoriser le développement de la recherche en radiothérapie.
RECOMMANDATIONS
 Soutenir les projets de recherche en radio biologie.
 Financer des essais comparant l'hypofractionnement au fractionnement classique (et
prévoir de régler les problèmes de tarification de l'hypofractionnement).
 Financer les recherches sur les nouvelles sources d’irradiations non conventionnelles
2-2-6 Recherche dans les domaines de la technologie
Des progrès technologiques ne manqueront pas à moyen terme d’être observés en
particulier dans les domaines de l’imagerie, de la robotique et de l’analyse des données.
On peut prévoir que ces progrès auront des retentissements financiers dont les coûts
seront importants surtout s’il convient d’importer ces innovations technologiques.
2-2-6 a OBJECTIF
Développer des nouvelles technologies contribuant au diagnostic et au traitement des
cancers.
RECOMMANDATIONS
 Contribuer à la mise en place de structures de recherche technologique sur les thèmes
de l’imagerie, de la robotique et de l’analyse des données.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 46
2-2-7 Recommandations générales relatives à la recherche
La définition de l’INCa comme opérateur unique de gestion des crédits de recherche qui
doivent demeurer pérenne apparaît comme un gage d’efficience et de lisibilité. Un lien
conforté entre recherche clinique, recherche d’amont et recherche en sciences humaines
et sociales, ainsi que le rapprochement des écoles doctorales de physique / mathématique
et biologie / santé seront des garants d’efficacité. L’allongement des contrats de recherche
(du type Atip Avenir) des jeunes chercheurs permettra de mettre ces derniers en situation
de responsabilité et leur assurera une meilleure autonomie pour leurs activités de
recherche.
2-2-7- a OBJECTIF
Dynamiser la recherche en cancérologie.
RECOMMANDATIONS
 Pérenniser les crédits attribués à la recherche sur le cancer avec l’INCa comme
l’opérateur unique du financement de la recherche.
 Accroître les synergies entre l’INCa et les financeurs associatifs de la recherche
(Fondation ARC pour la recherche sur le cancer, Ligue contre le cancer).
 Favoriser la multidisciplinarité, ce qui implique que les équipes de recherche privilégient
le travail avec les Universités et les disciplines scientifiques qui y sont représentées.
 Faciliter le rapprochement des Ecoles Doctorales physique/mathématique et
biologie/santé et soutenir les Ecoles Doctorales interdisciplinaire.
 Donner plus de responsabilités aux jeunes chercheurs et pour ce faire allonger les
contrats en les faisant passer de 3 à au moins 5 ans.
2-3 LES METIERS, LES FORMATIONS ET
PRATIQUES DE LA CANCEROLOGIE
De nombreux progrès ont été observés au cours des dernières années dans les domaines
du diagnostic et du traitement des cancers. L’INCa met très régulièrement à disposition
des praticiens du cancer des informations, concernant ces innovations, par la diffusion de
nombreuses brochures et par son portail informatique mis en place en octobre 2011.
Il convient que les métiers de la cancérologie s’adaptent à ces innovations afin que les
malades sur l’ensemble du territoire et sans préjuger de leur statut social puissent
bénéficier de ces progrès. Cela va impliquer de nouvelles compétences et de nouvelles
formations pour certains métiers mais aussi la création de nouvelles professions. Ces
progrès nécessiteront, de plus, que les matériels et équipements soient en situation de
pouvoir répondre à de nouvelles exigences.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 47
2-3-1 Oncologie médicale
ETAT DES LIEUX
Le 2e plan cancer dans son action 24.1 recommandait la création de postes pour les
différentes spécialités d’oncologie avec un objectif national d’augmentation de 20 % de la
densité moyenne par spécialité. Il recommandait également d’augmenter le nombre de
postes de chefs de clinique et d’assistants dans les services formateurs.
Pour ce qui concerne les oncologues médicaux, cet objectif semble avoir été atteint, mais
il faut noter que nombre de postes ne sont pas occupés par des titulaires et que d’autres
restent vacants, en particulier dans les centres hospitaliers généraux. Et si le nombre
d’internes inscrits en DES d’oncologie a augmenté (+35 %), le nombre d’enseignants
titulaires (MCU-PH ou PUPH) en cancérologie – radiothérapie a stagné entre 2007 et 2011.
CONSTATS
Prise en charge et suivi du traitement médical des cancers
En 2011 on a comptabilisé 2 250 000 hospitalisations dans 669 établissements de santé
dont 91,8 % en séances (hospitalisation de jour). 66 % des hospitalisations de jour et
92 % des hospitalisations conventionnelles se sont déroulées dans le secteur public. Le
nombre de patients pris en charge par chimiothérapie est en croissance constante (plus
20% entre 2002 et 2005). Il augmente plus vite que le nombre de nouveaux cas de
cancer (indications plus fréquentes, plus grand nombre de cures, chronicisation de la
maladie) ; ces volumes d’activités devraient encore progresser du fait de la mise à
disposition d’un nombre croissant de molécules, en particulier d’administration orale. Il est
donc nécessaire de veiller à l’adéquation des ressources médicales aux besoins des
patients.
Par ailleurs la complexité croissante des stratégies thérapeutiques justifie que des
compétences spécifiques soient requises pour assurer la qualité et la sécurité des soins.
Enfin le coût souvent très élevé des molécules utilisées et son impact pour l’Assurance
Maladie justifient que les décisions thérapeutiques soient conformes aux référentiels de
bon usage du produit ou, à défaut, à une décision collective prenant en compte le cas du
patient dans toutes les dimensions.
Outre les oncologues médicaux, de nombreux spécialistes d’organes sont impliqués dans
la prescription de ces traitements médicaux. Il est souhaitable de leur offrir la possibilité
de s’engager dans la prise en charge médicale des patients dans les meilleures conditions
possibles. Les jeunes en formation dans ces différentes spécialités (hépato
gastroentérologie, pneumologie par exemple) ont maintenant la possibilité de passer le
DESC de cancérologie comportant plusieurs options (dont une option « traitements
médicaux »), pour obtenir cette compétence. Le maintien du DESC de cancérologie,
garant de la sécurité et de la qualité des soins en matière de traitement du cancer, est
impératif.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 48
Pour les spécialistes d’organes plus anciens, une équivalence du DESC peut être obtenue
par une validation des acquis de l’expérience (VAE) comme le prévoit le décret n°2012-116
du 27 janvier 2012. En revanche le décret n°2012-637 du 03 mai 2012 « permettant aux
docteurs en médecine d’obtenir une extension de leurs droits d’exercice dans une
spécialité non qualifiante » ne fournit pas l’équivalence du DESC et ne devrait pas donner
les mêmes compétences.
2-3-1-a OBJECTIF
Former les médecins ayant compétence pour la primo prescription des traitements
médicaux du cancer.
RECOMMANDATIONS
 Maintenir le DESC de cancérologie.
 Donner compétence pour la primo prescription des traitements médicaux du cancer,
dans un établissement autorisé, aux titulaires du DES d’oncologie et aux spécialistes
d’organes titulaires de l’option 1 du DESC de cancérologie (pour la localisation
cancéreuse relevant du cadre de leur spécialité ordinale).
 Une équivalence du DESC d’oncologie peut être accordée par VAE (en accord avec le
décret du 27 janvier 2012) aux spécialistes d’organes déjà en activité s’ils répondent
aux critères définis en septembre 2012 par le CNU et par le Collège National des
Enseignement en Cancérologie (CNEC).
Répartition de l’activité d’oncologie médicale sur le territoire
La mesure 24 du 2e plan insistait sur l’existence de très fortes inégalités dans la répartition
régionale des oncologues médicaux, à prendre en compte pour la création de postes. Une
évaluation faite en 2011 par l’INCa laisse apparaître les mêmes disparités au détriment de
certaines régions comme la Picardie.
Certains traitements simples, une fois initiés au sein des établissements autorisés, doivent
pouvoir être reconduits et réalisés à proximité du domicile de patients souvent fragiles et /
ou âgés. Cette disposition est prévue grâce à l’identification d’ « établissements associés »
ne disposant pas de compétence en oncologie médicale mais ayant passé convention avec
un établissement autorisé. Cela impose la formalisation du circuit du médicament, le
partage des données médicales, l’utilisation de procédures communes de suivi et de
gestion des effets secondaires. Cette coopération inter-hospitalière à l’échelle d’un
territoire permettant la mutualisation de ressources médicales rares tout en garantissant la
qualité et la sécurité de la prise en charge devrait se développer (bien que handicapée par
la compétition des établissements induite par la tarification à l’activité).
2-3-1-b OBJECTIF
Assurer une répartition géographique équilibrée des oncologues médicaux afin de
combattre les inégalités territoriales.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 49
RECOMMANDATIONS
 Analyser annuellement la répartition territoriale des oncologues médicaux et mettre en
place les mesures correctrices permettant de réduire les disparités.
 Inciter les établissements autorisés à la signature de conventions avec des
établissements associés (avec mise à disposition de temps d’oncologues médicaux).
La Formation
La formation initiale des internes en oncologie médicale se heurte à plusieurs problèmes :
un enseignement non homogène sur le territoire, des terrains de stages limités dans
certaines régions, des difficultés à réaliser une ''année recherche'' et à trouver des postes
de CCA et d’assistants spécialistes pour compléter leur formation.
2-3-1-c OBJECTIF
Améliorer l’enseignement des DES en oncologie médicale.
RECOMMANDATIONS
 Homogénéiser l’enseignement du DES sur l’ensemble du territoire et éditer un
référentiel de formation en oncologie médicale commun aux différentes inter-régions.
 Introduire dans l’enseignement un module concernant la communication et
l’apprentissage du partage de décision médecin - malade comportant des cours
théoriques et des séminaires de formation.
 Encourager et faciliter les stages inter CHU, ne pas comptabiliser les échanges dans
inter-région comme des échanges inter-CHU, autoriser des stages dans des
établissements de santé privés après autorisation du responsable du DES dont ils
dépendent, si ces établissements répondent à des critères définis par le CNEC.
 Adapter le nombre de postes de chefs de clinique et d'assistants au flux croissant des
internes en formation. Si besoin, autoriser des postes d’assistants dans des
établissements de santé privés si ceux-ci répondent à des critères définis par le CNEC.
Les thérapeutiques per os
La connaissance des caractéristiques moléculaires des tumeurs a permis le développement
de thérapeutiques ciblées. Afin de réserver ces traitements coûteux aux seuls malades
pouvant en tirer bénéfice, il importe de travailler sur les mécanismes de résistance et sur
le développement d’autres biomarqueurs en particulier au niveau protéique et sur la
pharmacogénétique (cf. 2-2-1).
Beaucoup de ces nouveaux traitements sont utilisés per os par des malades ambulatoires.
Ceci contribue à une meilleure qualité de vie en évitant des hospitalisations
conventionnelles ou de jour mais peut générer des problèmes de compréhension et
d’observance des traitements et de prise en charge des effets secondaires fréquents et
complexes. Certaines complications de ces traitements, mal appréhendées par le patient et
les intervenants de ville, conduisent souvent à des recours intempestifs aux services
d’urgences.
Ces nouveaux traitements justifient, outre l’amélioration de la communication avec les
médecins généralistes (cf chapitre 3-1), la mise en place de consultations et de séances
thérapeutiques actuellement mal, voire non valorisées, bien que très consommatrices de
temps soignant (cf. 2-4-7 a et 3-5-2- a).
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 50
2-3-2 Oncopédiatrie
CONSTATS
On observe environ 1700 nouveaux cas de cancer par an chez les enfants de moins de 15
ans. Les cancers de l’enfant diffèrent de ceux de l’adulte avec une extrême rareté des
carcinomes et une haute fréquence des leucémies (29 % des cas dont 80 % de leucémie
avec une lymphoblastique) des tumeurs du système nerveux central (24 %), de
lymphomes (11 %). Un quart des tumeurs de l’enfant sont des tumeurs embryonnaires
exceptionnellement retrouvées chez l’adulte.
La répartition des cancers semble homogène sur le territoire national et la survie globale
des enfants sur la période de 2000 à 2007 était estimée à 85 % à 5 ans.
La SFCE (Société Française de lutte contre les Cancers et Leucémie de l’Enfant et de
l’Adolescent) a créé, dans la dynamique du 1er plan cancer, des filières de soins et 30
centres spécialisés dans la cancérologie pédiatrique se répartissent sur le territoire.
Le 2e plan cancer a permis la création de cette organisation inter-régionale de recours
(OIR) gérant des RCP pédiatriques inter-régionales. Le 2e plan cancer (action 23-5) avait
prévu d’améliorer la prise en charge des enfants atteints de cancer et de lancer un
programme spécifique vis-à-vis des adolescents atteints de cancer. Il préconisait « la mise
en place sous forme d’expérimentation de consultations pluridisciplinaires pour la prise en
charge et la prévention des séquelles et complications à long terme chez les enfants et
adolescents parvenus à l’âge adulte ». Il indiquait également la nécessité de « relancer de
façon efficace en 2009 la commission d’allocation journalière de présence parentale et
proposer la révision des prestations sociales en insistant sur la simplification et la rapidité
de leurs attributions ». Il n'apparaît pas que ces mesures aient été suivies d’effet.
On estime en 2013 qu’environ 25 000 adultes français ont été traités pour un cancer dans
leur enfance. Les effets tardifs des traitements reçus dans l’enfance justifieraient, tant au
plan organique que psycho-social, la mise en place d’une surveillance à long terme.
Les cancers survenant chez l’adolescent de 15 à 19 ans sont relativement rares. Les
dernières données disponibles en 2005 estiment l’incidence à 765 nouveaux cas par an.
Les maladies de hodgkin (21 %), les leucémies aiguës (12 %), les cancers de la tyroïde
(9 %), les lymphomes non hodgkinien (9 %) et les cancers du testicule (8 %) sont les
cancers les plus fréquents.
Le problème des adolescents dont l’insertion est difficile dans les services de pédiatrie
comme dans les services d’adultes peut se régler par la mise en place d’unités prenant en
charge les adolescents et les jeunes adultes (AJA) qui méritent d’être développées.
2-3-2-a OBJECTIF
Organiser les soins et améliorer l’expertise.
RECOMMANDATIONS
 Mettre en place des RCP pédiatriques nationales de recours.
 Identifier sur la base de critères quantitatifs et qualitatifs des sites d’expertise.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 51
 Créer des unités adolescents jeunes adultes (AJA) dans les centres ayant une
importante activité en cancérologie.
 Structurer un réseau d’oncogénétique pédiatrique.
2-3-2-b OBJECTIF
Favoriser l’accès des enfants en échec thérapeutique aux traitements innovants.
RECOMMANDATIONS
 Création de CLIP² pédiatriques (cf. 2-2-3-a).
 Inciter les centres non autorisés aux thérapeutiques innovantes au transfert éventuel
des enfants vers des centres autorisés à réaliser ces pratiques.
2-3-2-c OBJECTIF
Stimuler la recherche sur les complications à long terme des traitements et mettre en
place leur prise en charge.
RECOMMANDATIONS
 Evaluer l’impact social et médico-économique de la guérison de sujets traités pour
cancer pendant l’enfance.
 Identifier, sur la base de critères quantitatifs et qualitatifs, des sites d’expertises.
2-3-3 Oncohématologie
Les problèmes qui se posent à l’oncohématologie ne sont pas très différents de ceux de
l’oncologie médicale (cf. 2-3-1). Un problème spécifique est celui des greffes de cellules
souches hématopoïétiques (CSH).
CONSTATS
Le nombre d’autogreffes de CSH est globalement stable depuis 10 ans avec en moyenne
2 700 autogreffes réalisées par an. Ainsi en 2012, 2 630 autogreffes ont été réalisées en
France. Dans 91 % des cas c’était pour le traitement d’une hémopathie maligne
(essentiellement lymphomes hodgkiniens et non-hodgkiniens et myélomes) et dans 9%
des cas pour une tumeur solide.
La réalisation d’allogreffes de CSH est soumise à autorisation et les centres autorisés
sont répartis de façon à peu près homogène sur le territoire national.
Les hémopathies malignes représentent plus de 90 % des indications d’allogreffes. On
observe entre 2003 et 2011 une croissance très régulière du nombre d’allogreffes de CSH
réalisées (de 973 en 2003 à 1769 en 2011). Cette augmentation est liée d’une part à
l’utilisation croissante de conditionnements réduits permettant de greffer des patients
d’âges élevés et d’autre part à la mise à disposition d’un nombre croissant de donneurs
non apparentés (près de 20 millions de donneurs dans le monde) et de banques de sang
placentaire (660 000 unités de sangs placentaires destinés à l’allogreffe de CSH
disponibles dans le monde en 2013). En effet, si le nombre de greffes réalisées avec des
donneurs familiaux a peu bougé entre 2003 (N = 665) et 2011 (N = 748), les greffes
réalisées avec des donneurs non apparentés sont passées de 308 en 2003 à 1021 en
2011.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 52
On peut prévoir une extension encore plus large des donneurs disponibles avec le
développement de nouvelles techniques de greffes utilisant des donneurs familiaux
seulement HLA haplo-identiques.
Curieusement alors que les indications n’ont pas changé et que le champ des donneurs
augmente, pour la première fois en 10 ans le nombre d’allogreffes a diminué en 2012
(N=1721). La seule explication réside dans la saturation des unités d’allogreffes.
Il apparaît donc nécessaire d’augmenter le nombre de lits et de postes médicaux et
infirmiers destinés à cette activité dans les services autorisés.
L’augmentation de la conservation d’unités de sangs placentaires (USP) destinées aux
allogreffes de CSH prévue dans le 2e plan cancer a été financée et on comptait en mars
2013, 25 000 USP stockées. On peut cependant craindre que l’objectif prévu de 30 000
USP stockées fin 2013 ne soit pas réalisé.
Une étude a montré qu’en 2012, 80 % des USP stockées en France apportaient de
nouveaux phénotypes HLA par rapport aux USP jusqu’alors disponibles. Le polymorphisme
des HLA retrouvés sur notre territoire, terre d’accueil et de métissage, fait que la France
est le 3e pays exportateur d’USP après les Etats-Unis et l’Espagne dont les stocks sont
pourtant beaucoup plus importants (respectivement 150 000 et 60 000).
Les patients français ayant bénéficié d’une greffe d’USP en 2012 ont pu recevoir dans
39 % des cas, un greffon national.
L’augmentation à 40 000 des USP stockées pourra permettre qu’au moins 45 % des
patients français requérant une greffe d’USP soient greffés avec un greffon national
(source d’économie) et permettra de mettre à disposition des patients étrangers des
greffons présentant des phénotypes HLA non représentés chez eux.
2-3-3-a OBJECTIF
Permettre que les allogreffes de CSH requises pour traitement des hémopathies malignes
puissent être réalisées.
RECOMMANDATIONS
 Augmenter le nombre de lits dédiés à l’allogreffe de CSH dans les services autorisés.
 Adapter les postes de personnel médical et paramédical à l’activité croissante
d’allogreffes.
 Financer le prélèvement et la conservation d’USP afin de parvenir à un stock de 30000
USP en 2014 et 40000 en 2016.
2-3-4 Oncogériatrie
ETAT DES LIEUX
L’incidence des cancers augmente régulièrement au cours de la vie et la survie relative
diminue avec l’augmentation de l’âge au diagnostic. Sur les 365 000 nouveaux cas de
cancer en 2011, 211 700 (soit 58 %) étaient diagnostiqués sur les personnes de plus de
65 ans. L’augmentation de l’espérance de vie justifie de se pencher avec attention sur les
problèmes posés par l’oncogériatrie.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 53
Il était noté dans le rapport d’étape du 2e plan cancer du 04/04/2013 :« Le déploiement
des unités de coordination en oncogériatrie (UCOG) a été finalisé fin 2012. On dénombre
24 UCOG dont 5 interrégionales et 4 sous forme d’antenne d’oncogériatrie. Ce dispositif
vise à assurer une prise en charge du sujet âgé atteint de cancer adaptée à son âge et à
son état sur l’ensemble du territoire. Les régions d’outre-mer dépourvues d’unités seront
couvertes par une UCOG métropolitaine ».
La création d’une fédération des UCOG proposée par la Société Francophone
d’Oncogériatrie devrait permettre, sous le pilotage national de l’INCa, une bonne
articulation de ces différentes unités à l’échelon inter-régional.
CONSTATS
1. La Recherche
Si la recherche pluridisciplinaire a été stimulée (mesure 1 à 4 du 2e plan cancer), le taux
de personnes âgées incluses dans les essais demeure très faible. Il existe par ailleurs un
décalage entre le développement d’innovations dans la population standard et la
population âgée (mesure 21). Le parcours personnalisé de soin, s’il repose de plus en plus
sur la caractérisation moléculaire de la pathologie, ne tient pas assez compte des
caractéristiques individuelles des malades en termes de comorbidités et de handicaps,
fréquemment retrouvés chez les sujets âgés.
2-3-4-a OBJECTIF
Développer la recherche sur les sujets âgés atteints de cancer (cf. 2-2-3-1-a).
RECOMMANDATIONS
 Susciter des essais thérapeutiques et des études de Sciences Humaines et Sociales sur
les sujets âgés atteints de cancer par la création d’appels d’offres spécifiques.
 Faire bénéficier les sujets âgés des innovations thérapeutiques.
2. Formations et soins
Il existe un manque d’expertise gériatrique dans de nombreux centres de traitements des
cancers. La présence d’un gériatre serait souhaitable en RCP afin d’habituer les
oncologues à l’évaluation gériatrique et de les aider dans le choix des traitements
proposés. La formation des cancérologues à l’évaluation gériatrique doit se faire dès le
DES, et il conviendrait que de façon parallèle, les gériatres soient formés à la cancérologie.
2-3-4 b OBJECTIF
Aider les cancérologues à la prise en charge des patients âgés
RECOMMANDATIONS
 Imposer une formation théorique à l’évaluation gériatrique dans l’enseignement du DES
d’oncologie et d’hématologie et dans les options 1 et 2 du DESC de cancérologie.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 54
 Permettre aux oncologues médicaux, radiothérapeutes et onco-hématologues d’accéder
à un stage de gériatrie au cours de leur DES.
 Recommander la mention des résultats de l’évaluation gériatrique lors de la
présentation en RCP de cas de sujets âgés.
2-3-5 Chirurgie des cancers
ETAT DES LIEUX
Le 1er plan cancer proposait dans sa mesure 61 de réviser le programme du DESC de
cancérologie « de façon à faciliter son accessibilité aux spécialités susceptibles de prendre
en charge la pathologie cancéreuse, en particulier la chirurgie […] ».
Cette recommandation a été suivie d’effet et le DESC de cancérologie comporte
maintenant 5 options dont l’une de chirurgie – cancérologie.
Le 2e plan Cancer avait comme objectif de « faciliter l’accès aux techniques chirurgicales et
interventionnelles complexes et innovantes, de garantir un égal accès aux traitements et
innovations, et de structurer la chirurgie dite de recours ». L’action 21-3 proposait de
« définir des critères de qualité pour la prise en charge chirurgicale des tumeurs de
l’ovaire, du pancréas, du foie, de l’oesophage, et du rectum sous péritonéal et pour les
tumeurs rares en lien avec les centres de référence et de compétence des cancers rares ».
Il est difficile d’évaluer si cette mesure a été réalisée d’autant que le niveau de la chirurgie
de recours n’était pas défini.
Le rapport Grünfeld indiquait : « Il est logique d’inciter les jeunes chirurgiens spécialistes
d’organes à acquérir la compétence chirurgicale en cancérologie afin que leur pratique
s’inscrive naturellement dans les pratiques multidisciplinaires de traitement des cancers ».
On peut considérer que l’option Chirurgie du DESC constitue une réponse à ce souhait de
compétence. Cependant de nombreux chirurgiens restent opposés à la nécessité d’un
second DESC à côté du DESC de spécialité d’organes, considérant que la capacité
chirurgicale d’exérèse d’un organe constitue une compétence suffisante.
CONSTATS
Formation
Il convient que les jeunes chirurgiens susceptibles d’avoir une activité de cancérologie
passent le DESC de cancérologie, option chirurgicale, auquel il conviendra d’associer un
enseignement et une expérience à acquérir dans des services accrédités durant 2 ans de
post-internat.
L’accréditation de ces services pourra être obtenue s’ils répondent aux critères définis par
le Collège National des Enseignants de Cancérologie (validés le 24 juin 2008). Pour les
chirurgiens en exercice le DESC peut être obtenu par la validation des acquis de
l’expérience (décret n°2012-116 du 27 janvier 2013). En revanche le décret n°2012-637
du 03 mai 2012 « permettant aux docteurs en médecine d’obtenir une extension de leurs
droits d’exercice dans une spécialité non qualifiante » ne fournit pas l’équivalence du DESC
et ne devrait pas donner les mêmes compétences.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 55
Certains chirurgiens s’autorisent des absences répétées en RCP, en confiant aux plus
jeunes la responsabilité de présenter les observations des malades. La présence aux RCP,
avec un contact avec les autres spécialistes du cancer est pourtant une forme
d’enseignement continu qu’il convient de maintenir.
2-3-5-a OBJECTIF
Réformer la formation des Chirurgiens du Cancer.
RECOMMANDATIONS
 Reconnaître la compétence chirurgicale cancérologique aux seuls chirurgiens
o soit ayant bénéficié d’une formation associant le DESC de cancérologie (option
chirurgie) et une expérience de 2 ans de post internat dans un service accrédité,
o soit ayant obtenu le DESC par validation des acquis de l’expérience (dans les
conditions prévues par le décret n°2012-116 du 27 janvier 2013).
 Définir et appliquer les critères d'accréditation des services validants.
 Créer les postes de chefs de clinique et d’assistants permettant aux services validants
pour la formation de chirurgien en cancérologie d’assurer leur mission.
 Exiger de chacun des chirurgiens du cancer une présence au moins mensuelle en RCP.
Niveau de qualification et gradation des actes
Les critères quantitatifs d’autorisation des établissements de santé définis par l’INCa pour
la pratique de la chirurgie carcinologique doivent être maintenus. Mais on peut constater
qu’il y a différents niveaux de spécialisation dans la Chirurgie du Cancer et que certaines
situations doivent être prises en charge par des chirurgiens de recours.
Il est souhaitable que les chirurgiens, dès le début de leur internat et durant toute leur vie
professionnelle, tiennent un « journal de bord » permettant de mesurer leur activité et à
terme leur capacité à la gestion des différents problèmes chirurgicaux auxquels ils peuvent
être confrontés.
Cela devrait permettre de définir le niveau de recours auquel ils pourront prétendre en
fonction de critères qui devront être définis par l’INCa et la HAS.
De la même façon, il conviendra d’évaluer la capacité des établissements de santé à
mettre à disposition l’environnement requis pour une chirurgie de recours.
2-3-5-b OBJECTIF
Offrir au patient des soins adaptés au degré de complexité de sa pathologie.
RECOMMANDATIONS
 Confier à l’INCa en lien avec la HAS la tâche de définir des niveaux de complexité pour
tous les actes de chirurgie cancérologique.
 Confier à l’INCa la tâche d’évaluer les niveaux de complexité auxquelles peuvent
prétendre les établissements de santé et les chirurgiens.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 56
2-3-6 Radiothérapie
ETAT DES LIEUX
La radiothérapie demeure un élément essentiel du traitement curatif de nombreux
cancers. On peut estimer que 175 000 patients ont été traités par radiothérapie en 2011
(ce qui correspond approximativement à 200 000 traitements) dans les 172 centres
autorisés.
Fin 2011, les centres étaient équipés de 457 appareils de traitement dont 416
accélérateurs polyvalents. 53 % des centres avaient 2 appareils, 17 % en avaient 3 et,
19 % en avaient 4 à 7. Il faut noter que malgré les critères requis pour l’autorisation, 19
centres n’avaient toujours qu’un seul appareil.
Le 2e plan cancer recommandait dans sa mesure 22 de soutenir la qualité et la sécurité
des pratiques dans les centres de radiothérapie autorisés (action 22-1), de renforcer les
moyens humains dans les centres (action 22-2) et d’actualiser les recommandations de
bonnes pratiques concernant les techniques de traitement en radiothérapie et leurs
indications (action 22-3).
Beaucoup a été fait : disparition des télécobalts, extension et modernisation du parc des
accélérateurs, augmentation du nombre de radiophysiciens, généralisation de la dosimétrie
en 3D, accès facilité à l’imagerie par scannographie. Mais des retards ont été pris car la
radiothérapie est une discipline en constante évolution et des modifications des
équipements et des techniques d’irradiation devraient permettre que les traitements soient
plus efficaces et mieux tolérés.
Offrir aux patients un traitement de qualité optimale et réalisé dans les meilleurs délais
implique une adaptation en temps réel des modalités thérapeutiques aux progrès
techniques disponibles. Ceci implique de nouveaux critères d’autorisation pour les centres
de radiothérapie et une mise en conformité du personnel d’un double point de vue
quantitatif et qualitatif.
CONSTATS
1. Les centres de radiothérapie
Il apparaît justifié de retenir les précédents critères d’autorisation des centres : possession
d’au moins 2 appareils et, sauf renouvellement d’appareil en cours, traitement d’au moins
600 malades par an. Mais il convient d'ajouter d'autres critères si l’on souhaite ne pas
pérenniser les inégalités de soins actuellement observées.
Il existe une diffusion insuffisante des techniques de radiothérapie de haute précision, qu’il
s’agisse de la radiothérapie guidée par l’image (IGRT), de la modulation d’intensité (RCMI)
et de l’irradiation asservie à la respiration. Le nombre de patients concernés par ces
techniques est suffisamment important pour qu’elles doivent être accessibles à court
terme dans tous les centres autorisés. La diffusion de ces techniques nécessite :
 une adaptation du financement, actuellement sous-évalué, aux techniques utilisées,
 un effort d’équipement en logiciel et matériel.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 57
Mais posséder un accélérateur et des logiciels aptes à la RCMI n’implique pas forcément
que cette technique soit proposée à tous les malades qui en relèvent.
Il convient donc également d’ajuster les effectifs et de former les professionnels à ces
nouvelles techniques. On peut considérer qu’un tiers des traitements devrait être délivré
par RCMI. Alors que la HAS, compte tenu du service médical rendu, recommande la
pratique de la RCMI pour le traitement des cancers des voies aérodigestives supérieures,
des cancers localisés de la prostate, des cancers de l’utérus et du canal anal, on pouvait
observer en 2011 que seulement 37 centres avaient pratiqué une technique de RCMI dans
l’année et que cela avait concerné un total de 8 045 malades (soit 4,92 % du total des
patients ayant bénéficié de radiothérapie).
En revanche tous les centres ne peuvent pas être équipés pour la pratique d’autres
techniques complexes, soit qu’elles ne concernent qu’un nombre limité de patients
(curiethérapie, gammaknife, protonthérapie, TBI) soit que, récentes, leurs indications
restent évolutives (radiothérapie stéréotaxique extracrânienne, tomothérapie, cyberknife).
Il convient donc que des conventions inter-centres se mettent en place afin d’aménager
des collaborations entre les centres dits de proximité et des centres dits de recours qui
pourraient éventuellement être situés dans une autre région.
La proximité domicile – centre de traitement doit demeurer pour les indications simples ;
en revanche il ne saurait être question de diffuser sur l’ensemble du territoire des
équipements coûteux et d’usage peu fréquent. Il conviendra donc, pour éviter les voyages
répétés dispendieux, de prévoir des maisons d’accueil permettant l’hébergement des
patients à proximité des centres de recours.
2-3-6-a OBJECTIF
Combattre les inégalités d’accès aux techniques innovantes de radiothérapie.
RECOMMANDATIONS
 Mettre à disposition dans un délai de 5 ans dans tous les centres des plateaux
techniques de radiothérapie de haute précision (IGRT et RCMI).
 A ce terme, cette disponibilité fera partie des critères d’autorisation.
 Le renouvellement du parc des appareils, l’adaptation des logiciels de calcul et la
formation des personnels tiendront compte de ces nouveaux impératifs.
 Etablir des conventions entre les centres de proximité et les centres de recours.
 Etablir la liste des indications nécessitant le pourvoi à un centre de recours.
 Contrôler la possibilité de réaliser des irradiations corporelles totales à proximité de tous
les centres autorisés à réaliser des greffes de cellules souches hématopoïétiques et
contrôler l’adéquation de l’offre de soin à la demande.
2. Les délais pour mise en route des traitements
Le problème du retard au traitement déborde le cadre de la radiothérapie mais la
radiothérapie participe à ce retard et c’est un problème d’autant plus important que le
risque de rechute peut augmenter en fonction du retard à une radiothérapie adjuvante.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 58
2-3-6-b OBJECTIF
Assurer un délai optimum, à définir par l’INCa, la HAS et la SFRO, entre l’indication et la
réalisation d’une irradiation.
RECOMMANDATION
 Mettre en oeuvre dans tous les cas de l’irradiation au plus tard dans les 3 semaines
suivant sa prescription en consultation.
3. Les nouveaux métiers de la radiothérapie
Combattre les délais excessifs de prise en charge des malades, utiliser de nouvelles
techniques d'irradiation impliquent de disposer de professionnels plus nombreux et ayant
acquis de nouvelles compétences. Ainsi, l’IGRT nécessite un allongement des durées des
séances et donc un besoin accru en accélérateurs et en manipulateurs d’environ 20 %.
Comme cela était recommandé dans le 2e plan cancer (22-2) les physiciens ont vu leur
nombre augmenter au cours des dernières années. Il semble maintenant nécessaire que
les radio physiciens puissent bénéficier du statut de professionnel de santé. Ceci est
justifié par l’accès quotidien des physiciens au dossier médical du patient et par leur
besoin en formation continue qui justifierait qu’ils puissent bénéficier du dispositif de
développement professionnel continu.
L’évolution des techniques de radiothérapie a progressivement conduit la plupart des
centres à spécialiser certains professionnels dans le calcul dosimétrique. Ces
professionnels, représentant en 2013 environ 350 ETP, participent à la préparation des
traitements mais ne font l’objet d’aucune reconnaissance réglementaire. Si les
dosimétristes, généralement issus du corps des manipulateurs, sont pour la plupart formés
« sur le tas », des filières de formation complémentaire se sont mises en place mais leur
niveau est très hétérogène. Il apparaît donc nécessaire d’identifier et d’homogénéiser ces
filières de formation et de donner aux dosimétristes un statut de technicien hautement
qualifié (niveau G) ; quant aux dosimétristes déjà en place il conviendra qu’ils puissent
acquérir ce nouveau statut par VAE.
L’autorité de sûreté nucléaire, dans son bilan des inspections réalisé en 2010, a souligné
les avancées très hétérogènes de la démarche qualité des services de radiothérapie. Un
« temps qualiticien » apparaît nécessaire dans tous les services de radiothérapie.
L’investissement de la SFRO dans la formation de qualiticiens propres à la radiothérapie
semble intéressant.
2-3-6-c OBJECTIF
Adapter les métiers de la radiothérapie aux nouvelles techniques.
RECOMMANDATIONS
 Reconnaître le métier de radio physicien comme un métier de santé.
 Homogénéiser les filières de formations des dosimétristes et reconnaitre à ces
professionnels un statut de technicien hautement qualifié.
 Fournir un « temps qualiticien » dans tous les services de radiothérapie.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 59
4. La formation des onco-radiothérapeutes
Les radiothérapeutes et onco-radiothérapeutes en activité en 2013 sont au nombre de 782
(+28% par rapport à 2003), mais la pyramide des âges permet de prévoir de nombreux
départs à la retraite à court et moyen terme. Sont en cours de formation 152 internes
dont 49% ont passé l’ENC en 2010 et 2011. On peut estimer qu’environ 25 internes par an
sortiront du DES à partir de 2015. Ils auront alors besoin d’un post internat, indispensable
pour compléter leur formation à une spécialité en pleine évolution.
Les internes en onco-radiothérapie réalisant un travail de radiobiologie ou de
radiophysique sont moins soutenus par l’industrie pharmaceutique pour réaliser un Master
2 ou une thèse que les internes en oncologie médicale. Il conviendrait donc de leur fournir
prioritairement des bourses pour ces années de recherches et d’études.
Toutes les régions ne peuvent fournir sur place aux internes une formation complète. Des
échanges inter-CHU doivent pour cela être facilités.
L’ouverture de certains centres privés à l’accueil des internes pourrait être envisagée, en
particulier dans les régions qui le nécessiteraient sous des conditions rigoureuses
d’encadrement et d’enseignement qui restent à définir avec la SFRO.
2-3-6 d OBJECTIF
Assurer la formation des jeunes onco-radiothérapeutes.
RECOMMANDATIONS
 Adapter le nombre de postes de chefs de clinique et d’assistants nécessaire au flux
croissant des internes en formation.
 Faciliter les stages inter–CHU des étudiants du DES.
 Ouvrir certains centres libéraux au choix des DES en particulier lorsque l’environnement
régional le nécessite et lorsque, avec des objectifs pédagogiques précis, ces centres
répondent à des critères qualitatifs et quantitatifs définis avec la SFRO.
2-3-7 Imagerie
ETAT DES LIEUX
L’accès à l’imagerie conventionnelle est essentiel pour le dépistage, le diagnostic, le bilan
d’extension, le traitement et la surveillance de nombreux cancers. On peut considérer
qu’un tiers de l’activité des radiologues est consacré aux malades atteints de cancers. Le
rapport Grünfeld proposait que la France rattrape son retard, en terme d’équipements en
IRM entre 2008 et 2013 alors que l’on comptait 7,5 IRM / million d’habitants en France
contre 13,5 en Europe de l’Ouest et 23,3 en Allemagne. Le plan Cancer 2 (action 21-4)
définissait comme objectif 10 IRM / million d’habitants en 2011. Cet objectif n’a pas été
atteint puisqu’en décembre 2011 si 694 IRM étaient autorisées, seules 592 étaient
installées. Dans le même temps, on comptait 20 IRM / million d’habitants en Europe de
l’Ouest et 27 par million d’habitants en Allemagne : le retard s’est même aggravé.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 60
Ceci est lié à l’augmentation des indications d’IRM qui est devenue l’examen de référence
ainsi que le recommande le guide du bon usage des examens d’imagerie (HAS, SFR,
SFMN, ASN), et il convient donc de prévoir des objectifs plus ambitieux.
Le délai moyen d’accès à un examen d’IRM pour les cancers du sein, de l’utérus et de la
prostate était en 2011 de 27,4 jours d’après l’enquête menée par la DGOS, l’INCa et la
Société Française de Radiologie. Ce délai apparaît largement excessif. Certaines régions
(Centre, Auvergne, Basse Normandie) apparaissent dans ce domaine plus particulièrement
défavorisées.
Pour ce qui concerne la radiologie interventionnelle permettant diagnostic par biopsie et
intervention thérapeutique (radio-fréquence, chimio-embolisation, ablathermie,
cimentoplastie, voies d’abord, endoprothèses,…) le 2e plan cancer (action 21-3)
recommandait « d’identifier des sites et des équipes effectuant les actes de radiologie
interventionnelle à visée thérapeutique et d’actualiser la CCAM ».
La mesure 21 notait que « l’accès au traitement du cancer doit être garanti à tous les
malades… il concernera … les techniques interventionnelles spécifiques ». On peut
considérer que ces objectifs n’ont pas été atteints.
Il était considéré dans le 2e plan cancer que le nombre de TEP était adéquat. Cependant
l’extension des indications du TEP en oncologie mais aussi dans d’autres spécialités peut
remettre en question cette affirmation.
Toujours dans le 2e plan cancer, il était prévu de suivre les dépassements d’honoraires sur
les actes d’imagerie en ambulatoire ; aucune donnée précise ne permet d’apprécier si
cette recommandation a été suivie d’effet. Enfin le travail de relecture, d'analyse et de
comparaison des dossiers d'imagerie pour la décision et le suivi thérapeutique des patients
n'est toujours pas pris en compte par la CCAM.
CONSTATS
1 - Parc d’IRM
Compte tenu des recommandations du guide de bon usage des examens d’imagerie
retenant le rôle essentiel de l’IRM lors du diagnostic initial, lors du bilan d’extension et lors
du suivi thérapeutique des patients atteints de cancer, tous les centres agréés pour le
traitement des cancers devraient être équipés d’au moins une IRM. L’INCa recensait 881
centres autorisés en juin 2010, 89 de ces centres étaient des centres experts autorisés
pour au moins 3 pratiques thérapeutiques.
Ces derniers devant être équipés d’au moins 2 IRM cela représentait un besoin minimum
théorique de 970 IRM. Il est difficile d’évaluer, en dehors des CLCC, la part d’examens
d’IRM consacrés à la cancérologie. Mais en suivant le même argumentaire que celui
proposé pour la valorisation par la CNAM des scanners en cancérologie (suivi des patients,
égal accès aux soins, prise en charge, coût des transports…) il serait souhaitable qu’au
terme du 3e plan cancer, la France se soit alignée sur la moyenne européenne d’IRM, qui
est de 20 machines par million d’habitants en 2012.
L’imagerie ayant pris une place essentielle dans la gestion pluridisciplinaire des cancers, le
radiologue est un acteur indispensable des RCP depuis le 1er plan cancer (mesure 31),
mais la démographie et la répartition des radiologues dans les territoires et les
établissements de santé reste inadaptée (40 % de postes vacants d’après le CNG).
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 61
2-3-7-a OBJECTIF
Améliorer sur l’ensemble du territoire national les délais de rendez-vous pour les examens
d’IRM lors des diagnostics et du suivi thérapeutique des cancers.
RECOMMANDATIONS
 Obtenir des rendez-vous d’IRM pour diagnostic et suivi thérapeutique des cancers le
plus rapidement possible et dans tous les cas dans les 14 jours suivant la prescription
de l’examen sur l’ensemble du territoire national. Si cet objectif n’est pas atteint d’ici
2015, augmenter rapidement le parc d’IRM installées en conséquence.
 Avoir comme objectif d’ici 2018 de disposer de 20 IRM par million d’habitants, en
prévoyant le personnel médical et non médical nécessaire à leur fonctionnement.
2 - Radiologie interventionnelle
La thérapeutique guidée par l’image représente une innovation majeure en oncologie. En
2010, on estimait à 500 000 le nombre de gestes annuels réalisés : 360 000 à visée
diagnostique, 130 000 à visée thérapeutique. Malheureusement le seul parc d’imagerie
facilement accessible pour réaliser ces gestes de radiologie interventionnelle en oncologie
est constitué d’échographes et d’appareils de radiologie standard. Or la radiologie
interventionnelle nécessite un guidage très précis que l’échographie et la radiologie
standard sont loin de fournir, contrairement à l’IRM et au scanner assurant une
performance et une sécurité d’un autre ordre. On peut regretter l’absence de plan
structuré réservant tout ou partie des équipements scanner et IRM à cette activité, ce qui
représente un handicap majeur à son développement.
Une étude prospective mise à disposition par UNICANCER en juin 2013 prévoit une
augmentation de la radiologie interventionnelle telle, entre 2012 et 2020, qu’il conviendra
de prévoir à ce terme 16 % de temps scanner et 36 % de temps IRM supplémentaires
ainsi que 3 fois plus de salles dédiées à cette activité. Il conviendrait dès maintenant de
revaloriser la radiologie interventionnelle, source de déficit pour toutes les structures qui la
pratiquent.
2-3-7-b OBJECTIF
Développer les techniques de radiologie interventionnelle à visée diagnostique et
thérapeutique sur le territoire national.
RECOMMANDATIONS
 Identifier précisément les sites et équipes effectuant des actes de radiologie
interventionnelle.
 Repérer les actes diagnostiques et thérapeutiques de radiologie interventionnelle.
 Revaloriser l’activité de radiologie interventionnelle.
 Autoriser des scanners et IRM dédiés aux thérapies guidées par l’image.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 62
3 - TEP-CT
Le TEP-CT a apporté un gain très significatif en sensibilité et spécificité dans la détection
des sites tumoraux et a contribué à la définition de nouveaux critères de réponse aux
traitements. En 2010, 81 TEP-CT étaient installés soit une augmentation de 30 % par
rapport à 2007.
L’oncologie représente la majorité des indications de la TEP-CT mais une concurrence avec
d’autres domaines médicaux (neurologie, cardiologie, pathologies inflammatoires et
infectieuses) apparaît. Ainsi, sous peine de réduire les TEP-CT disponibles pour la
cancérologie, une offre supplémentaire de machines semble nécessaire, d’autant que l’on
peut prévoir que la disponibilité de nouveaux radiotraceurs étendra le champ des
indications en oncologie.
L’affirmation dans le 2e plan cancer que le nombre de TEP-CT était adéquat était déjà
discutable en 2009 et l’est encore plus aujourd’hui.
2-3-7-c OBJECTIF
Evaluer les besoins et développer la mise à disposition de TEP pour les patients atteints de
cancer.
RECOMMANDATIONS
 Contrôler de façon répétée les délais de rendez-vous pour les examens de TEP-CT.
 Doter dans les 5 ans à venir les sites de médecine nucléaire de TEP-CT en fonction des
besoins en prévoyant le personnel médical et non médical nécessaire à leur
fonctionnement.
 Stimuler la coopération effective des services de radiologie et de médecine nucléaire.
4 - TEP-IRM
La TEP-IRM est encore un appareil de recherche non disponible en France. En acquisition
simultanée cette technique combine les qualités de l’IRM et celle du TEP. Son prix ne
permet pas actuellement sa diffusion sans une évaluation scientifique de son efficacité.
Elle devrait à moyen terme être installée dans des structures hospitalières disposant
d’équipes universitaires, de radiologues et de spécialistes en médecine nucléaire travaillant
ensemble sur des projets de recherche. C’est probablement la neurologie qui verra ces
premières applications et on peut considérer qu’elle n’aura pas de développement
significatif en oncologie dans les 5 années à venir. Il convient cependant de définir dès
maintenant les sites qui seront capables de réaliser l’évaluation de cette technique
novatrice qui demeure en 2013 du domaine de la recherche clinique.
2-3-7-d OBJECTIF
Mettre en place les conditions permettant d’évaluer l’apport de la TEP-IRM en
cancérologie.
RECOMMANDATION
 Définir les sites aptes à réaliser l’évaluation clinique de la TEP-IRM en cancérologie.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 63
2-3-8 Anatomie et cytologie pathologiques
ETAT DES LIEUX
L'Anatomie et cytologie pathologiques (ACP) est un élément cardinal de la cancérologie. Il
s’agit d’une discipline en pleine mutation avec le développement de l’étude moléculaire
des tumeurs.
Le 2e plan cancer recommandait de soutenir l’activité d’ACP en renforçant les équipes
(action 20-1) et ainsi d’augmenter de 20 % la densité moyenne de la spécialité sur le
territoire national et d’accroître les postes de Chefs de clinique et d’Assistants dans les
services formateurs (action 24-1)
Seulement 1 501 spécialistes (dont 642 âgés de plus de 55 ans) d’ACP sont en activité en
2013, contre 1 612 en 2007 et 1 631 en 2003 (- 8 %). Le nombre de chefs de clinique et
d’assistants a lui diminué de 27 % entre 2008 et 2011.
En revanche on peut espérer que l’augmentation du nombre d’internes inscrits de la 3e à
la 5e année cumulées du DES d’ACP (99 pour 2011/2012 contre 65 pour 2007/2008)
pourra à moyen terme pallier cette carence.
L’action 20-1 précisait qu’il convenait de former les techniciens en ACP à de nouvelles
compétences, ce qui n’a été que partiellement réalisé avec un problème de statut non
réglé pour ces nouveaux métiers. L’action 20-3 recommandait de « systématiser une
double lecture de toutes les tumeurs malignes rares et des lymphomes, indispensable à la
confirmation du diagnostic ».
Les difficultés diagnostiques de tumeurs rarement observées par les pathologistes
justifiaient donc un second avis d’expert dans le domaine et la réalisation éventuelle
d’actes complémentaires d’immunohistochimie et de biologie moléculaire. Bien que les
lymphomes ne constituent pas des tumeurs rares, la multiplicité de leurs sous-types
impliquant des prises en charge tout à fait différentes explique qu’ils soient également
concernés par cette procédure de double lecture.
Cette action a été mise en place et financée par les pouvoirs publics et l’INCa. Il faut
observer que cette double lecture systématique est critiquée, notamment pour ce qui
concerne les lymphomes, par certains pathologistes, en particulier libéraux, qui
souhaiteraient ne demander une deuxième lecture qu’au cas par cas s’ils la jugeaient
nécessaire.
CONSTATS
1 - Développement de la pathologie moléculaire
Le développement de l’étude moléculaire des tumeurs a introduit une mutation dont il
convient de tenir compte dans l’évolution de l’ACP. Cet usage de la biologie moléculaire
doit impliquer une formation spécifique dès le DES avec un stage de 6 mois sur une
« plateforme de génétique moléculaire ». La création d’un DESC de pathologie moléculaire
se substituant au DIU actuel pourra permettre une surspécialisation.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 64
L’obtention de ces compétences en pathologie moléculaire ne devrait pas pour autant
signifier que tous les examens de biologie moléculaire peuvent être réalisés dans tous les
laboratoires qu’ils soient publics ou privés.
Certes, pour un certain nombre de ces examens (tels par exemple, actuellement la
recherche des mutations de K RAS et EGFR), le passage à la nomenclature pourrait
permettre leur réalisation, dans des indications consensuelles, en dehors des plateformes
de génétique moléculaire reconnues par l’INCa, par des jeunes médecins (formés à ces
techniques par le DES nouvelle mouture et le DESC) ou par de plus anciens pathologistes
titulaires du DIU. Il conviendra que de façon régulière soient évalués les tests pouvant
passer à la nomenclature et que soient précisées expressément les indications susceptibles
d’être prises en charge afin d’éviter de possibles dérives.
En revanche, les plateformes de génétique moléculaire devraient garder sous leur
juridiction tout ce qui demeure recherche, protocoles et tests en cours de validation. En
contrepartie, il conviendra que les pathologistes privés ou publics ne travaillant pas sur
une des plateformes, mais ayant la formation requise, puissent avoir accès à celles-ci par
le biais de conventions et éventuellement de vacations.
2-3-8-a OBJECTIF
Soutenir l’évolution de l’ACP vers la biologie moléculaire.
RECOMMANDATIONS
 Intégrer la pathologie moléculaire dans la maquette du DES d’ACP.
 Créer un DESC de pathologie moléculaire.
 Evaluer régulièrement les tests afin de désigner ceux qui doivent être inscrits à la
nomenclature.
 Les tests restant l’apanage des plateformes devraient rester à la charge financière des
pouvoirs publics et de l’INCa.
 Etablir des conventions avec les laboratoires publics ou privés afin que les pathologistes
ayant la formation requise puissent travailler sur les plateformes de génétique
moléculaire.
2 – Double lecture
La double lecture systématique mise en place et financée par les pouvoirs publics et l’INCa
fonctionne bien et ne pose pas de problème pour les cancers rares. En revanche, cette
double lecture systématique est remise en question, notamment pour ce qui concerne les
lymphomes, par certains pathologistes qui souhaiteraient ne demander une seconde
lecture qu’au cas par cas. L’analyse effectuée par l’INCa en 2011 sur 3 191 lymphomes,
montrant que la seconde lecture avait rectifié le diagnostic et permis une modification de
la prise en charge requise dans 15 % des cas, justifie cependant que cette procédure de
double lecture systématique des lymphomes soit poursuivie.
Il serait par ailleurs souhaitable que soit établie une liste d’experts auxquels un deuxième
avis pourrait être demandé dans certains cas difficiles intéressant d’autres cancers, même
fréquents. Cette activité, reconnue, devrait être valorisée.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 65
2-3-8-b OBJECTIF
Structurer les secondes lectures.
RECOMMANDATIONS
 Perpétuer l’activité de double lecture systématique dans les cancers rares et les
lymphomes.
 Etablir une liste de pathologistes experts pour chaque type de cancer et valoriser
l’activité de relecture à la demande.
3 – Formation des futurs spécialistes en ACP
On peut espérer que la pénurie de médecins qualifiés en ACP va s’atténuer voire
disparaître compte tenu du nombre important d’internes inscrits au DES. Cependant de
nombreux postes d’internes dans les services d’ACP sont occupés par des cliniciens en fin
d’internat, ce qui est susceptible d’empêcher les internes en ACP de réaliser leur cursus.
La carence en postes de chefs de clinique et d’assistants en ACP est manifeste. Il
conviendra de mettre en adéquation le nombre d’internes en formation et celui des chefs
de clinique et d’assistants à disposition dans les années à venir.
La possibilité de passerelles pour les médecins souhaitant changer de spécialité et devenir
spécialistes en ACP doit demeurer à la condition qu’ils aient réalisé au moins 7 semestres
qualifiants en ACP en tant qu’interne ou assistant.
2-3-8 c OBJECTIF
Renforcer la filière d’ACP.
RECOMMANDATIONS
 Flécher dans les services d’ACP des postes d’internes pour qu’ils soient réservés aux
internes du DES d’ACP.
 Augmenter le nombre de postes de chefs de clinique et d’assistants dans les services
d’ACP.
 Maintenir des passerelles entre une autre spécialité et l’ACP après validation de 7
semestres dans un service d’ACP.
4 – Nouveaux métiers en ACP
Le faible nombre de pathologistes nécessite que ceux-ci se concentrent sur le coeur de leur
métier, aussi certains examens macroscopiques pourraient être délégués, sous
responsabilité médicale, à des techniciens formés à cet effet par un DU ; de même, le
statut de cytotechnicien devrait être reconnu. A l’instar de ce qui ce passe en radiologie,
une digitalisation des images d’ACP peut être envisagée. Cette technique facilitera la
double lecture, la relecture pour des essais cliniques multicentriques, et pourra permettre
la lecture d’examens extemporanés à distance.
On peut envisager à terme une aide au diagnostic par une reconnaissance d’images.
Ces nouvelles techniques justifient l’aide d’ingénieurs informaticiens dans les services
d’ACP.
2-3-8-d OBJECTIF
Développement de nouvelles pratiques et de nouveaux métiers dans les unités d’ACP.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 66
RECOMMANDATIONS
 Former des techniciens à l’examen macroscopique.
 Former des techniciens à la cytologie.
 Admettre au statut de technicien hautement qualifié les professionnels formés à ces
nouveaux métiers.
 Aider à la digitalisation des images d’ACP.
2-3-9 Les nouveaux métiers
ETAT DES LIEUX
Le 2e plan cancer recommandait (action 24-3) de développer des formations universitaires
donnant accès à de nouvelles compétences en cancérologie : dosimétristes et techniciens
d’ACP. Cette recommandation a été en partie suivie avec la création d’un DU de
macroscopie des pièces opératoires en anatomie pour les techniques d’ACP et de 3
licences professionnelles en dosimétrie et en radioprotection médicale. Cependant
l’extrême hétérogénéité (en qualité et en quantité) des formations proposées est
regrettable ainsi que l’est l’absence de reconnaissance et de valorisation de ces formations
dans le parcours professionnel des candidats.
Le turn over important des infirmiers travaillant en cancérologie doit alerter : la moyenne
nationale de « durée de vie » d’une infirmière en oncologie semble être d’environ 4 à
5 ans. La charge de travail et les tensions exercées par la gravité des affections prises en
charge rendent compte du problème. Pour ces infirmiers l’Institut de formation des cadres
de santé représente actuellement la seule perspective d’évolution de carrière et de statut.
Il convient de leur offrir d’autre choix qu’un avenir de cadre dont les tâches, avec la
création des pôles, sont devenues de plus en plus transversales et administratives.
Le 2e plan cancer (action 18-1) recommandait de « personnaliser les parcours des malades
en déployant la coordination réalisée par des infirmiers coordonateurs de soins… » « les
postes d’infirmiers d’annonce pourront être élargis pour intégrer ces nouvelles missions ».
Trois Masters extrêmement hétérogènes quant au volume et au niveau d’enseignement
ont été mis en place pour, notamment, préparer les infirmiers à ces nouvelles fonctions.
CONSTATS
De nombreuses activités pourraient être confiées aux infirmiers dans le cadre d’une
coopération interprofessionnelle : participation effective à la consultation d’annonce et au
suivi, mise en oeuvre/prescription de certains bilans et soins de support, évaluation
oncogériatrique, gestes (pose de voies centrales, myélogrammes, ponctions d’ascite,
gestion des globes vésicaux,…). On peut proposer aux infirmiers l’entrée dans ces
nouveaux métiers avec l’équivalent d’un Master 1 constitué d’une part d’une partie
pratique obtenue par validation des acquis de l’expérience de 5 ans de travail comme
infirmier dans une unité de cancérologie et d’autre part d’un enseignement de DU dont le
programme devra être homogène dans les différentes facultés qui le délivreront.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 67
Cette formation permettra d’obtenir le titre d’infirmier spécialiste clinicien et préparera les
infirmiers à la gestion du parcours de soin (de l’annonce jusqu’à la consultation de fin de
traitement) avec délégation de parole pour l’éducation thérapeutique et délégation pour la
prescription des bilans pré-thérapeutique et de suivi thérapeutique, et délégation pour la
prescription de certains soins de support.
Une formation complémentaire sera requise pour la délégation de gestes : poses de voies
veineuses centrales, ponctions de moelle, ponctions d’ascite…
2-3-9-a OBJECTIF
Créer le métier d’infirmier spécialiste clinicien.
RECOMMANDATIONS
 Mettre en place des enseignements comportant une formation à la relation soignant –
soigné et à la gestion du parcours de soins permettant de former les infirmiers à de
nouvelles fonctions et compétences.
 Donner à ces nouvelles fonctions une nouvelle bonification indiciaire dans la fonction
publique.
Diverses techniques d’analyses moléculaires à haut débit permettent la mise en évidence
d’anomalies, sources potentielles de traitements innovants. L’analyse et l’exploitation de
ces données requièrent des compétences spécifiques nouvelles.
Il convient donc de former des bio-informaticiens en leur délivrant des compétences en
informatique, mathématique, statistique et biologie du cancer.
Le stockage des données informatisées et leur transmission, la mise à disposition de
puissance de calcul nécessaire justifient la création de postes d’ingénieurs informatiques.
2-3-9-b OBJECTIF
Introduire la bio-informatique dans la recherche en cancérologie.
RECOMMANDATIONS
 Soutenir la création de formations d’excellence destinées à l’informatique en
cancérologie, ouverte à la fois aux étudiants en biologie / médecine et aux étudiants en
mathématique / informatique.
 Créer des postes d’ingénieurs informatiques dans les structures de recherche en
cancérologie.
Les nouveaux métiers en radiothérapie et en ACP ont été abordés
précédemment (cf. 2-3-6 et 2-3-8).
2-4 PARCOURS DE SOINS
Le parcours de soins des personnes atteintes par le cancer devrait être le premier
concerné par la mise en oeuvre des propositions développées dans le rapport « Un projet
global pour la stratégie nationale de santé », comprenant les 19 recommandations du
comité des « sages » réunis autour de M. Alain Cordier : ce document présentant l’analyse
de la situation actuelle et déterminant les voies d’une amélioration de la fluidité des
parcours, il n’a pas paru utile de le dupliquer ici. Seules sont donc abordées ci-après les
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 68
spécificités relatives au cancer.
L’organisation des soins a évolué au cours des 2 derniers plans cancer. Confrontée à des
modifications importantes des modes de prise en charge, l’organisation de la cancérologie
doit évoluer. Les difficultés de l’articulation entre les établissements de santé et le secteur
ambulatoire ont été abordées dans les 2 premiers plans cancer. Les évaluations des
différents dispositifs montrent que ce problème reste d’actualité en cancérologie comme
d’ailleurs dans les autres pathologies. La notion de parcours s’applique particulièrement
aux pathologies chroniques dans lesquelles la prise en charge est assurée sur une période
longue par de nombreux intervenants. Elle s’applique aussi dans la phase aiguë dès lors
que les patients sont essentiellement pris en charge en ambulatoire. En cancérologie, les
alternatives à l’hospitalisation classique (service de jour, ambulatoire, consultations) sont
maintenant, y compris en chirurgie, les plus fréquentes.
Cette évolution ne peut que se poursuivre. Le 3e plan cancer doit permettre l’adaptation
de la prise en charge à cette évolution tout en garantissant aux patients la qualité et la
sécurité des soins maximales. En effet, le système de soins doit assurer aux patients qu’ils
disposeront à tout moment des compétences requises sans avoir à subir de ruptures dans
leur parcours. C’est un objectif qui ne peut être atteint que par un décloisonnement des
structures et particulièrement entre les établissements de santé et le domicile.
Les premiers plans cancer avaient anticipé cette évolution en définissant quelques-uns des
éléments essentiels du parcours de soins en cancérologie.
- Le premier temps fort du parcours de soins commence à l’évocation du diagnostic,
parfois en situation d’urgence. La formalisation de cette étape qui constitue
l’annonce a été l’une des mesures phares du 1er plan cancer (mesure 40). En 1998,
lors des premiers Etats Généraux de la Ligue Nationale contre le Cancer, les patients
avaient clairement exprimé la nécessité de faire évoluer les pratiques : meilleures
conditions d’annonce, informations appropriées et meilleure écoute. Ce dispositif a
été, après une phase expérimentale, étendu à la plupart des établissements
pratiquant la cancérologie. Le dispositif d'annonce constitue l'une des conditions
transversales de qualité auxquelles les établissements de santé doivent satisfaire
pour obtenir l'autorisation d'activité de soins de traitement du cancer (mesure 19 du
2e plan cancer : renforcer la qualité des prises en charge pour tous les malades
atteints de cancer).
Ainsi, dès le diagnostic évoqué, chaque malade met, ou tente de mettre en place,
des mécanismes d’adaptation, souvent évolutifs, très variables selon les individus et
la maladie. A cette phase du parcours, le rôle des équipes soignantes est
important : le dispositif d’annonce mis en place a pris acte de cette évolution en
complétant le temps médical par un temps soignant et cette modalité a répondu
aux attentes des patients. Ce dispositif doit donc être maintenu et adapté aux
nouvelles attentes du patient : des études qualitatives doivent être régulièrement
conduites pour réajuster ce dispositif chaque fois que nécessaire.
- Le deuxième temps fort du parcours de soins est celui du choix thérapeutique qui
doit à la fois être adapté au patient et répondre aux référentiels de pratique
actualisés. Le 1er plan cancer a permis la mise en place des réunions de
concertation pluridisciplinaires (RCP). Ce dispositif a été renforcé dans le 2e plan
cancer (mesure 18). Il s’agissait par ailleurs d’un des objectifs de la loi de santé
publique de 2004 (objectif 49). Une concertation pluridisciplinaire peut être
nécessaire à d’autres temps du parcours de soins. Le 3e plan cancer doit donc à la
fois renforcer le dispositif existant et mettre en place des RCP pour les autres temps
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 69
du parcours de certains patients.
- Le troisième temps fort correspond à la remise du programme personnalisé de soins
(PPS). Souvent remis lors de la consultation d’annonce, ce programme de soins
n’est encore que partiellement utilisé. Les derniers chiffres donnés par les réseaux
régionaux montrent des taux de diffusion inférieurs à 20% en 2009. De façon
discordante, l’enquête faite par l’INCa en 2011 signale que 57% des patients
déclarent avoir reçu un PPS.
Pour l’essentiel, le PPS concerne les propositions thérapeutiques discutées en RCP,
les programmes de soins et leurs conséquences éventuelles, l’accès aux soins de
support, la coordination des soins avec le domicile impliquant le médecin traitant et
les structures territoriales.
- Le quatrième temps du parcours de soins est l’articulation entre la prise en charge
hospitalière et la prise en charge à domicile. Les plans cancer ont mis en place des
dispositifs successifs pour améliorer ce temps essentiel à la qualité des soins. Le 1er
plan cancer a ainsi préconisé la création des réseaux territoriaux de cancérologie.
Le 2e plan cancer a permis de réaliser une expérimentation de coordonnateurs de
soins (action-18.1 : coordonner les parcours de soins des malades pendant la phase
active du traitement grâce à des coordonnateurs de soins). L’évaluation de ce
dispositif est à ce jour uniquement qualitative. Une évaluation coût-bénéfice devrait
être bientôt disponible. Le lien avec le médecin traitant faisait l’objet de l’action 18.2
(« Conforter la fonction de proximité du médecin traitant pendant la phase
thérapeutique aiguë et lors de la période de surveillance »).
- La notion de parcours de soins suppose une évolution de l’implication du patient et
de l’entourage et la mise à disposition d’une information adaptée tout au long du
parcours. Le 2e plan cancer avait abordé ce point dans l’action 19.5 (Rendre
accessible aux patients une information de référence sur les cancers afin d'en faire
des acteurs du système de soins). En effet, le patient a le besoin et le droit d’être
informé tout au long de sa maladie. La prise en charge doit être maintenue au
cours de l’évolution de la maladie et aussi dans « l’après cancer », voire jusqu’aux
soins palliatifs. Ces 2 points font l’objet de chapitres spécifiques de ce rapport
d’orientation. En effet, ils ne concernent pas uniquement la séquence de soins mais
plus généralement le parcours du patient.
Le parcours de soins nécessite une forte implication des équipes soignantes dans les
établissements de santé. Confrontés à un parcours qui s’inscrit pour certains patients dans
la durée, les soignants risquent l’épuisement. Le syndrome du « burn-out », connu des
entreprises dans lesquelles des efforts d’adaptation sont demandés aux personnels, est
moins connu des établissements de santé où peu de mesures de prévention sont
développées. C’est pourquoi des recommandations spécifiques sont proposées dans ce
chapitre consacré au parcours de soins.
Au total, la notion de parcours est essentielle et doit être développée dans le 3e plan
cancer. Si les différents temps de ce parcours ont fait l’objet d’adaptations qui ont permis
une réelle amélioration des pratiques, il est nécessaire de considérer le parcours comme
un ensemble qui doit être cohérent et surtout sans rupture et qui doit aussi tenir pour
indissociable ce qui relève de l’acte de soigner (« cure ») et du prendre soin (« care »). La
question du pilotage du parcours doit également être abordée.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 70
Par ailleurs, des expérimentations mettant en oeuvre des modifications tarifaires qui peuvent
influer sur les pratiques médicales doivent être conduites et évaluées.
2-4-1 L’annonce et la relation soignant-soigné
CONSTATS
L’annonce du diagnostic de cancer est une étape majeure dans la vie de la personne
atteinte et de son entourage. En réponse à la demande des malades qui s’étaient exprimés
lors des premiers Etats généraux des malades atteints de cancer organisés par la Ligue
Nationale contre le Cancer en 1998, le dispositif d’annonce, mesure 40 du 1er plan cancer
a d’abord été expérimenté dans 58 établissements pilotes, puis généralisé fin 2005 et bien
accepté par les professionnels. En réalité, le malade a le plus souvent connaissance de son
diagnostic avant la tenue de ce « dispositif » structuré.
Ce dispositif a été évalué en 2011 par l’INCa (Étude sur l’annonce du diagnostic de cancer
et le ressenti des malades). Cette étude permet de mesurer les progrès réalisés à ce
temps fort du parcours de soins : 86 % des patients se déclarent satisfaits ou plutôt
satisfaits des mots utilisés par le médecin lors de l’annonce, 92 % se déclarent satisfaits
par le «temps d’annonce soignant», 95 % par le climat instauré par le médecin en
consultation et 96 % par le soutien apporté par les soignants. La bonne qualité de la
relation médecin-malade, dès l’évocation du diagnostic et tout au long du parcours, est la
priorité exprimée par les malades dans une enquête réalisée dans les centres de lutte
contre le cancer Une relation soignant-soigné de qualité est une condition pour une prise
en charge et une annonce qui répondent aux attentes des patients. Cette relation s’est
modifiée en cancérologie comme dans les autres spécialités médicales. Le colloque
singulier évolue vers un colloque pluriel, différents intervenants participant à l’information
et à la prise en charge du patient. Une relation plus équilibrée s’est mise en place
progressivement même si des progrès importants restent à faire notamment concernant la
prise en compte des préférences et des attentes des patients.
2-4-1-a OBJECTIFS
 Pérenniser et adapter le dispositif d’annonce
 Mieux sensibiliser lors de leurs études tous les soignants à l’annonce du diagnostic de
cancer.
 Améliorer la qualité de la relation soignant-soigné.
RECOMMANDATIONS
 Conduire régulièrement des études qualitatives et quantitatives sur le dispositif
d’annonce pour vérifier son adéquation aux attentes des patients.
 Mettre en place dans les études des professions médicales et paramédicales des
modules spécifiques sur la relation soignant-soigné et ses évolutions.
 Pour les médecins amenés à prendre en charge des malades atteints de cancer :
o inclure des séminaires de formation à la relation médecin-malade au cours
du DES d’oncologie ou du DESC de cancérologie,
o intégrer des formations de ce type dans le développement professionnel continu
(DPC).
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 71
2-4-2 Les réunions de concertation pluridisciplinaires
(RCP)
CONSTATS
Les 1er et 2e plans cancer ont aidé à la mise en place des RCP sur tout le territoire
national. Elles sont devenues opposables depuis le décret n° 2007-388 de mars 2007
relatif aux conditions d’implantation applicables à l’activité de soins de traitement du
cancer. La campagne HAS 2011 menée dans 794 établissements autorisés, rapportée fin
2012, montre clairement la progression du déploiement de leur traçabilité dans le dossier :
globalement 80 % en 2011 contre 70 % en 2010, et surtout 70 % contre 38 %
comportant la présence d’au moins 3 professionnels de spécialités différentes. En
revanche, il existe des disparités importantes qu’il s’agisse des types de tumeurs
concernées ou des établissements.
Aucune évaluation d’impact de cette mesure importante du 1er plan cancer n’a été
conduite à ce jour. Il s’agit d’un dispositif lourd, nécessitant d’importantes ressources
médicales souvent difficiles à mobiliser, et son application systématique à tout patient sera
susceptible de poser problème compte tenu de l’évolution de l’incidence des cancers et de
la diminution prévisible du nombre d’oncologues.
L’évaluation qualitative des RCP a jusqu’à présent été insuffisante, en particulier pour ce
qui concerne :
 la transmission des décisions proposées aux médecins intervenant dans la prise
en charge dont le médecin traitant,
 le temps et les moyens consacrés,
 le rôle du coordonnateur, les axes d’amélioration potentiels,
 les faiblesses potentielles à réduire concernant les situations d’urgence, les tumeurs
rares et les situations cliniques rares dans des localisations fréquentes,
nécessitant des requêtes auprès de RCP de recours. Le rapport Grünfeld recommandait
: « Il conviendra d’évaluer la qualité des RCP, dont celle de recours
».
L’amélioration du fonctionnement des RCP, leur généralisation effective et la définition de
la mise à disposition de l’expertise requise sont donc à poursuivre.
En effet, l’objectif commun de toute RCP est de rassembler l’expertise nécessaire aux
décisions thérapeutiques à proposer dans les situations cliniques présentées et de les
tracer.
Leur généralisation est un moyen de lutte contre les inégalités territoriales de prise en
charge et les pertes de chance. Elles peuvent être un moyen de lutte contre les
traitements inappropriés et les dépenses qu’ils induisent.
Différents types de RCP sont nécessaires (avec une gradation entre elles) pour répondre
au mieux à ces besoins en fonction de l’expertise médicale disponible. La finalisation d’un
cahier des charges des RCP est à revoir : quorum, missions respectives du coordonnateur
et des participants, calendrier, support utilisé pour la traçabilité, transmission aux
médecins habilités (en particulier le médecin traitant) et accord informé du patient.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 72
RCP de première intention : ces RCP sont organisées au niveau de proximité par le 3C
territorial, par discipline (ORL, pneumologie, gynécologie, urologie, etc.) : si toutes les informations
nécessaires à la décision sont disponibles et si l’expertise est suffisante, les
propositions thérapeutiques sont émises et tracées. Si des informations complémentaires
sont nécessaires (2e lecture anatomo-pathologique, bilan complémentaire), la décision est
inévitablement retardée mais elle doit néanmoins être prise aussi rapidement que possible.
Si l’expertise locale est insuffisante, il devient nécessaire de discuter le dossier en RCP de
recours. Le coordonnateur de la RCP doit avoir la responsabilité d’orienter les dossiers vers
la RCP adaptée.
RCP de recours : elles peuvent être régionales, interrégionales ou nationales pour
disposer de l’expertise nécessaire. Elles doivent être mises en place pour les tumeurs rares
(sarcomes, tumeurs neuro-endocrines, neuro-oncologie,…) et les situations rares dans
chaque discipline.
RCP d’appui, en situations d’échec thérapeutique : elles sont destinées à proposer
soit une poursuite de traitements spécifiques basés sur les données de la littérature, soit
une prise en charge palliative. Le plus souvent, il n’existe aucun référentiel de pratiques,
ce qui contribue à la difficulté de la prise de décisions. Dans ces situations, il importe de
prendre tout particulièrement en compte le rapport bénéfice/risque et le rapport
coût/bénéfice. La décision d’arrêt des traitements spécifiques ne peut reposer sur la responsabilité
d’un oncologue isolé, voire sur la démarche personnelle d’un patient. Pour ces
RCP d’appui, la présence de médecins spécialistes en soins palliatifs est nécessaire avec
les oncologues, dont l’oncologue référent ; la présence d’un psychologue est souhaitable.
2-4-2-a OBJECTIF
Améliorer l’organisation et la qualité des RCP.
RECOMMANDATIONS
 Finaliser le référentiel des différentes RCP : de première intention, de recours et
d’appui.
 Mettre en place un site d’accès à l’ensemble des référentiels nationaux pour les soins
spécifiques et les soins de support, accessible au cours du déroulement des RCP.
 Etablir une cartographie nationale des RCP de recours.
 Evaluer par des audits le fonctionnement et la qualité des différents types de RCP et
analyser les causes de non-respect des propositions thérapeutiques émises en RCP.
 Reconnaître la participation aux RCP comme contribution au DPC des médecins généralistes.
2-4-3 Le programme de soins
CONSTATS
Un programme de soins individualisé et de rendez-vous doit être remis au patient pour
organiser sa prise en charge. Il s’agit d’une mesure simple mais essentielle ; le programme
doit donc être compréhensible par le malade, quel qu’il soit, et il doit lui être expliqué
chaque fois que nécessaire. Dans les 1er et 2e plans cancer, la remise d’un « Programme
Personnalisé de Soins » (PPS) a surtout été préconisée dans le cadre du dispositif
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 73
d’annonce ; le contenu « minimal » en a été précisé par l’INCa en 2010. Il devait
comprendre des informations relatives au patient et à l’établissement de santé de
référence, un volet soins (incluant notamment le calendrier prévisionnel des soins et de
suivi, le compte rendu de la RCP, le compte rendu d’ACP et, le cas échéant, le compte
rendu opératoire), un volet social et les contacts utiles.
De nombreux modèles ont été développés : ils sont inégalement fidèles au contenu
minimal ainsi défini et ils ont été peu évalués. L’évaluation en a été essentiellement
quantitative (nombre de PPS remis). Le 2e plan cancer prévoyait un objectif de 80 % en
2013. Dans l’étude menée par l’INCa et la Ligue en 2011, publiée en mai 2012, 57 % des
patients déclaraient qu’un PPS leur avait été remis. Ces résultats, à améliorer, reflètent
aussi des variations de pratique potentiellement responsables d’inégalités territoriales
importantes. Les raisons de cette utilisation partielle méritent d’être identifiées et
analysées.
2-4-3-a OBJECTIF
Systématiser la remise du programme de soins au patient.
RECOMMANDATIONS
 Etudier les obstacles pratiques à la remise systématique du PPS à tout nouveau
patient.
 Inclure la remise d’un PPS en début de prise en charge dans les critères de qualité des
établissements de santé : IPAQS, autorisation de l’activité de cancérologie.
 Compléter les données devant figurer dans le PPS remis au patient.
 Mentionner dans le PPS le ou les numéros de téléphone utiles.
 Décrire dans le PPS les propositions thérapeutiques émises en RCP.
 Indiquer dans le PPS le nom des soignants présents lors de la concertation.
 Evaluer régulièrement la qualité des PPS et les modalités de leur remise, particulièrement
lorsqu’ils concernent les patients socialement les plus fragiles.
 Evaluer l’impact des PPS sur la qualité de la prise en charge.
2-4-4 L’articulation entre les établissements de soins
et le domicile
CONSTATS
Sauf exception, l’articulation entre les établissements de santé et les ressources et
professionnels du territoire, dont le médecin traitant, est restée très insuffisante.
L’évaluation des différents dispositifs proposés pour améliorer cette articulation montre
une mise en place très hétérogène pour les réseaux de soins (évaluation de 2009),
susceptible de renforcer les inégalités territoriales, et une atteinte très partielle des
objectifs initiaux pour le dispositif expérimental de coordination des soins.
L’information et l’orientation vers des dispositifs adaptés à chaque patient en fonction de
son évolution sont des enjeux que doit assurer un dispositif ayant pour but de développer
l’articulation entre établissements de santé et domicile des patients.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 74
2-4-4-a OBJECTIF
Améliorer l’articulation entre les établissements hospitaliers et le domicile du patient.
RECOMMANDATION
 Développer la mise en place dans les établissements autorisés d’une organisation spécifique
permettant aux professionnels de santé de ville d’accéder facilement par téléphone,
aux heures ouvrables, à l’équipe médicale, aux autres soignants, aux professionnels
des soins de support.
 Développer l’identification, au sein des équipes soignantes, d’infirmiers en charge du
lien avec le patient et assurer leur formation. Mettre à disposition des patients suivis à
domicile un dispositif leur permettant d’entrer téléphoniquement en contact, aux
heures ouvrables, avec ces infirmiers.
 Mettre en place un dispositif territorial destiné à répondre aux besoins d’information et
d’orientation individuelle et personnalisée exprimés par les patients ou leur entourage
notamment pour assurer le lien avec le domicile et aider à la résolution des problèmes
de toute nature qui s’y posent (problèmes psychosociaux, douleur, besoin de gardes de
nuit, soins de support, soins palliatifs).
 Placer ce dispositif sous la responsabilité du 3C territorial et l’articuler avec les établissements
de santé référents.
2-4-5 Le développement de nouvelles activités pour
mieux répondre aux besoins des patients
CONSTATS
Certaines prises en charge exigent une pluridisciplinarité et un temps qui dépassent
largement ce qu’il est possible de proposer dans le cadre d’une consultation : traitement
de la douleur, interventions en phase palliative, délivrance d’informations multiples et
complexes, éducation thérapeutique individuelle par exemple lors de l’initiation de
chimiothérapies ou de thérapeutiques orales à domicile, évaluation gériatrique, préparation
de la phase d’après cancer…
Dans ces circonstances, l’hospitalisation à temps partiel est une alternative adaptée.
2-4-5-a Objectif :
Développer de nouvelles activités d’hospitalisation à temps partiel adaptées aux besoins
des patients.
Recommandations :
 Identifier les nouvelles pratiques concernées relevant d’une hospitalisation à temps
partiel et reconnaître de nouveaux GHS pour ces activités.
 Evaluer par des études médico-économiques ces nouvelles pratiques.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 75
2-4-6 Les délais de prise en charge
CONSTATS
Le respect de délais de prise en charge appropriés est indispensable pour ne pas entraîner
une perte de chance pour le malade ni susciter d’inutiles difficultés psychologiques.
L’INCa a publié en 2013 une étude réalisée dans plusieurs régions portant sur les délais de
prise en charge des quatre cancers les plus fréquents : sein, poumon, colon et prostate.
Ces différents travaux s’inscrivent dans le cadre de l’action 19.4 du 2e plan cancer. Pilotée
par l’INCa, en lien avec la Fédération nationale des Observatoires régionaux de la santé
(FNORS), cette étude a été réalisée par les réseaux régionaux de cancérologie, avec
l’appui des Observatoires Régionaux de la Santé (ORS). Elle s’est déroulée en 2 phases
ayant permis d’analyser les données concernant 12 000 malades. Ses résultats suggèrent
que les délais de prise en charge peuvent constituer de bons marqueurs de l’accès aux
soins et des inégalités. Leur mesure pourrait permettre de caractériser ces inégalités,
qu’elles soient liées à des facteurs socio-économiques ou organisationnels, et d’identifier
des pistes d’action pour améliorer la situation.
L’étude concerne les délais :
 entre suspicion diagnostique et accès à l’imagerie et au diagnostic histologique,
 entre résultat de l’ACP et proposition thérapeutique envisagée en RCP
 et entre suspicion diagnostique et premier traitement.
Les résultats montrent des variations très importantes selon la pathologie concernée, les
régions, les catégories socioprofessionnelles et parfois selon les types d’établissements.
Le rapport du réseau FRANCIM sur les délais de prise en charge montre une aggravation
des délais de prise en charge pour les cancers du colon et les cancers du sein, dans les 3
registres étudiés entre les périodes 1999-2003 et 2004-2008.
Dans tous les cas, les délais d’accès au spécialiste du domaine concerné, à l’imagerie, au
diagnostic histologique, à la RCP et au début réel des traitements doivent être
régulièrement surveillés et analysés afin d’être raccourcis.
Ces études ne permettent pas d’établir de liens entre délais excessifs et raccourcissement
de la survie mais ce n’était pas leur objectif.
Même si cela n’a pas été confirmé par d’autres études, une méta-analyse publiée en 1999,
rassemblant 87 études concernant le cancer du sein, rapportait un effet délétère sur la
survie en cas de délai supérieur à 3 mois entre l’apparition de symptômes cliniques et le
début du traitement. L’impact délétère d’un délai excessif entre le diagnostic et le
traitement semble aussi démontré dans une étude publiée en 2012 dans le cancer du sein
à un stade précoce (si le délai entre la biopsie et le début du traitement est supérieur à 60
jours) dans un registre de Caroline du Nord. La plupart de ces études sont parfois
d’interprétation difficile car les délais mesurés peuvent associer le retard à consulter à
partir de l’apparition de symptômes et les délais réels de prise en charge par les
professionnels.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 76
2-4-6-a OBJECTIF
Réduire les inégalités dans les délais de prise en charge.
RECOMMANDATIONS
 Suivre en continu les délais de prise en charge des différents types de cancers.
 Adopter les mesures nécessaires pour que les établissements autorisés soient en capacité
de fournir les informations nécessaires à l’évaluation des délais de prise en charge.
 Identifier les freins au respect des délais adéquats.
2-4-7 Les traitements anticancéreux oraux au
domicile : chimiothérapie et / ou thérapeutiques
ciblées
CONSTATS
L’utilisation de traitements anticancéreux oraux (hormonothérapie exclue) est en constante
augmentation. En 2015, la proportion devrait atteindre 25 à 30 %.
Les études rapportées dans la littérature montrent que la chimiothérapie orale peut
apporter un bénéfice et un confort pour les malades.
Toutefois, dans la pratique courante, un certain nombre de patients se sentent rassurés de
réaliser le traitement dans un établissement de soins où ils peuvent rencontrer des
médecins, infirmiers, psychologues, diététiciens…. La solitude à domicile face au
traitement peut constituer un poids pour le patient et son entourage.
Le principal inconvénient du mode d’administration oral est lié à « la gestion du
traitement » par le patient, avec le risque de non-observance et la difficulté de gestion des
effets indésirables. Plusieurs études ont montré que les causes de difficultés d’observance
sont multiples. En cas de mauvaise observance, les objectifs thérapeutiques ne peuvent
être atteints, ce qui provoque une perte de chance, un changement prématuré de
traitement et un recours accru au système de soins.
Par ailleurs, les thérapeutiques orales sont parfois considérées à tort comme moins
« toxiques » que les chimiothérapies intraveineuses. En effet des études réalisées sur les
traitements oraux utilisés dans le cancer du rein révèlent une toxicité de 7 à 10 %, un
quart à deux tiers d’interruptions de traitement ainsi que des réductions de posologie
allant de 5 à 23 %.
Certains établissements instaurent un suivi téléphonique au moins hebdomadaire du
patient par des infirmiers pendant 4 à 8 semaines. Ce suivi téléphonique est organisé
après entretien avec le malade et si possible son entourage.
L’élaboration d’un guide de bonnes pratiques pour les professionnels, d’un carnet de suivi
pour le patient et de fiches d’information « voies orales » pour le malade, le médecin
traitant et le pharmacien devraient être pris en charge au niveau national en tenant
compte des expériences régionales ou interrégionales déjà engagées.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 77
2-4-7-a OBJECTIF
Mieux encadrer et sécuriser les traitements anticancéreux oraux à domicile.
Faciliter le recueil potentiel de données concernant l’analyse pharmaceutique et les
interactions médicamenteuses potentielles.
RECOMMANDATIONS
 Organiser des consultations médicales longues préludant à la mise en route des
traitement per os.
 Développer les supports facilitant l’information du patient et l’observance.
 Favoriser la délivrance hospitalière en rétrocession, au moins au début du traitement.
Elaborer au niveau national des fiches d’information sur les thérapeutiques orales à
remettre aux patients et aux professionnels.
2-4-8 La prévention du syndrome d’épuisement
professionnel des soignants
CONSTATS
La qualité du parcours de soins du patient dépend certes des organisations mises en place
mais elle a également toutes les chances d’être plus souvent acquise si l’équipe
hospitalière bénéficie d’un fonctionnement suffisamment serein.
Le syndrome d’épuisement professionnel des soignants (SEPS) en cancérologie est
largement documenté. L’outil le plus utilisé pour le dépister a été développé par
C. Maslach et S. E. Jackson en 1981. Il s’agit d’un questionnaire de 22 questions qui
regroupe 3 dimensions : l’épuisement émotionnel, la déshumanisation de la relation à
l’autre et la perte de sens et de l’accomplissement de soi au travail.
Une étude française menée en 2009 sur 340 internes d’oncologie médicale, d’oncologie
radiothérapie et d’hématologie (avec un taux de réponse de 60%) a retrouvé un taux de
burnout de 44%, qui correspondait à 26% d’épuisement émotionnel et 35% de
dépersonnalisation. La principale étude française transdisciplinaire en oncohématologie a
étudié 236 soignants et retrouvé des taux de burnout de 38% chez les médecins, 24,5 %
chez les infirmiers et de 35,2 % chez les aides soignants.
Les causes sont multiples : liées au soignant (son histoire de vie personnelle, son
éventuelle fragilité), liées à la discipline même et à la difficulté de son exercice, liées à
l’organisation et à la charge de travail, liées éventuellement au « management » du
service et/ou de l’établissement. Les caractéristiques épidémiologiques de ce syndrome
(incidence, prévalence) dans les établissements de santé pratiquant la cancérologie sont
mal connues même si des études permettent d’en mieux connaître les composantes.
Des programmes de prévention de ce risque ont été mis en place dans certaines
entreprises (cohésion, participation, communication au sein de l’équipe,…). Le
« managérat » participatif, notamment préconisé par l’AFSOS, vise à prévenir le risque, au
moins à l’échelle de l’équipe soignante.
Les trois voies développées par Pierre Canouï et Aline Mauranges pour tenter de prévenir
le SEPS sont : la formation individuelle, la réflexion institutionnelle et l’approche éthique.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 78
Le rapport Grünfeld proposait déjà de « développer les qualités humaines des soignants »
notamment en incluant les préoccupations touchant à l’éthique, la psychologie et la
relation soignant-soigné. L’action 24.2 du 2e plan cancer (« accompagner l’évolution des
modes de pratiques ») visait notamment à « développer des formations intégrant
davantage la dimension sociale et éthique dans les relations soignants/soignés et à
promouvoir l’analyse des pratiques au sein des équipes soignantes ». Ces aspects,
pourtant au coeur des préoccupations des soignants en cancérologie, ont été jusqu’à
présent insuffisamment développés.
2-4-8-a OBJECTIF :
Prévenir le syndrome d’épuisement professionnel des soignants.
RECOMMANDATIONS :
 Mettre en place des études pour mieux connaître l’ampleur de ce syndrome en cancérologie.
 Informer les soignants et notamment les médecins sur ce risque et sur les signes permettant
de le détecter.
 Former les soignants en formation initiale comme en formation continue à la relation
d’aide, à la psycho-oncologie et aux sciences humaines.
 Mettre en place des espaces d’échanges sur les difficultés rencontrées face à des situations
cliniques particulières ou à des problèmes d’ordre organisationnel (groupes de
paroles, analyses des pratiques, réunions régulières).
 Permettre l’accès à un soutien psychologique de tous les soignants en cancérologie.
2-5 LA VIE PENDANT ET APRES LE CANCER
« Trois phases dans la survie au cancer ont […] été décrites […]. La phase de survie aiguë
débute au moment du diagnostic et se déroule pendant l’ensemble du traitement. Durant
cette phase, le patient doit survivre à des traitements agressifs et faire face à de violentes
émotions liées à la possibilité de mourir de la maladie. Il s’agit de la phase médicale,
dominée par le diagnostic et le traitement. La phase dite de survie étendue débute à la fin
du traitement, si le patient entre en rémission. Il doit alors faire face aux craintes de
rechute de la maladie. Cette phase est également associée à des limitations physiques,
conséquences des traitements reçus, mais qui doivent désormais être vécues à la maison,
au travail, et non plus à l’hôpital. Enfin, la phase de survie permanente correspond à la
période où suffisamment de temps s’est écoulé pour que les risques de rechute soient
minimes (généralement cinq ans) » (« La vie deux ans après le diagnostic de cancer »-
DRESS-INSERM-2008).
Les « recommandations pour le plan cancer 2009-2013 » formulées par Jean-Pierre
Grünfeld et le 2e plan cancer adoptent des modes de présentation différents pour décrire
les mesures visant l’amélioration de « la vie pendant et après le cancer » :
 le rapport Grünfeld consacre un développement spécifique à la question du « vivre
après le cancer » tandis que les mesures relatives à « la vie pendant » sont dispersées
au sein des trois premiers chapitres du rapport ;
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 79
 pour sa part, le 2e plan cancer regroupe le pendant et l’après cancer : le document est
organisé en 5 axes et le dernier présente de manière autonome les mesures et actions
relatives à l’item « vivre pendant et après un cancer » ; pourtant plusieurs mesures et
actions qui relèvent de cette thématique sont présentées au sein des 4 autres axes
(recherche, observation, prévention et dépistage, soins).
Quel que soit le mode de présentation adopté, l’un des concepts fédérateurs des mesures
touchant à la vie pendant et après le cancer pourrait être celui d’ « accompagnement ».
Dans la sphère des politiques conduites en direction des personnes âgées ou des
personnes en situation de handicap, la notion de « prise en charge » a été
progressivement écartée au motif qu’elle mettait en avant l’unilatéralité de la relation entre
un intervenant qui fournit une prestation et une personne qui la reçoit sans pouvoir influer
sur son contenu ni même sur les modalités de sa délivrance. « Prendre en charge »
suppose la passivité du « bénéficiaire » et l’usage de cette expression traduit sa sujétion
qui se manifeste par le fait que rien n’est prévu pour recueillir son expression et encore
moins pour la solliciter. Préféré au concept de « prise en charge », l’accompagnement
souligne au contraire que l’on mise dans toute la mesure du possible sur une forme
d’autonomie de la personne, que l’on tient certes compte de sa situation de dépendance
liée à l’âge et/ou au handicap mais que l’on s’impose surtout d’une part de prendre en
considération ses attentes et pas seulement ses besoins et d’autre part d’exploiter toutes
les possibilités de l’associer aux interventions qu’exige son état. Il s’agit d’apporter un soin
en référant ce mot à l’expression « prendre soin » tout autant voire plus qu’au verbe
« soigner ».
C’est ainsi que, dans le domaine des personnes âgées ou en situation de handicap, on en
est venu à opposer, parfois d’une manière excessivement radicale, la notion de prise en
charge et celle d’accompagnement ou, dans un registre voisin, le « cure » et le « care ».
Dans le cas du cancer, la situation est autre : une part du traitement s’inscrit dans le
« cure » de manière inévitable, massive et souvent durable et il n’y a pas lieu de le
contester. Pourtant (ou peut-être en raison même de ceci), le « care » peut et doit avoir
également sa place. L’enjeu n’est donc pas d’opposer prise en charge et
accompagnement ; il est bien plutôt d’assurer une double évolution : d’une part, mieux
définir et renforcer tout ce qui relève de l’accompagnement et, d’autre part, améliorer les
articulations entre la délivrance des soins requis par le traitement du cancer et l’ensemble
des prestations voisines qui vont permettre à la personne concernée et à son entourage
d’être dans un « parcours de vie » et non pas seulement dans un parcours de soin, ni
même dans un parcours de santé.
Cette notion de « parcours de vie » vient d’être retenue par le Conseil de la Caisse
nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Pour reprendre l’argumentaire qu’il a
diffusé à la suite de sa réunion du 23 avril 2013, « le Conseil de la CNSA a choisi
l’expression parcours de vie […parce qu’il] considère la personne dans les différentes
dimensions de sa vie : personnelle et relationnelle, professionnelle et sociale, familiale et
citoyenne.
Cette notion, qui repose donc sur le vécu de la personne dans son environnement,
interroge les politiques publiques dans de nombreux domaines […] et met l’accent sur le
besoin de continuité des différentes formes d’accompagnement ».
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 80
Ceci conduit d’ailleurs à identifier la seconde caractéristique de l’ensemble des mesures
qu’appelle l’amélioration de la vie pendant et après le cancer : l’importance de la
pluridisciplinarité. L’obligation faite aux équipes d’organiser une « réunion de concertation
pluridisciplinaire » (RCP) pour chaque patient atteint d’un cancer résulte de ce qu’une
décision collégiale apporte de meilleures garanties au moment du choix du traitement ou
lors d’un changement significatif de l’orientation thérapeutique ; mais la pluridisciplinarité
est tout autant nécessaire et elle mobilise un nombre encore plus important de métiers
lorsqu’il s’agit d’embrasser tout ce qui doit « permettre un accompagnement social plus
humain et plus solidaire » pour reprendre les termes de l’intitulé du 4e axe retenu par le
premier plan cancer.
En outre, si l’amélioration de l’accompagnement de chaque patient doit réunir de
nombreux professionnels relevant de métiers distincts, la politique publique destinée à
susciter, promouvoir et encadrer les mesures destinées à améliorer la vie pendant et après
le cancer requiert une coordination interministérielle qui va très au-delà des directions
d’administration centrale en charge de la santé et de la recherche. C’est dire qu’il est
légitime, ici également, d’évoquer la notion de défi, l’administration française étant trop
souvent rétive face à ce qui rompt son fonctionnement en tuyaux d’orgue.
2-5-1 La recherche
Dans l’axe « recherche » du 2e plan cancer, une mesure vise à « dynamiser la recherche
clinique » et inclut une action 4.5 : « soutenir les recherches portant sur la qualité de vie
des patients pendant le cancer et après la maladie » ; cette action est ainsi décrite: « Ces
nouvelles stratégies de recherche seront priorisées dans le PHRC cancer et sa circulaire.
Des programmes orientés sur la qualité de vie seront lancés de façon spécifique ». Le 6e
rapport d’étape indique que le planning est respecté pour la mise en oeuvre de l’action 4.5
mais n’apporte aucune autre information.
Au cours de la mise en oeuvre du 2e plan cancer, la mobilisation en faveur de la réalisation
de recherches relevant des sciences humaines et sociales a été relativement faible ;
corrélativement, la qualité de la vie pendant et après le cancer n’a donné lieu qu’à un
faible nombre de travaux.
2-5-1-a OBJECTIF
Accroître la recherche sur tout ce qui constitue la vie pendant et après le cancer,
notamment en augmentant le nombre des recherches relevant des sciences humaines et
sociales.
RECOMMANDATIONS
 Rendre obligatoire la désignation dans chaque cancéropôle d’un référent « sciences
humaines et sociales » ayant la responsabilité de veiller à l’inclusion dans le programme
de travail du cancéropôle de recherches relatives aux soins de support et aux conditions
de vie pendant et après le cancer.
 Inciter à l’inclusion dans les sites de recherche intégrée sur le cancer (SIRIC) d’une
composante « sciences humaines et sociales ».
 Inciter au développement de la recherche sur la prévention et le traitement de la
douleur, sur les séquelles des traitements.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 81
2-5-2 L’observation
Le chapitre 2 du rapport Grünfeld (« Consolider et compléter les acquis du précédent plan
cancer ») contient, au titre de l’observation, la recommandation suivante : « observer les
conditions de vie des patients à distance du diagnostic des cancers ». Ceci est repris dans
le plan 2e cancer dont l’axe « observation » inclut les mesures destinées à « mieux
connaître la réalité des cancers en France ».
Il s’agit de renouveler l’enquête diligentée sous l’égide conjointe de la Direction de la
recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) et de l’Institut national
de la santé et de la recherche médicale (INSERM) qui a donné lieu en 2008 à la
publication du rapport : « La vie deux ans après le diagnostic de cancer – Une enquête en
2004 sur les conditions de vie des malades » ; cette enquête est conduite à partir de la
base des données des ALD et des organismes d’assurance maladie » .
En partenariat avec les trois principaux régimes d’assurance maladie et l’INSERM, l’INCa
pilote et finance donc la deuxième enquête nationale portant sur les conditions de vie
deux ans après le diagnostic de cancer. Le 6e rapport d’étape indique que « la préparation
de l’enquête relative à la qualité de vie des personnes atteintes de cancer deux ans après
le diagnostic progresse […]. La phase terrain reposant sur une enquête téléphonique en
population et une enquête médicale a été achevée fin 2012 ». L’enquête a interrogé 4 270
personnes à deux ans du diagnostic de cancer sur leur qualité de vie et leurs conditions de
vie (notamment leur vie professionnelle). Des données concernant leurs informations
médicales liées au cancer (gravité de la maladie, traitements, etc.) ont été obtenues
auprès des médecins ayant initié la mise en ALD et les données de consommation de soins
ont été rassemblées à partir des bases de données de l’assurance maladie. Le recueil des
données s’est achevé en avril 2013. Le rapport final devrait être publié en septembre
2013.
L’enquête relative à la qualité de vie deux ans après le diagnostic apporte des informations
particulièrement précieuses sur la vie après le cancer. Comme la plupart des évolutions
relatives à cette thématique ne peuvent être valablement identifiées que dans la longue
durée, il est indispensable de reconduire l’enquête, au rythme d’une fois tous les cinq ans,
ce qui permettra de comparer entre eux les résultats publiés en 2008, 2013 et 2018.
2-5-2-a OBJECTIF
Approfondir la connaissance des situations des personnes concernées par le cancer en
poursuivant les travaux d’observation deux ans après le diagnostic.
RECOMMANDATIONS
 Diffuser largement les résultats de l’enquête en cours qui seront connus avant la fin de
l’année 2013.
 Reconduire l’enquête sur les conditions et la qualité de vie des patients deux ans après
le diagnostic de cancer en vue d’une parution en 2018.
 Consacrer une analyse spécifique aux évolutions enregistrées entre 2008 et 2013 dans
le domaine des conditions de vie et, notamment, sur le thème de la réinsertion dans la
société et, tout particulièrement, de la réinsertion professionnelle.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 82
2-5-3 L’information des patients et de leur
entourage
L’action 19.5 du 2e plan cancer (« rendre accessible aux patients une information de
référence sur les cancers afin d’en faire des acteurs du système de soins ») inclut la
recommandation de « mettre en place la plateforme INCa d’information multimédia Cancer
info, réalisée en partenariat avec la Ligue nationale contre le cancer, à destination
prioritaire des personnes malades et des proches, pour rendre disponible une information
de référence, actualisée et exhaustive dans les domaines médical, social, juridique et
pratique sur les différents types de cancer ».
Le 6e rapport d’étape indique que le planning d’exécution de l’action 19.5 est respecté et
précise que « la plateforme d’information Cancer info […] repose sur trois vecteurs
d’accès : un site internet, une ligne téléphonique et des guides d’information » ; elle « a
fait l’objet de plus de 2 millions de sollicitations au cours de l’année 2012 (appels reçus sur
la ligne, visites sur la rubrique internet et guides commandés). […] Le guide “Démarches
sociales et cancer” a également été mis à jour. Des guides d’information ALD destinés aux
patients sont publiés ».
Au titre de sa contribution au bilan final du 2e plan cancer, la DGS vient de rassembler les
informations transmises par les ARS relatives à « la déclinaison du plan cancer 2009–2013
en région » qui inclut des exemples de réussites (« success stories »). Ainsi, dans le Nord
– Pas-de-Calais, « afin de répondre à l’attente des usagers, patients ou proches, en
matière d’information, d’écoute et d’accompagnement pendant et après les traitements,
deux dispositifs sont mis en place depuis 2008 :
 8 AIRE Cancers (accueil, information, rencontre et écoute sur les cancers), centrés
sur l’accueil, l’information, l’orientation des patients et de leur entourage ; ces
dispositifs sont implantés dans les établissements de santé ;
 7 espaces ressources cancers (ERC), [qui] ont pour mission d’apporter un soutien
aux malades et à leur entourage par une meilleure information, un
accompagnement psychologique, social, nutritionnel, esthétique et un soutien
administratif ; ces dispositifs sont situés en dehors des établissements de santé.
Les AIRE Cancers et les ERC constituent des dispositifs complémentaires permettant
d’informer et d’accompagner les patients et leur entourage tout au long de la maladie. Ils
répondent à un cahier des charges spécifique. Les ERC sont cofinancés par le Conseil
Régional et l’ARS ».
Les progrès enregistrés dans l’information des patients et de leur entourage sont certains ;
néanmoins, il demeure nécessaire de poursuivre et d’amplifier les actions conduites. A cet
égard, un effort de communication particulier doit notamment être fait en direction des
jeunes patients qui recourent à des médias différents de ceux utilisés par la population
générale et qui risquent d’y trouver des informations inadaptées, voire fausses.
2-5-3-a OBJECTIF
Poursuivre et amplifier les actions conduites dans le domaine de l’information.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 83
RECOMMANDATIONS
 Aider au développement de sites internet, gérés par des associations de patients,
traitant de la vie pendant et après le cancer.
 Créer des forums de discussion pour les adolescents et jeunes adultes concernés par le
cancer, dans le souci de pallier les insuffisances du recours aux réseaux sociaux.
 Evaluer l’expérimentation des « espaces ressources cancer » et, si les résultats de
l’évaluation vont dans le bon sens, généraliser le dispositif.
2-5-4 La modification de la perception sociétale des
cancers
L’objectif est formulé dès le préambule du rapport Grünfeld de « modifier la perception
sociétale des personnes atteintes d’un cancer ». Pour l’essentiel, il s’agit de « modifier [le]
regard que l’opinion publique porte sur les cancers » et de mettre en place « un nouveau
discours social sur les cancers, à la fois réaliste et positif ». La recommandation émise est
d’« accélérer l’évolution des représentations sociales en poursuivant des actions
d’information et de communication nationales de façon volontariste ».
Dans un registre voisin de celui évoqué par le rapport Grünfeld mais en empruntant une
voie différente, le 2e plan cancer inclut une mesure 30 : « créer un observatoire sociétal
des cancers ».
Comme le rappelle le 6e rapport d’étape, une « campagne de communication sur l’image
sociale des cancers [a été] déployée en mai 2011 par le ministère chargé de la santé et
l’INCa [… pour] faire évoluer les représentations sur la maladie et les personnes
touchées ».
Plus précisément, cette campagne de sensibilisation autour de l’accroche « la recherche
sur les cancers avance, changeons de regard » s’inscrivait dans le cadre du programme
sur l’image sociale des cancers, engagé en 2007 avec la campagne centrée sur l’oxymore :
« nous sommes 2 millions de héros ordinaires ». L’objectif était de favoriser un
changement de regard sur le cancer et de créer les conditions d’une meilleure insertion
sociale des personnes touchées par un cancer.
Le dispositif de communication comprenait une campagne d’affichage, une campagne
télévisée et une invitation à témoigner via Facebook.
Un document relatif au « bilan de la campagne de sensibilisation de mai-juin 2011 »
souligne que, si « de plus en plus de cancers sont guéris », il n’en demeure pas moins que
« la perception sociale du cancer ne semble pas avoir réellement intégré ces progrès qui
ont modifié le visage de la maladie et la vie de nombre de malades. Il existe donc un
décalage entre la représentation persistante d’une maladie incurable et la réalité actuelle,
inscrite dans une dynamique de progrès », d’où la décision de mettre en place la
campagne.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 84
Des études ont montré que la campagne a su interpeller le grand public qui l’a mémorisée
et appréciée, tant sur le fond que sur la forme. Le message autour du changement de
regard a été bien compris ; la campagne a par ailleurs bénéficié d’une bonne couverture
médiatique lors de son lancement, avec notamment une forte mobilisation des blogs,
forums et réseaux sociaux, qui ont largement réagi. Outil de mobilisation et d’échanges, la
page Facebook de l’INCa a bien joué son rôle et a offert un véritable espace d’expression
aux personnes souhaitant témoigner de leur expérience à l’occasion de la campagne.
Enfin, la campagne a suscité des réactions contrastées de la part des personnes atteintes
d’un cancer : certaines très positives, saluant l’initiative de mettre ainsi en lumière ce sujet
et se reconnaissant dans les situations et les messages ; d’autres plus négatives, en
particulier sur l’emploi de la notion de guérison et sur la représentation de la reprise du
travail dans l’un des deux spots télévisés.
Le 1er rapport de l’observatoire sociétal des cancers a été publié en mars 2012 par la Ligue
Nationale contre le Cancer. Le 6e rapport d’étape souligne qu’il « met en lumière la réalité
du vécu des personnes malades, au regard notamment de leurs ressources et des
charges, de la vie quotidienne à domicile et des difficultés liées aux séquelles physiques et
psychologiques, ainsi que de la vie professionnelle et des conditions de la reprise du
travail ».
Le 2e rapport de l’observatoire sociétal des cancers a été publié en mars 2013, avec une
place particulière accordée à la relation du patient avec ses proches au travers de
verbatims recueillis sur internet.
En définitive, il n’est pas douteux qu’il existe un lien entre l’évolution de la perception du
cancer au sein de la population générale et la plus ou moins grande facilité pour les
personnes concernées par le cancer à se réinsérer dans la société et notamment dans
l’univers professionnel. Pour être en phase avec l’évolution de la maladie et de ses
traitements et avec le constat qu’un nombre croissant de personnes vivent guéries après
un cancer, la communication gagnerait donc à s’écarter définitivement des messages
présentant ces anciens malades comme des « héros », fussent-ils ordinaires, et à mettre
résolument l’accent sur la « normalité » retrouvée de leur quotidien.
2-5-4-a OBJECTIF
Poursuivre et amplifier les actions visant la modification de la perception sociétale des
cancers.
RECOMMANDATIONS
 Mener des campagnes télévisées, notamment sur la vie après le cancer et sur la
« normalité » du quotidien d’un nombre croissant d’anciens malades.
 Conforter l’observatoire sociétal des cancers, géré par la Ligue nationale contre le
cancer, notamment dans son rôle visant à « observer le vécu, le ressenti, les peurs et
les doutes, les espoirs et les représentations autour du cancer »
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 85
2-5-5 Les soins de support
Le chapitre 2 du rapport Grünfeld aborde notamment, dans le sous-chapitre consacré aux
soins, « la prise en charge des malades et la vie pendant le cancer » ; y figure l’injonction
suivante : « L'annonce du cancer, la pluridisciplinarité, le programme personnalisé de soins
et les soins de support : une généralisation à gagner d’ici 2 ans ». Si les trois premiers
items cités concernent le domaine de la prise en charge, le dernier est au coeur de « la vie
pendant le cancer ».
La notion de soins de support désigne l’« ensemble des soins et soutiens nécessaires aux
personnes malades tout au long de la maladie conjointement aux traitements
oncologiques spécifiques, lorsqu’il y en a » (circulaire DHOS n° 2005-101 du 22 février
2005). Cette définition a le double mérite d’abord d’évoquer l’ensemble des « soins et
soutiens » (ce qui renvoie à la fois à des soins relevant du « cure », par exemple pour le
traitement de la douleur, à des soins relevant du « care » et à tout ce que l’on a visé
précédemment en évoquant le concept d’accompagnement) et ensuite d’employer
l’adverbe « conjointement » qui traduit bien l’impossibilité de dissocier les soins de support
du traitement de la maladie (à la fois dans le temps et du point de vue de la
responsabilité). En revanche, la définition proposée exclut les mesures (soins et soutiens,
psychologiques notamment) qui peuvent être nécessaires à l’entourage du malade.
Aux termes de l’article R. 6123-88 du code de la santé publique, « l’autorisation
[nécessaire pour exercer l’activité de soins du cancer] ne peut être accordée que si le
demandeur […] dispose d’une organisation […] qui assure à chaque patient […] l’accès
aux soins et aux soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie,
notamment la prise en charge de la douleur, le soutien psychologique, le renforcement de
l’accès aux services sociaux et, s’il y a lieu, la démarche palliative ».
Le Haut Conseil de la santé publique observe que « les soins de support constituent un
dispositif particulier car ils nécessitent une organisation coordonnée de différentes
compétences impliquées conjointement aux soins spécifiques oncologiques dans la prise
en charge des malades. Leur développement est très hétérogène, à la fois par la
nécessaire adaptation aux besoins du patient mais également par la difficulté du travail de
coordination au sein des établissements ».
2-5-5-a OBJECTIF
Réduire les inégalités d’accès aux soins de support.
RECOMMANDATIONS
 Demander aux ARS d’exercer une vigilance particulière sur la qualité des soins de
support lors de la phase d’instruction des dossiers de demande d’autorisation puis lors
des visites de conformité ou lors des contrôles effectués dans les établissements de
santé concernés.
 Réduire le reste à charge relatif aux soins de support en prévoyant le remboursement
de toutes les dépenses liées à ces soins qui ne font pas encore l’objet d’une prise en
charge.
 Mieux structurer l’organisation en mettant en place une coordination des soins de
support au sein de tous les établissements autorisés et en instituant les liens
nécessaires avec la médecine de ville, notamment en vue de la préparation de la phase
d’après cancer.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 86
2-5-6 La lutte contre la douleur et le recours à la
démarche palliative
Aux termes de l’article R. 6123-88 du code de la santé publique précité, « l’autorisation
[nécessaire pour exercer l’activité de soins du cancer] ne peut être accordée que si le
demandeur […] dispose d’une organisation […] qui assure à chaque patient […] l’accès
aux soins et aux soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie,
notamment la prise en charge de la douleur […] et, s’il y a lieu, la démarche palliative ».
Parmi les orientations nationales du développement professionnel continu des
professionnels de santé pour l’année 2013, définies par l’arrêté ministériel du 26 février
2013, l’orientation n°2 vise notamment « l’amélioration de la prise en charge de la douleur
et de la fin de vie des patients ».
Le rapport Grünfeld rappelle qu’ « en 2004, en France, la prévalence de la douleur [est]
encore de 56% chez les patients atteints de cancer, tous stades confondus » et que
« 30 % des patients ayant une douleur modérée et 14 % des patients ayant une douleur
intense ne reçoivent aucun traitement antalgique ».
La mesure 19.1 du 2e plan cancer (« généraliser l’accès aux mesures transversales lancées
par le plan cancer précédent, améliorant la qualité de toute prise en charge en
cancérologie ») inclut la recommandation de « renforcer les soins de support en intégrant
mieux la lutte contre la douleur et le recours à la démarche palliative quand il s’avère
nécessaire ». Le 6e rapport d’étape indique que la mesure 19.1 est « réalisée » ; s’agissant
plus particulièrement de la douleur, le document indique que « les résultats de l’enquête
nationale sur la prise en charge de la douleur chez les patients adultes atteints de cancer
ont été publiés en mars 2012 ».
En fait, chez une majorité de patients, si la douleur est présente durant la phase aiguë du
traitement, elle l’est également dans la période de l’après traitement : après la fatigue, la
douleur est le symptôme le plus fréquemment cité (30 à 50 % des patients seraient
douloureux lors de la phase de surveillance).
Alors qu’à certains stades de l’évolution de la maladie et particulièrement en phase
réfractaire aux traitements, les soins palliatifs constituent la voie à privilégier pour
répondre aux besoins du patient et de son entourage, ils ont été insuffisamment pris en
compte dans les deux premiers plans cancer. Il importe de lutter contre les obstinations
déraisonnables et de proposer en temps voulu une prise en charge palliative de qualité,
sachant que celle-ci suppose une anticipation et une intégration de sa préparation
précocement dans le parcours de soins.
2-5-6-a OBJECTIF
Assurer une meilleure prise en charge de la douleur.
RECOMMANDATIONS
 Demander aux ARS d’exercer une vigilance particulière sur la qualité de la prise en
charge de la douleur lors de la phase d’instruction des dossiers de demande
d’autorisation puis lors des visites de conformité ou lors des contrôles effectués dans les
établissements de santé concernés.

Recommandations pour le troisième plan cancer Page 87
 Développer les interventions d’équipes mobiles dédiées à la prise en charge de la
douleur en intra et en extra-hospitalier.
 Systématiser pendant le traitement, à intervalles réguliers, le dépistage et l’évaluation
de la douleur par des échelles d’auto ou d’hétéro-évaluation. Prévenir les douleurs
induites ou provoquées.
 En cas d’inclusion dans un essai thérapeutique, avoir une action particulière
d’information du patient et de son entourage quant aux éventuels effets secondaires ou
délétères et, notamment, quant à la douleur induite et à son traitement.
 Poursuivre la recherche sur les traitements de la douleur, médicamenteux et autres
(approche psychothérapique, etc.).
 Favoriser les actions d’éducation thérapeutique pour le patient dans le domaine de la
douleur en cancérologie.
2-5-6-b OBJECTIF
Améliorer les modalités du recours à la démarche palliative.
RECOMMANDATIONS
 Mieux informer les patients, leur entourage et la population générale sur les finalités et
sur le contenu des soins palliatifs.
 Augmenter le nombre des structures de soins palliatifs et mieux organiser l’offre en
soins palliatifs (services dédiés, unités d’hospitalisation de jour, équipes mobiles, unités
d’hospitalisation à domicile).
 Inclure des enseignements réalisés par des spécialistes de la pratique des soins palliatifs
dans la formation des internes et veiller au nombre et à la qualité des enseignements
relatifs à l’amélioration de la prise en charge de la douleur et de la fin de vie des
patients dans les actions relevant du développement professionnel continu.
 Rendre obligatoire la présence de spécialistes de la pratique des soins palliatifs dans les
RCP d’appui *, mises en place pour aider à la décision, particulièrement dans les
phases réfractaires aux traitements.
 Demander aux cancéropoles de conduire des évaluations de la qualité des RCP d’appui
(cf. 3-4-2-1-c).
 Dans les cas de retour à leur domicile des malades en phase terminale, assurer le
financement des gardes de nuit et de l’ensemble des coûts liés aux soins de support.
2-5-7 L’accompagnement psychologique des
patients et de leur entourage
La mesure 19 du 2e plan cancer (« renforcer la qualité des prises en charge pour tous les
malades atteints de cancer ») fait allusion aux soins de support mais ne contient aucune
prescription relative à la prise en charge psychologique ; d’ailleurs, ni le mot
« psychologique » ni le mot « psychologue » ne figurent dans l’intitulé d’aucune des 118
actions figurant dans la version initiale du 2e plan cancer.
* Les RCP d’appui sont décrites dans le chapitre 2-4-2
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 88
Cette absence fait contraste avec l’article R. 6123-88 du code de la santé publique qui cite
« le soutien psychologique » parmi les fonctions qui doivent obligatoirement être assurées
par un établissement de santé qui sollicite l’autorisation nécessaire pour exercer l’activité
de soins du cancer.
L’INCa a publié en mai 2012 les résultats de l’ « étude sur l’annonce du diagnostic de
cancer et le ressenti des malades en 2011 ». Les résultats rejoignent les travaux de la
Ligue sur plusieurs idées forces, notamment l’importance d’un accompagnement
personnalisé et « un ressenti fort des personnes malades par rapport à la relation d’aide
de soutien, ainsi qu’un important besoin d’écoute », toutes choses relevant certes de
l’implication de l’ensemble des soignants mais correspondant plus particulièrement aux
compétences des psychologues.
« La psycho-oncologie souligne l’importance des stratégies d’ajustement mises en oeuvre
par les patients face à la maladie et soutenues par les soignants […]. Les patients sont
invités à être optimistes et combatifs face à la maladie : ils sont poussés à «penser positif
», à croire en leur guérison future et à croire que cette conviction elle-même les rapproche
de la guérison […]. Le sentiment de guérison semble indépendant des caractéristiques
sociodémographiques des patientes. En effet, parmi les femmes atteintes d’un cancer du
sein, ce sentiment ne varie ni selon l’âge, ni selon la situation de couple, ni selon les
niveaux de diplôme ou de revenus. En revanche, la probabilité de se déclarer guérie
augmente avec les scores de qualités de vie physique et psychique » (« La vie deux ans
après le diagnostic du cancer » - DREES – INSERM-2008).
Au titre de sa contribution au bilan final du 2e plan cancer, la DGS vient de produire un
document intitulé « la déclinaison du plan cancer 2009–2013 en région » qui inclut des
exemples de réussites (« success stories »). A titre d’exemple, l’ARS de Languedoc-
Roussillon rapporte « des résultats d’évaluation positifs du projet ANTIOPE des cliniques
Saint-Roch et Clémentville de Montpellier. 2 groupes de 50 patientes ont été suivis sur 1
an : les patientes du groupe IDE pivot ont bénéficié d’un soutien par une psychologue
et/ou par une assistante sociale. Globalement ces patientes ont décrit moins de fatigue,
moins de douleur, et plus de vitalité. Il y a toutefois un manque d’analyses médicoéconomiques,
en particulier sur l’impact sur la durée des arrêts de travail ».
Le cancer est une maladie qui marque certes la vie des personnes concernées mais
également celle de leur entourage, des aidants et des proches ; or les retentissements
psychologiques pour l’entourage familial sont très souvent sous-estimés. Une étude
britannique récemment parue montre notamment que l’anxiété, davantage que la
dépression, semble être le problème le plus courant chez les malades en rémission et chez
leurs proches ; or le repérage de l’anxiété a été souvent négligé en comparaison de celui
de la dépression.
2-5-7-a OBJECTIF
Répondre aux besoins des patients qui sont en situation de souffrance psychique.
RECOMMANDATIONS
 Intégrer systématiquement l’évaluation psychologique à la consultation d’annonce ou, à
défaut, la pratiquer aussi précocement que possible après le diagnostic.
 Inclure une prise en charge psychologique adaptée dans le programme personnalisé de
soins (allant, en fonction des besoins identifiés, du soutien psychologique aux
traitements psychiques).
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 89
 Inclure la prise en considération des besoins psychologiques du patient et de ses
proches lors de la consultation de fin de traitement.
2-5-7-b OBJECTIF
Accorder une attention particulière au soutien psychologique des proches.
RECOMMANDATIONS
 Mettre en place des aides à l’entourage aidant (en groupes et/ou individuelles) via
l’équipe en charge des soins de support et donner aux proches un numéro de téléphone
unique pour joindre l’équipe pendant le traitement.
 Assurer une prise en charge psychologique des aidants et/ou des proches pendant et
après le cancer.
 Prévoir une prise en charge psychologique spécifique de l’entourage (adultes comme
enfants) en cas de décès de la personne en cours de traitement.
2-5-8 L’accompagnement social
L’article R. 6123-88 du code de la santé publique place « le renforcement de l’accès aux
services sociaux » parmi les fonctions qui doivent obligatoirement être assurées par un
établissement de santé qui sollicite l’autorisation nécessaire pour exercer l’activité de soins
du cancer.
Deux actions du 2e plan cancer visent cette thématique au titre de la période « pendant le
cancer » :
 25.1 : « généraliser les actions d’évaluation sociale dans le cadre du dispositif
d’annonce et intégrer un volet social dans le programme personnalisé de soins » ;
 25.2 : « proposer à chaque patient une consultation sociale en cours de traitement
afin d’évaluer la mise en oeuvre du volet social du programme personnalisé de soins et
de préparer l’après cancer ».
La mesure 25 (« développer une prise en charge sociale personnalisée ») est l’une des 8
mesures phare du 2e plan cancer et l’indicateur de résultat est le taux de couverture du
programme personnalisé de l’après cancer ; la valeur cible pour 2013 est de 50%.
Le 2e plan cancer comporte également la mesure 26 : « se doter des moyens et outils
nécessaires au développement de l’accompagnement social personnalisé ». Elle donne lieu
à quatre actions :
 26.1 : « encourager le développement des hébergements et appartements
thérapeutiques à proximité des lieux de prise en charge médicale » ;
 26.2 : « élaborer et mettre en place un référentiel national de détection de la fragilité
sociale et de la précarité » ;
 26.3 : « élaborer avec les services sociaux des dispositifs financiers à mettre en oeuvre
pour mobiliser les services et prestations nécessaires pendant les traitements » ; au
cours du déroulement du 2e plan cancer, l’intitulé a été modifié ; la version actuelle
porte sur « les conditions, collaborations, processus et outils permettant aux services
des départements d’activer les procédures d’accès aux prestations et la mise en oeuvre
des accompagnements à domicile nécessaires » ;
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 90
 26.4 : « réaliser un annuaire départemental de tous les professionnels du secteur social
concerné auxquels le patient pourra recourir pendant et après le cancer ».
Dans les documents relatifs au suivi du 2e plan cancer, les actions 25.1 et 25.2, relatives à
l’accompagnement social « pendant le cancer », sont tenues pour réalisées.
Plus précisément, le 6e rapport d’étape fait état de l’expérimentation conduite dans 35
sites pilotes par des établissements de santé, associés à des médecins traitants et des
équipes soignantes de proximité pour mesurer l’apport du « parcours personnalisé en
cancérologie » (remise d’un programme personnalisé de soins aux patients avec
l’intervention d’infirmiers coordonnateurs hospitaliers, accompagnement social
personnalisé et mise en place d’un programme personnalisé d’après cancer). L’évaluation
souligne que « la détection de la fragilité sociale a permis le dépistage et l’orientation
précoces des patients vers le service social. Ce dispositif a permis de mettre en place
efficacement une prise en charge sociale pour les patients qui en avaient besoin et
d’anticiper des situations de fragilité future, notamment financière ou de maintien dans
l’emploi.
L’intervention conjointe des [infirmiers] coordonnateurs et des assistants sociaux apparaît
comme un élément facilitant la prise en compte précoce des problèmes sociaux des
patients ».
Les actions 26.1 et 26.2 sont également présentées comme réalisées ; au titre de la
première, « la disponibilité des hébergements à proximité des lieux de prise en charge
médicale est encouragée via des appels à projets lancés par l’INCa en partenariat avec la
Ligue nationale contre le cancer. […] 17 projets ont été retenus. […] Ce type
d’hébergement permet d’éviter une hospitalisation prolongée et favorise une réadaptation
et un retour progressif à une vie familiale et sociale normale ».
Pour les actions 26.3 et 26.4, le 6e rapport d’étape fait état d’un « planning respecté ».
Notamment, des guides sociaux départementaux sont disponibles dans 15 départements.
Des questionnaires d’évaluation ont été proposés par la Ligue : les taux de réponse sont
inférieurs à 10 % mais les malades et leurs proches qui ont répondu trouvent que le guide
papier est tout à fait satisfaisant ou plutôt satisfaisant à 97% et que le site internet est
tout à fait satisfaisant ou plutôt satisfaisant à 94% ; 36% indiquent que le guide a attiré
leur attention sur de nouvelles questions.
L’INCa a publié en mai 2012 les résultats de l’ « étude sur l’annonce du diagnostic de
cancer et le ressenti des malades en 2011 ». On y constate que, « bien que les personnes
malades aient estimé en grande majorité que la prise en charge proposée correspondait
dans l’ensemble à leurs attentes et à leurs besoins, une proportion notable a déclaré ne
pas avoir bénéficié […] d’une évaluation sociale (51%). […] Environ la moitié des centres
de coordination en cancérologie ont déclaré la réalisation d’une évaluation sociale dans le
cadre de leur annonce dans leurs établissements », ce qui sous-entend l’absence
d’évaluation sociale dans l’autre moitié.
Pour sa part, le Haut Conseil de la santé publique observe que « si […le] volet social a
bien été intégré dans le programme personnalisé de soins, il semble en revanche que
l’accroissement des effectifs des travailleurs sociaux qui devait permettre sa mise en place
n’a pas encore été réalisé ni même programmé ».
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 91
Au titre de sa contribution au bilan final du 2e plan cancer, la DGS vient de publier un
document intitulé « La déclinaison du plan cancer 2009–2013 en région » ; il souligne le
faible nombre d’ARS qui ont décrit des actions concrètes conduites dans ce domaine et
note les difficultés particulières rencontrées Outre-mer.
2-5-8-a OBJECTIF
Renforcer substantiellement les actions concourant à l’accompagnement social.
RECOMMANDATIONS
 Saisir l’Assemblée des Départements de France et l’Union nationale des centres
communaux d’action sociale pour qu’ils mobilisent les Conseils généraux, les
communes et les intercommunalités autour de la problématique de l’accès aux divers
intervenants sociaux des personnes concernées par le cancer.
 Augmenter le nombre des assistants sociaux dans les établissements de santé
autorisés à prendre en charge les cancers.
 Diffuser les informations sur les dispositifs sociaux auxquels les personnes concernées
par le cancer sont les plus susceptibles de recourir, pendant le cancer ou après ; faire
notamment mieux connaître les dispositions de la convention « S’assurer et emprunter
avec un risque aggravé de santé » (AERAS).
 Distribuer, lors de la consultation de fin de traitement, le livret « Démarches sociales et
cancer ».
2-5-9 Les besoins d’accompagnement des personnes
les plus démunies
Les personnes qui sont en situation de grande précarité ou d’exclusion (personnes sans
domicile, personnes en errance, personnes résidant temporairement en centre
d’hébergement et de réinsertion sociale, etc.) et, plus généralement, les personnes qui
sont très fragilisées sur le plan économique ont bien d’autres préoccupations que leur
hygiène de vie, que la qualité nutritionnelle de leur alimentation et, a fortiori, que leur
participation aux divers dépistages. Et, en cas de besoin, elles risquent de s’adresser à un
médecin dont, sauf exception, la formation et la pratique quotidienne le préparent peu à
l’accompagnement de la santé des personnes démunies en situation vulnérable.
En revanche, le plus souvent, ces personnes ont pu et su entrer en dialogue, ne serait-ce
que de manière sporadique, avec des intervenants sociaux. Il conviendrait donc que ces
derniers, quel que soit leur métier (TISF, animateur, éducateur spécialisé, etc.), exercent
une fonction de médiation entre les institutions en charge de la prévention ou des soins et
ces personnes seules dans la vie, qui ne savent pas ou plus prendre soin d’elles-mêmes et
qui ont besoin, par exemple, d’une traduction d’un langage scientifique ou complexe en un
langage courant.
Le besoin d’un accompagnement est encore plus avéré en cas de confrontation au
cancer : quand on est seul et dans une situation précaire, comment surmonter les
multiples difficultés qui surgissent face à l’annonce du cancer, pendant le suivi du
traitement, à la sortie de l’hospitalisation ? Le plus souvent, la seule « personne
ressource » est un intervenant social. Mais, pour qu’il remplisse un rôle d’aidant, il est
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 92
nécessaire qu’il ait reçu une formation minimale à l’accompagnement en santé des
personnes démunies. Aujourd’hui, de toutes les filières de formation, seule la formation
des assistants sociaux comporte un module consacré à l’accompagnement en santé. Le
risque d’une méfiance réciproque (à propos de leurs compétences, de leurs prérogatives,
et de leur fonctionnement) entre les personnels médicaux et les personnels sociaux ne
doit pas être ignoré.
2-5-9-a OBJECTIF
Donner aux intervenants sociaux une formation minimale à l’accompagnement en santé.
RECOMMANDATIONS
 Etendre le module santé de la formation des assistants sociaux à l’ensemble des filières
de formation des intervenants sociaux.
 Diffuser le guide méthodologique d’accompagnement santé élaboré par la FNARS.
2-5-10 L’activité physique adaptée
Dans l’axe « prévention - dépistage » du 2e plan cancer, la description du contexte dans
lequel s’inscrit la mesure 11 (« promouvoir des actions de prévention sur les liens entre
l’alimentation, l’activité physique et les cancers ») souligne que, « pour les patients
atteints de cancer, pendant et après le traitement, une activité physique adaptée
d’intensité faible à modérée améliore la qualité de vie et diminue la sensation de fatigue ».
Le 6e rapport d’étape fait état d’un planning respecté pour les actions 11.1 à 11.4 mais les
commentaires portent exclusivement sur ce qui relève des préventions primaire et
secondaire.*
Le 11 octobre 2012, la ministre en charge des sports et la ministre en charge de la santé
ont présenté en Conseil des ministres un plan visant à faire de la pratique des activités
physiques et sportives un outil essentiel de la stratégie nationale de santé publique.
L’activité physique adaptée est un soin de support indiqué tout au long des traitements et
dans la phase de réhabilitation (meilleur traitement de la fatigue, amélioration de la qualité
de vie, des symptômes psychopathologiques et de l’estime de soi). Pour certaines
localisations tumorales (sein et colon particulièrement), elle peut limiter les risques de
rechute.
Même lorsqu’elle est mise en oeuvre par des professionnels spécialement formés (diplôme
universitaire « sport et cancer », formation universitaire dispensée dans un département
spécialisé en activités physiques adaptées), l’activité physique ne fait l’objet d’aucune prise
en charge par l’assurance maladie ni par les mutuelles.
* Les mesures relevant des préventions primaire et secondaire étant abordées dans un autre chapitre, on s’en tient ici à
la prévention tertiaire
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 93
Au titre de sa contribution au bilan final du 2e plan cancer, la DGS vient de produire un
document intitulé « la déclinaison du plan cancer 2009–2013 en région » qui inclut des
exemples de réussites. Ainsi, en Auvergne, l’association « APESEO » déploie le
programme « Gym après cancer ». Il s’agit d’un programme hebdomadaire d’activités
physiques adaptées en fonction du traitement médical, pendant et après le traitement. Ce
programme se développe sur l’ensemble du territoire auvergnat.
2-5-10-a OBJECTIF
Encourager la pratique d’une activité physique adaptée pendant et après le cancer.
RECOMMANDATIONS
 Faire mieux connaître l’activité physique adaptée dans les établissements de santé et
particulièrement dans les établissements ou unités prenant en charge les cancers.
 Reconnaître l’activité physique adaptée comme un soin dans le cadre de la prise en
charge du cancer lorsqu’elle est prescrite par un médecin et mise en oeuvre par un
professionnel spécialement formé.
 Créer un forfait de prise en charge par l’assurance maladie de séances d’activité
physique adaptée encadrant le traitement du cancer.
 Favoriser les actions d’éducation thérapeutique incluant une activité physique adaptée.
2-5-11 L’hygiène de vie et la qualité de la nutrition
Dans l’axe « prévention - dépistage » du 2e plan cancer et en déclinaison de la mesure 11
(« promouvoir des actions de prévention sur les liens entre l’alimentation, l’activité
physique et les cancers »), l’action 11.4 évoque la nécessité d’ « améliorer […] la prise en
charge nutritionnelle des personnes atteintes de cancer ». Ceci doit notamment passer par
« des appels à projets de recherche sur les risques nutritionnels et sur la prise en charge
[…] des personnes atteintes de cancer, l’obésité étant notamment l’un des facteurs de
risque de rechute du cancer du sein ».
De fait, la consommation d’alcool lors du diagnostic d’un cancer des voies aérodigestives
supérieures augmente le risque de seconds cancers. La surcharge pondérale au diagnostic
d’un cancer du sein et la prise de poids au cours du traitement augmentent le risque de
récidive, de second cancer, de mortalité liée au cancer initial et de mortalité toutes causes
confondues.
2-5-11-a OBJECTIF
Poursuivre les actions visant la prise en charge nutritionnelle des personnes atteintes de
cancer.
RECOMMANDATIONS
 Intégrer l’évaluation nutritionnelle dans le dispositif d’annonce et lors de la consultation
de fin de traitement.
 Renforcer l’information relative à la nutrition en cours de traitement des personnes
atteintes par le cancer.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 94
 Favoriser les actions d’éducation thérapeutique incluant les prescriptions relatives à
l’hygiène de vie et à la qualité de la nutrition.
2-5-12 L’accompagnement spécifique de l’enfant
Au sein des développements qu’il consacre aux cancers de l’enfant, le rapport Grünfeld
évoque les aspects touchant à la vie pendant le cancer en appelant de ses voeux une
compatibilité entre la proximité qui garantit « le maintien des repères fondamentaux de la
famille » et l’expertise des soignants qui est susceptible de rendre nécessaire le recours à
des équipes spécialisées, donc peu nombreuses et présentes seulement dans les plus
grandes agglomérations. En fait, on voit bien que cette « compatibilité », souhaitable dans
l’idéal, a peu de chances de pouvoir être réalisée et n’est concrètement matérialisable que
dans les cas où le problème ne se pose pas, c’est-à-dire dans les cas où la résidence des
parents et de l’enfant est située dans (ou à proximité immédiate de) la capitale régionale
où l’établissement de recours est installé.
Il convient donc d’envisager plutôt les mesures propres à réduire les inconvénients que
crée un éloignement géographique le plus souvent inévitable ; parmi ces mesures, on peut
citer la création d’une « maison des parents » offrant des chambres à proximité immédiate
du lieu du traitement, pratiquant un tarif adapté aux ressources des familles, fonctionnant
sous forme associative et pouvant bénéficier de legs, de dons et de subventions. Cette
préconisation serait à rapprocher de l’action 26.1 précitée du 2e plan cancer.
La mesure 23 du 2e plan cancer (« développer des prises en charge spécifiques »)
poursuit l’objectif, pour les adolescents et jeunes adultes, de « contribuer à l’acquisition de
l’autonomie et de l’estime de soi en dépit des conséquences physiques, psychologiques et
sociales de la maladie à cet âge et [de] favoriser l’intégration sociétale des adolescents et
jeunes adultes atteints d’un cancer ».
L’action 23.5 (« améliorer la prise en charge des enfants atteints de cancer et lancer un
programme d’actions spécifiques vis-à-vis des adolescents atteints de cancer ») prévoit
notamment :
 d’« implémenter un programme d’actions spécifiques pour les adolescents atteints de
cancer et [de] soutenir l’émergence de projets intégrés et novateurs (soins, recherche
clinique, sciences humaines, accompagnement et intégration sociétale) » ;
 d’expérimenter des « consultations pluridisciplinaires pour la prise en charge et la
prévention des séquelles et complications à long terme chez les enfants et adolescents
parvenus à l’âge adulte » ;
 de « relancer […] la commission d’allocation journalière de présence parentale ».
Le 6e rapport d’étape souligne que « les 5 projets retenus pour expérimenter un
programme personnalisé de l’après cancer des patients traités dans l’enfance et
l’adolescence ont démarré en septembre 2011. Un programme spécifique est par ailleurs
engagé en faveur des adolescents et jeunes adultes atteints de cancer, visant deux
objectifs prioritaires : renforcer le travail conjoint des pédiatres et de la médecine adulte
autour de ces jeunes et améliorer la prise en compte de leurs préoccupations personnelles
relatives aux effets secondaires des traitements, à la préservation de leur fertilité, à la
poursuite de leurs études et à leur réinsertion professionnelle (les 8 projets sélectionnés
début 2012 […] seront soutenus sur 24 mois) ».
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 95
Lorsqu’il concerne les adolescents ou les plus jeunes adultes, le cancer est susceptible
d’entraver tout ce qui est en train de se construire : les études et les projets
professionnels, les premières relations affectives, l’émancipation et l’autonomie par rapport
à l’entourage familial. Or l’annonce du cancer peut induire de la part des parents une
forme de « ré-infantilisation » qui témoigne du désarroi de l’entourage plus qu’elle ne
réconforte le malade. Un soin particulier doit donc être apporté à la consultation
d’annonce et à l’accompagnement psychologique et social du patient et de son entourage.
On estime à environ 25 000 le nombre des adultes qui sont guéris d’un cancer pédiatrique
mais entre 20 et 40 % d’entre eux ont des séquelles à long terme de leur traitement,
qu’elles soient physiques et/ou psychologiques.
2-5-12-a OBJECTIF
Intégrer les spécificités propres à l’accompagnement de l’enfant.
RECOMMANDATIONS
 Organiser la consultation d’annonce de manière telle qu’en fonction de son âge et de
ses capacités, elle puisse se dérouler avec le jeune malade pendant un temps suffisant
hors de la présence de ses parents.
 Encourager la création de « maisons des parents » proches des centres de référence en
onco-pédiatrie, offrant des chambres à des tarifs adaptés aux ressources des familles,
fonctionnant sous forme associative et pouvant bénéficier de legs, de dons et de
subventions.
 Soutenir et accompagner les projets innovants visant la continuité du parcours scolaire.
 Plus encore que pour les autres patients, anticiper la fin de traitement et aborder le plus
en amont possible les questions touchant à la reprise des études scolaires ou
supérieures si elles ont dû être interrompues.
 Lors de la consultation de fin de traitement, remettre un document synthétique sous
forme d’un livret individuel résumant les principales étapes de la maladie et détaillant
les traitements reçus *.
 Organiser le suivi à l’âge adulte des enfants guéris d’un cancer par des consultations
visant à faire le point sur les aspects médicaux (prévenir ou traiter les éventuelles
séquelles de la maladie ou du traitement, assurer la prévention tertiaire),
psychologiques (évaluer la qualité de vie) et sociaux (faire le point sur l’insertion
professionnelle et l’accès aux prêts).
* Cette recommandation est ici émise car elle serait particulièrement utile pour aider au suivi des enfants au long cours
mais elle pourrait également s’appliquer aux adolescents et jeunes adultes, voire à toutes les personnes atteintes et
traitées avant 60 ans.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 96
2-5-13 La préparation de la vie après le cancer
La mesure 25 du 2e plan cancer vise à « développer une prise en charge sociale
personnalisée et accompagner l’après cancer ». L’action 25.3 prévoit d’ « expérimenter la
mise en oeuvre d’un programme personnalisé de l’après cancer » incluant :
 les éléments relatifs au suivi nécessaire ;
 l’évaluation du risque de rechute et de séquelles ;
 la prévention du risque de second cancer ;
 des éléments liés à la réinsertion dans la société.
Par ailleurs, « un guide sur les associations de malades sera réalisé pour les aider à mieux
connaître leurs rôles comme partenaires de l’après cancer ».
Sur le point particulier de la sortie du régime des affections de longue durée, le 2e plan
cancer préconise qu’elle intervienne au bout de cinq années, sauf nécessité de poursuite
d’une thérapie lourde ou de prise en charge de séquelles ; cette sortie doit s’accompagner
d’une « prise en charge à 100 % des examens indispensables [au] suivi médical ».
Ceci se concrétise dans l’action 25.4 : « Se doter de critères médicaux relatifs à la sortie
d’ALD et prendre les mesures nécessaires pour assurer le financement d’une surveillance
médicale régulière après la sortie d’ALD, dans les cas où cette surveillance reste
nécessaire ».
Le 6e rapport d’étape précise que « le contenu minimum […] du programme personnalisé
de l’après cancer [… a été publié au début de 2012 et est] mis à disposition de l’ensemble
des professionnels » : l’action 25.3 est tenue pour réalisée. Dans les 35 sites pilotes, 30%
des patients ont reçu un programme personnalisé de l’après cancer et un déploiement est
prévu à l’issue des expérimentations pour atteindre l’objectif fixé à 50 % pour 2013.
Pour l’action 25.4, le planning est présenté comme respecté. En effet, « la réglementation
est mise en oeuvre pour permettre que le non-renouvellement de l’ALD ouvre la possibilité
d’une admission dans un dispositif d’exonération du ticket modérateur au titre du suivi
post ALD sur demande du médecin traitant (décrets du 19 janvier 2011 et circulaire
d’application). Ce dispositif s’appuie sur des référentiels de suivi […] décrivant les bonnes
pratiques de suivi (actes et examens nécessaires, rythme, recommandations de
surveillance partagée) ».
De nature différente mais comme l’annonce du cancer, la fin du traitement, la rupture
(même relative) avec l’équipe hospitalière, le retour à la vie dite « normale » constituent
pour le patient et son entourage un moment potentiellement très difficile. Il importe donc
de formaliser un dispositif de fin de traitement permettant de consacrer un temps
spécifiquement dédié à l’examen des questions médicales, psychologiques et sociales.
« [La] question du rythme de la surveillance post-thérapeutique demeure très débattue
dans la communauté scientifique. Tout d’abord, parce que les médecins ne disposent pas
des données scientifiques qui leur permettraient de définir le rythme de surveillance le
plus approprié à chaque patient d’un point de vue clinique […]. Ensuite, parce que le coût
financier de cette surveillance demeure très élevé […]. De plus, les effets psychologiques
du suivi restent méconnus-la littérature en souligne le caractère anxiogène, surtout au
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 97
moment où émerge l’idée d’une guérison possible […]. Nécessaire dans la plupart des cas,
le suivi post-thérapeutique rassure et inquiète à la fois […]. Classiquement, les malades
évoquent l’idée d’une « épée de Damoclès » lorsqu’ils prennent en considération leur
risque de rechute. Ce sentiment s’embrase avant chaque consultation de suivi et ne
s’éteint que lorsque les résultats sont commentés par le médecin référent » (« La vie 2
ans après le diagnostic de cancer » DREES-INSERM-2008).
2-5-13-a OBJECTIF
Préparer au mieux la phase d’après traitement.
RECOMMANDATIONS
 Anticiper l’après cancer et, dans les cas où le traitement prévu doit se dérouler sur
plusieurs mois, organiser une consultation spécifique à mi-parcours du traitement pour
inventorier avec le patient et ses proches la nature des besoins auxquels il conviendra
de répondre en fin de traitement ; faire participer l’infirmier coordonnateur et un
psychologue à cette consultation et, dans toute la mesure du possible, y associer le
médecin traitant.
 Organiser systématiquement une consultation de fin de traitement qui réunisse
l’oncologue référent, l’infirmier coordonnateur, un psychologue et le médecin traitant,
notamment pour :
 établir les rôles respectifs du médecin traitant et des équipes hospitalières ;
 expliquer les objectifs et les modalités de la surveillance ;
 informer sur les risques de séquelles éventuelles et sur leurs traitements ;
 mettre en place le cas échéant les actions d’éducation thérapeutique ;
 apporter les conseils nécessaires en matière d’hygiène de vie, de nutrition et
d’activité physique adaptée ;
 identifier les besoins de soutien psychologique de la personne et de son
entourage ;
 aborder, le cas échéant, les questions liées à la reprise de l’activité
professionnelle ;
 assurer de manière générale la prise en compte des aspects médico-sociaux et
professionnels et orienter vers les institutions susceptibles d’aider la personne et
son entourage à trouver des réponses adaptées.
 Pour cette consultation, créer un groupe homogène de séjours (GHS) ambulatoire,
permettant de valoriser cette intervention pluriprofessionnelle et de tenir compte du
temps nécessaire à sa réalisation dans de bonnes conditions.
 En fonction des besoins identifiés, proposer le cas échéant un entretien complémentaire
avec un infirmier coordonnateur, un assistant social ou un « patient ressources ».
 Proposer de manière systématique un rendez-vous à trois mois avec un psychologue.
 Inclure tous les éléments relatifs à ces questions dans le programme personnalisé de
l’après cancer qu’il conviendra de généraliser avant 2015.
 Créer une ligne téléphonique dédiée aux patients qui ont été traités dans
l’établissement et mentionner ce numéro unique d’appel dans le programme
personnalisé de l’après cancer.

Recommandations pour le troisième plan cancer Page 98
 Etendre le système du post ALD (exonération du ticket modérateur sur demande du
médecin traitant) à deux bilans post guérison, pratiqués 2 et 5 ans après la sortie de
l’ALD.
 Distribuer le livret « Démarches sociales et cancer ».
2-5-14 La prise en compte des séquelles des
traitements
Les développements du rapport Grünfeld traitent des problèmes de reconnaissance et de
prise en charge des séquelles des traitements et particulièrement des « handicaps
provisoires […ou] plus définitifs » qu’elles provoquent. Trois mesures sont préconisées :
« mener sous l’égide de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) plusieurs
expérimentations dans les MDPH qui sont les plus sensibilisées et mobilisées sur
l’accompagnement des personnes atteintes de cancer », « communiquer sur les réponses
que la législation handicap peut apporter aux patients atteints de cancers et diffuser un
livret spécifique auprès des associations oeuvrant dans le champ du cancer », « faire
connaître les possibilités de compensation de la perte d’autonomie pouvant être utiles aux
malades atteints de cancer ».
Pour sa part, la mesure 27 du 2e plan cancer est destinée à « améliorer les réponses aux
possibles situations de handicap ou de perte d’autonomie transitoires ou définitives liées
au cancer ». L’action 27.1 consiste à « mener, sous l’égide de la Caisse nationale de
solidarité pour l’autonomie (CNSA), plusieurs expérimentations sur l’accompagnement des
personnes atteintes de cancer, dans les maisons départementales des personnes
handicapées (MDPH) qui sont les plus sensibilisées et mobilisées ». L’action 27.2 vise à
« réaliser et diffuser auprès des associations oeuvrant dans le champ du cancer un livret
spécifique exposant les réponses offertes par la législation relative au handicap, à la perte
d’autonomie des personnes âgées, à l’invalidité et d’autres dispositifs mobilisables
permettant de répondre à leurs besoins ».
Aux termes du 6e rapport d’étape, « les deux actions de la mesure 27 sont achevées ».
Pour la première, des « coopérations entre équipes de soins et MDPH ont été
expérimentées en 2011 […] dans 8 départements. Le rapport final a été publié en février
2012 ; il comporte des propositions de démarches et d’outils » ; « des méthodes et des
outils […sont ainsi] proposés et mis à la disposition de l’ensemble des MDPH et équipes
sanitaires prenant en charge des patients atteints de cancer ». Pour la seconde action, « la
CNSA a contribué à l’actualisation du guide […] “Démarches sociales et cancer” par la
refonte de la rubrique consacrée aux MDPH ».
Les mesures ci-dessus décrites visent en définitive un même objectif : faciliter l’accès des
personnes qui présentent des séquelles après un cancer aux dispositifs mis en place pour
compenser les handicaps (chez les moins de 60 ans) ou la perte d’autonomie (pour les
plus de 60 ans). Or cette assimilation entre suites du cancer et handicap n’est pas sans
soulever une difficulté :
 il est certes légitime et nécessaire qu’une personne qui éprouve durablement des
difficultés pour accomplir les gestes de la vie quotidienne bénéficie de diverses
mesures destinées à compenser ce « handicap », depuis la possibilité de se garer sur
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 99
les places réservées jusqu’à l’obtention, par exemple, de la reconnaissance de la
qualité de travailleur handicapé ou de l’allocation personnalisée d’autonomie ;
 mais, d’un autre côté, dans une société prompte à la stigmatisation, cette personne
encourt le risque d’être doublement stigmatisée : à la fois comme personne ayant eu
un cancer et n’en étant peut-être pas encore définitivement guérie ou, en tout cas,
demeurant porteuse de séquelles invalidantes et comme personne à qui on accorde le
statut d’être en situation de handicap.
Il convient donc que les personnes qui ont été concernées par un cancer puissent accéder
dans les meilleures conditions possibles à l’ensemble des droits qui peuvent leur être
ouverts, y compris lorsque ces droits procèdent de la législation relative aux personnes en
situation de handicap, mais il importe que ceci se fasse sans stigmatisation particulière.
Enfin, que les séquelles induisent ou non une perte d’autonomie constitutive d’un
handicap, il est indispensable que leur prise en charge (suivi et traitement) se fasse dans
les mêmes conditions économiques que le traitement de la maladie, c’est-à-dire sans reste
à charge pour les personnes concernées.
2-5-14-a OBJECTIF
Faciliter l’accès aux droits pour les personnes concernées par le cancer.
RECOMMANDATION
 Poursuivre les mesures visant à faire mieux connaître aux personnes concernées par le
cancer tous les dispositifs dont elles peuvent bénéficier, quelle que soit la législation à
laquelle ils se rattachent.
2-5-14-b OBJECTIF
Aligner la prise en charge des séquelles sur les règles applicables au traitement des
cancers.
RECOMMANDATION
 Assurer le suivi et le traitement des séquelles de la maladie sans reste à charge.
2-5-15 La plastie mammaire
Le rapport Grünfeld relève que « beaucoup de femmes sont dirigées vers des plasticiens
libéraux qui pratiquent des dépassements d’honoraires, parfois très élevés », ce qui leur
impose un « reste à charge [qui] est important » ; il souligne que « c’est une inégalité
intolérable », d’où sa recommandation d’ « encourager la signature de conventions entre
les établissements et certains chirurgiens plasticiens pour que les plasties mammaires
soient effectuées à des tarifs raisonnables ».
La mesure 21 du 2e plan cancer (« garantir un égal accès aux traitements et aux
innovations ») inclut (dans l’action 21.3) la recommandation de « garantir un accès
équitable et des tarifs accessibles pour les techniques de reconstruction, de symétrisation
et de plastie mammaire ».
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 100
En dépit de ces préconisations, les femmes demeurent exposées au risque de devoir
assumer un reste à charge important lorsqu’elles doivent recourir aux techniques de
reconstruction, de symétrisation et de plastie mammaire.
2-5-15-a OBJECTIF
Assurer une chirurgie reconstructrice sans reste à charge.
RECOMMANDATION
 Imposer aux établissements de santé bénéficiant d’une autorisation en chirurgie des
cancers du sein qu’ils organisent sur place ou par convention l’accessibilité des
patientes à une filière de soins garantissant l’absence de tout reste à charge pour la
chirurgie reconstructrice.
2-5-16 La prise en charge des implants supports de
prothèses dentaires et maxillo-faciales
L’action 25.5 du 2e plan cancer vise à « permettre la prise en charge des implants supports
de prothèses dentaires et maxillo-faciales dans la réhabilitation prothétique des patients
traités pour des cancers de la cavité buccale, des maxillaires ou des tissus attenants ».
Aux termes du 6e rapport d’étape, l’exécution de l’action 25.5 est l’une des rares qui soit
signalée comme enregistrant un « retard majeur ». L’état trimestriel d’avancement du 2e
plan cancer daté de mars 2013 note que l’on demeure « en attente de décision de l’Union
nationale des caisses d’assurance maladie […] suite à l’avis de la commission de
hiérarchisation des actes » et des prestations.
Par la suite, la prise en charge des implants supports de prothèses dentaires a fait l’objet
d’un examen en commission de hiérarchisation des actes et prestations en juin 2013 et
l’inscription à la nomenclature pourrait donc être effective d’ici fin 2013.
Quoi qu’il en soit, les patients traités pour les cancers de la cavité buccale, des maxillaires
ou des tissus attenants ont souvent des séquelles lourdes et, dans le cadre de la gestion
des effets secondaires des chimiothérapies et/ou radiothérapies, il est nécessaire de
prévoir l’égalité d’accès à l’ensemble des actes et prestations concernant les soins
conservatoires rendus nécessaires.
2-5-16-a OBJECTIF
Améliorer les conditions économiques entourant la réhabilitation prothétique des patients
traités.
RECOMMANDATIONS
 Assurer une prise en charge équitable des implants supports de prothèses dentaires et
maxillo-faciales en inscrivant l’acte à la nomenclature.
 De manière générale, inscrire à la nomenclature tous les actes et prestations
concernant les soins conservatoires rendus nécessaires suite à chimiothérapie et/ou
radiothérapie et, pour ceux déjà inscrits, revaloriser le montant du remboursement.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 101
 Appliquer aux soins conservatoires les règles retenues pour les soins relevant du
traitement du cancer : absence de reste à charge pour les patients.
2-5-17 La préservation de la fertilité
Aux termes de l’article L. 2141-11 du code de la santé publique, « toute personne dont la
prise en charge médicale est susceptible d’altérer la fertilité, ou dont la fertilité risque
d'être prématurément altérée, peut bénéficier du recueil et de la conservation de ses
gamètes ou de ses tissus germinaux, en vue de la réalisation ultérieure, à son bénéfice,
d’une assistance médicale à la procréation, ou en vue de la préservation et de la
restauration de sa fertilité. Ce recueil et cette conservation sont subordonnés au
consentement de l’intéressé et, le cas échéant, de celui de l’un des titulaires de l'autorité
parentale, ou du tuteur, lorsque l'intéressé, mineur ou majeur, fait l'objet d'une mesure de
tutelle ».
La mesure 21 du 2e plan cancer (« garantir un égal accès aux traitements et aux
innovations ») évoque, dans la description du contexte, « la préservation de la fertilité des
personnes » et ceci débouche sur la recommandation (au sein de l’action 21.3) de
« reconnaître, en lien avec l’Agence de la biomédecine (ABM), des plateformes régionales
de cryobiologie (gamètes et embryons) associées aux Centres d’études et de conservation
du sperme (CECOS) et/ou aux Centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal (CPDPN)
pour améliorer l’accès à la préservation de la fertilité des personnes atteintes de cancer ».
Aux termes du 6e rapport d’étape, l’exécution de l’action 21.3 enregistre un « retard
mineur » mais le commentaire n’apporte aucune information sur le point précis de la
préservation de la fertilité, le retard mineur concernant un tout autre sujet abordé dans la
même action.
Un rapport publié conjointement par l’INCa et l’ABM en février 2013 propose des pistes
d’amélioration :
 une organisation de l’offre en matière de préservation de la fertilité qui soit cohérente
avec la prise en charge des patients atteints de cancer en termes d’accès et de délais ;
 la mise en place de la multidisciplinarité nécessaire entre cancérologues et spécialistes
de la reproduction ;
 une politique d’information systématique des patients et de leurs familles sur les
conséquences des traitements sur la fonction de la reproduction ;
 le suivi des patients et l’acquisition de nouvelles connaissances par la promotion de la
recherche dans ce domaine. 
Parallèlement à ces questions, les aspects psychologiques méritent une égale attention,
lors de l’annonce des conséquences potentielles des traitements du cancer sur la fertilité
ultérieure comme lors de l’information sur les modalités de prélèvement et de conservation
des produits.
2-5-17-a OBJECTIF
Apporter de meilleures solutions face aux risques touchant à la fertilité.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 102
RECOMMANDATIONS
 Créer des plateformes clinico-biologiques de préservation de la fertilité, qui comportent
un plateau technique de cryobiologie, qui soient aptes à la conservation à long terme de
gamètes, de tissus germinaux et d’embryons et qui puissent recourir à des
psychologues formés aux questions touchant à la préservation de la fertilité et à l’abord
des adolescents.
 Conditionner l’autorisation accordée aux établissements de santé traitant les cancers à
la formalisation de liens avec ces plateformes.
 Dans les centres importants, désigner un référent fertilité au sein de l’équipe soignante.
 En cas de risque de stérilité secondaire aux traitements, aborder la question de la
préservation de la fertilité dès la consultation d’annonce, le cas échéant en l’absence du
conjoint ou de la conjointe ou en l’absence des parents s’il s’agit d’un adolescent ou
d’une adolescente.
 Rendre obligatoire la proposition de conservation de cellules germinales en cas de
traitement stérilisant.
 En cas de non-préservation de la fertilité alors que celle-ci était consensuellement
requise, rendre obligatoire pour l’équipe de l’établissement de santé la communication
des justifications.
 Pour les traitements au sujet desquels un doute existe quant à leur caractère stérilisant,
organiser un suivi clinique des patients intéressés et faire assurer une veille
bibliographique par l’INCa et l’Agence de la biomédecine pour actualiser les indications
de préservation de la fertilité.
 Financer des projets de travaux sur la maturation in vitro des tissus germinaux.
2-5-18 La reprise du travail
Le 2e plan cancer inclut une mesure 29 : « lever les obstacles à la réinsertion
professionnelle des personnes atteintes de cancer ». La description du contexte dans
lequel s’inscrit cette mesure évoque deux catégories de problèmes :
 d’une part l’ensemble de ce qui concerne la reprise du travail, la visite de pré-reprise et
les aménagements du poste de travail ;
 d’autre part, les coûts indirects auxquels doivent très souvent faire face les personnes
concernées et qui sont imputables à l’obigation pour les aidants de modifier leur
activité professionnelle, à la nécessité d’adapter le foyer aux limitations d’autonomie,
au recours à des personnels d’accompagnement.
Trois actions sont prévues :
 29.1 : dans la version initiale du 2e plan cancer, « étudier les moyens de lever les
obstacles au maintien dans l’emploi ou à la réinsertion professionnelle des personnes
atteintes de cancer et de leurs aidants naturels » ; dans la version actuelle du plan,
« établir un état des lieux des dispositifs et des obstacles à la réinsertion
professionnelle des personnes pendant et après un cancer » ;
 29.2 : dans la version initiale du 2e cancer, « délivrer une information spécifique aux
malades atteints de cancer sur les facilités que leur offre la loi pour une insertion ou
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 103
une réinsertion professionnelle » ; dans la version actuelle du plan, « délivrer une
information adaptée aux malades, aux professionnels concernés et aux employeurs,
afin de renforcer l’accès aux droits et aux dispositifs existants favorisant le retour ou le
maintien dans l’emploi » ;
 29.3 : dans la version initiale du 2e plan cancer, « faire entrer les personnes atteintes
de cancer dans la liste des publics prioritaires pour bénéficier des […] contrats
aidés » ; dans la version actuelle du plan, « mieux préparer le maintien ou le retour à
l’emploi et la reprise du travail des personnes atteintes de cancer et accompagner les
parcours de réinsertion professionnelle dans les entreprises ».
La synthèse de l’état d’avancement du plan cancer au 31 décembre 2012 qui ouvre le 6e
rapport d’étape indique que « certaines mesures ne parviennent pas encore à atteindre les
objectifs attendus ou sont confrontées à [des] difficultés de réalisation » ; parmi elles,
« plusieurs mesures prévues en faveur de la réhabilitation sociale et professionnelle des
personnes atteintes de cancer […] sont confrontées à des retards dans leur mise en
oeuvre. Les difficultés rencontrées impliquent de mieux identifier les freins et les leviers
aux niveaux national et territorial afin d’améliorer la qualité de vie des personnes
touchées ».
Le même document rappelle que « le rapport “Situations de travail et trajectoires
professionnelles des actifs atteints de cancer” (INCa-ARC) a été publié en septembre
2012 ; il présente la synthèse des recherches menées sur la période 2007-2010 […]. Suite
au nouvel appel à projets de recherches en sciences humaines et sociales sur la
thématique “cancer et emploi” lancé par l’INCa, 3 projets ont été retenus en 2012 et sont
financés sur une durée de 24 à 36 mois ».
Plus précisément, en 2006, l’INCa et la fondation ARC ont lancé conjointement un appel à
projets de recherche s’inscrivant dans les orientations du premier plan cancer (mesure 55)
et visant à explorer les conséquences de la maladie et de ses traitements sur les situations
d’emploi et de travail des personnes atteintes. Les enquêtes longitudinales réalisées
montrent comment les multiples difficultés auxquelles sont confrontés les patients, au
cours des traitements comme après, difficultés liées aux séquelles physiques et
psychologiques de la maladie, fragilisent les conditions de la poursuite ou de la reprise de
leur activité professionnelle. Les approches qualitatives adoptées par d’autres recherches,
croisant les regards des acteurs (médecins du travail, ergonomes, sociologues) sur plus
d’une centaine d’entretiens réalisés au total, s’intéressent à la diversité des stratégies et
des arrangements que les personnes qui travaillent avec un cancer parviennent à mettre
en oeuvre pour tenir ensemble travail et santé. Les recherches ainsi menées ont permis, à
travers des approches quantitatives et/ou qualitatives, de mesurer et de mieux
comprendre l’impact de la survenue du cancer sur la vie professionnelle des patients actifs
au moment du diagnostic.
Pour l’action 29.2, l’édition actualisée du guide Cancer info « Démarches sociales et
cancer » a été publiée en 2012 et le dossier internet relatif à cette thématique est mis à
jour sur le site de l’INCa. Le 6e rapport d’étape précise également qu’ « un état des lieux
des dispositifs mobilisables pour le retour et le maintien dans l’emploi est en cours
d’élaboration ».
Au titre de l’action 29.3, il est signalé que le volet social du programme personnalisé de
soins et le programme personnalisé de l’après cancer doivent intégrer la dimension de
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 104
l’emploi. De son côté, l’expérimentation « employabilité » lancée en 2012 vise à outiller
l’évaluation pour une meilleure orientation professionnelle, quelle que soit l’origine du
handicap ; cette expérimentation n’est pas encore achevée.
Enfin, l’état trimestriel d’avancement du 2e plan cancer daté de mars 2013 indique que
« la sensibilisation à la thématique santé-travail dans les entreprises va être soutenue à
l’aide d’outils pédagogiques adaptés prévus dans le cadre de plusieurs conventions
d’objectifs conclues avec des organisations professionnelles et des organismes de
prévention ». Sur cette action précise, on est en présence d’une confusion difficilement
compréhensible entre deux questions qui n’ont rien à voir entre elles : d’une part la
prévention des cancers d’origine professionnelle qui suppose qu’on réduise les expositions
aux substances cancérogènes en milieu de travail et d’autre part les mesures susceptibles
d’aider les personnes atteintes ou guéries d’un cancer à pouvoir travailler à nouveau. En
fait, ces deux questions n’auraient à être liées entre elles que dans les hypothèses (que
l’on espère rares) où le retour à l’emploi s’accompagnerait d’une nouvelle exposition
susceptible de créer les conditions d’une récidive ou de l’apparition d’un second cancer.
De manière générale, les actions du 2e cancer dont la mise en oeuvre enregistre les
retards les plus importants sont celles qui exigent une action interministérielle.
Au-delà de ce constat, les mesures susceptibles d’aider à la réinsertion professionnelle des
personnes concernées par le cancer ou à leur maintien dans l’emploi ont pu être freinées
par le choix qui a été fait d’aborder et de tenter de traiter la question globale de l’emploi
de toutes les personnes bénéficiaires de l’obligation d’emploi (personnes reconnues
travailleurs handicapés, bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés, titulaires de
pension d’invalidité, titulaires de la carte d’invalidité), avec un état des lieux de l’ensemble
des dispositifs d’aide au maintien dans l’emploi puis une vaste négociation susceptible
d’aboutir à une convention multipartite ; les premières étapes ont été franchies mais, à ce
jour, la convention n’est pas signée.
Or les études montrent à la fois que, parmi les personnes concernées par le cancer, 1 actif
sur 5 ferait l’objet de mesures discriminatoires de la part de son employeur et que celles
qui bénéficient d’un aménagement de leurs conditions de travail ont un taux de reprise
significativement plus élevé que celles qui n’en bénéficient pas.
« Pour retrouver une place […dans l’univers professionnel], les personnes qui ont été
affaiblies par la maladie doivent gérer un certain équilibre entre deux positions
contradictoires. D’un côté, elles s’efforcent de faire reconnaître leur fragilité afin de
bénéficier d’un régime particulier. D’un autre côté, elles inspirent à “l’ordinarisation” de
leur statut en cherchant à atténuer la mise en scène de leurs vulnérabilités faute de quoi
certains avantages (comme la promotion ou la reconnaissance de leur compétence)
risquent d’être compromis. Une telle contradiction évolue au fil du temps et ne se présente
pas de la même manière dans les différents sous-mondes sociaux dont est constitué le
monde du travail ». Extrait de l’article de Pierre A. Vidal-Naquet : « Faire avec le cancer
dans le monde du travail », inclus dans le rapport précité : « Situations de travail et
trajectoires professionnelles des actifs atteints de cancer ».
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 105
2-5-18-a OBJECTIF
Faire progresser significativement les situations de poursuite ou, le cas échéant, de reprise
de l’activité professionnelle.
RECOMMANDATIONS
 Reconduire la mesure 29.1 du 2e plan cancer, compléter les données et approfondir les
connaissances relatives aux obstacles à la réinsertion professionnelle.
 Attribuer clairement au ministre en charge de la santé la responsabilité de la fonction de
chef de file de la coordination interministérielle et interinstitutionnelle.
 Conduire les administrations centrales des ministères en charge de la santé et de la
recherche, les ARS et les établissements de santé (grâce notamment à l’utilisation des
crédits du fonds d’intervention régional*) à être exemplaires en matière de réinsertion
professionnelle et à mettre au point et expérimenter pour leurs propres agents,
titulaires et contractuels, concernés par le cancer :
 des actions de prévention de la désinsertion professionnelle ;
 des programmes de retour à l’emploi ;
 des adaptations des postes et rythmes de travail ;
 la promotion du travail à temps partiel pour raison thérapeutique et, plus
généralement, les actions susceptibles de concourir à la compatibilité entre le temps
professionnel et le temps thérapeutique.
 En associant les partenaires sociaux, évaluer ces expériences et recenser les pratiques
exemplaires en vue d’assurer leur diffusion dans les trois fonctions publiques et dans le
secteur privé.
 Assurer la coordination de la médecine du travail, de la médecine de ville et des
services médicaux des organismes d’assurance maladie autour de la définition des
conditions de reprise de l’activité professionnelle, notamment par l’harmonisation de
leurs critères d’appréciation des situations individuelles.
 En lien avec les partenaires sociaux, favoriser la réalisation de bilans de compétences
préparatoires à la reprise d’une activité professionnelle.
2-5-19 L’accès aux crédits et aux assurances
Le rapport Grünfeld souligne que les établissements de crédit demandent « des surprimes
exorbitantes et disproportionnées par rapport aux espérances de vie constatées
aujourd’hui. Le calcul des risques ne se fait pas de manière objective et scientifique. [Les
surprimes] ne tiennent pas compte des améliorations spectaculaires du taux de survie des
patients atteints de risques aggravés de santé, par exemple pour les cancers du sein, de la
prostate ou de la thyroïde ». Il indique également qu’il n’existe quasiment pas de
possibilités de mettre en avant des garanties alternatives.
*L’amélioration des conditions de travail des personnels des établissements de santé est citée parmi les missions du
fonds d’intervention régional dans la circulaire n° 2013-195 du 14 mai 2013 relative aux modalités de mise en oeuvre du
fonds d’intervention régional en 2013
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 106
La recommandation formulée est que « la Commission des études et [des] recherches
devra être chargée d’actualiser tous les deux ans les espérances de vie des malades
atteints de cancers », avec une mesure visant à « poursuivre l’information des usagers et
mettre à leur disposition des comparatifs entre les produits et les tarifs des banques ».
La mesure 28 du 2e plan cancer est destinée à « améliorer l’accès des personnes malades
et guéries aux assurances et au crédit », le constat étant posé de « surprimes d’un
montant trop important pour certaines pathologies au regard des dernières avancées
médicales ». Ceci débouche sur l’action 28.1 : « mener les concertations […] en vue de
renouveler la convention AERAS pour améliorer la couverture assurantielle et l’accès à
l’emprunt ».
La synthèse de l’état d’avancement du plan cancer au 31 décembre 2012 qui ouvre le 6e
rapport d’étape indique que « certaines mesures ne parviennent pas encore à atteindre les
objectifs attendus ou sont confrontées à [des] difficultés de réalisation » ; parmi elles, les
« mesures prévues […au titre de] l’accès au crédit et aux assurances sont confrontées à
des retards dans leur mise en oeuvre », même si, comme indiqué dans ce rapport,
« l’élargissement des conditions d’éligibilité au dispositif d’écrêtement des surprimes pour
les emprunteurs à revenus modestes est à présent effectif ».
L’état trimestriel d’avancement du 2e plan cancer daté de mars 2013 indique qu’« en vue
de faire évoluer les éléments d’appréciation du risque, la Commission des études et des
recherches a fait des propositions de thématiques d’études et de recherche. Deux des
thématiques proposées relatives aux cancers doivent faire l’objet du lancement d’un
marché public d’étude par l’INCa à partir de 2013. Compte tenu des délais d’appel d’offre,
les premiers résultats ne pourront être produits qu’à partir de 2014 ».
L’assureur a notamment pour mission de définir des classes de risques ; dès lors que les
personnes qui sont ou ont été concernées par le cancer présentent des risques
particuliers, supérieurs à ceux de la population générale, l’assureur qui en tire des
conclusions au travers de la détermination de ses tarifs ne peut être accusé de pratiquer
une discrimination. Mais encore convient-il que l’écart enregistré au niveau des tarifs
corresponde à une juste appréciation de la différence enregistrée quant au risque de
mortalité.
Or, si les cancers représentent encore la première cause de décès chez l’homme et la
deuxième cause de décès chez la femme, l’évolution de la mortalité liée à ces maladies a
subi de profondes évolutions au cours des vingt dernières années avec une nette
réduction des taux de mortalité. Cette tendance générale s’est particulièrement accélérée
pendant la dernière décennie même si un ralentissement de l’évolution des taux de
mortalité féminine est maintenant observé, principalement à cause de l’augmentation
rapide de la mortalité par cancer du poumon.
Comme l’indique le 6e rapport d’étape, « les projections de survie des adultes atteints de
cancer […] montrent que, globalement, 52 % des patients avec un diagnostic de cancer
seront vivants après 5 ans. Les pronostics sont toutefois très différenciés selon l’âge, les
types de cancer et le stade de la maladie au moment du cancer. Si pour 40% des
nouveaux cas de cancer, la survie après 5 ans est égale ou supérieure à 5 ans (prostate,
sein, mélanome, thyroïde, leucémie chronique, testicule, maladie de Hodgkin et lèvres), en
revanche pour 17 % des nouveaux cas, la survie est inférieure à 20 % (poumon-plèvre,
foie, pancréas, oesophage, système nerveux central) ».
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 107
Ce même rapport d’étape indique que « les données estimées d’incidence et de mortalité
par cancer sont publiées chaque année depuis 2009 » et qu’un « rapport sur les survies
après un diagnostic de cancer est finalisé, sur la base d’une nouvelle méthode d’estimation
validée par le conseil scientifique du programme de travail partenarial relatif à la
surveillance des cancers à partir des registres (publication prévue au premier trimestre
2013) ».
Malgré la convention AERAS, emprunter pour un malade ayant été traité pour un cancer
présente un parcours semé d’embuches puisque l’assurance emprunteur est, le plus
souvent, une condition d’obtention des prêts. Il conviendrait que les banquiers et les
assureurs aient des pratiques homogènes, que les questionnaires qui doivent être remplis
par les patients ou anciens patients ne diffèrent pas les uns des autres et que les tables de
mortalité auxquelles il est fait référence pour définir les primes à payer soient actualisées.
2-5-19-a OBJECTIF
Améliorer significativement l’accès aux crédits et aux assurances en tenant compte des
progrès enregistrés en termes de gain d’années de vie.
RECOMMANDATIONS
 A l’interface d’une part des organisations représentant la profession bancaire et la
profession de l’assurance et d’autre part des institutions productrices de données sur les
survies après un diagnostic de cancer, créer un « observatoire des risques » qui
rassemble et diffuse périodiquement les informations utiles à une juste détermination
des surprimes et, plus généralement, à l’assurabilité des malades à risques aggravés
par suite d’un cancer.
 En fonction des données recueillies par l’observatoire des risques, revoir périodiquement
les tables actuarielles de survie et déterminer en conséquence le montant des
surprimes fixé au moment de l’octroi de l’assurance ou du prêt.
 Faire évoluer le montant de la surprime d’assurance durant la période du prêt pour
prendre en compte la diminution du risque.
 Ajuster le nombre d’années sur lesquelles porte l’interrogation à laquelle doivent
répondre les demandeurs.
 Veiller à la communication régulière des travaux de l’observatoire des risques d’une part
aux membres du pool des risques très aggravés mis en place par les assureurs pour le
réexamen des dossiers refusés et d’autre part aux membres de la commission de
médiation chargée d’examiner les réclamations individuelles.
 Pour les dossiers examinés par la commission de médiation, définir précisément, au cas
par cas, le degré d'aggravation des risques en fonction de l'état de santé du sujet, ce
qui nécessite d'évaluer la pathologie en cause, les modalités thérapeutiques utilisées et
le recul par rapport à l'application de celles-ci.
 Faciliter le recours aux mesures substitutives à l’assurance (gage et nantissement,
caution personnelle, etc.).
 Imposer aux organismes appartenant à la profession bancaire et à la profession de
l’assurance l’harmonisation du contenu des questionnaires à remplir par les
demandeurs ; mettre à l’étude la mise en place d’un formulaire unique, agréé par
l’administration.
 Informer les médecins de ville des mécanismes propres à l’assurabilité des risques
aggravés et les encourager à aider leurs patients à remplir les documents imposés.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 108
3- CINQ AXES TRANSVERSAUX
Nous avons souhaité souligner l’importance des 5 thèmes suivants :
 le rôle du médecin généraliste,
 l’évolution des modalités d’implication des patients,
 les systèmes d’information,
 l’organisation,
 les problèmes économiques du cancer.
Certains des textes et recommandations ci-dessous peuvent être retrouvés dans des
chapitres précédents, mais il nous a semblé utile de les regrouper afin de les mettre en
valeur.
3-1 MEDECINS GENERALISTES
CONSTATS
Le chapitre 3 du rapport Grünfeld vise à « encourager l’action et la vigilance sur des
thèmes critiques ». C’est dans ce chapitre qu’est abordé le rôle des médecins traitants. Il
est insisté sur leur place « pour qu’ils accompagnent les malades atteints de cancer
pendant et après leur traitement ».
Deux mesures étaient préconisées :
- « permettre la diffusion et les échanges d’expériences innovantes provenant des
maisons de santé et des réseaux territoriaux dans le suivi et l’accompagnement des
malades atteints de cancer » ;
- « demander aux agences régionales de santé d’encourager et de soutenir des
expérimentations locales » qui visent une meilleure articulation entre la ville et
l’hôpital.
Un des trois thèmes transversaux du 2e plan cancer recommandait que le rôle du médecin
généraliste soit renforcé « à tous les moments de la prise en charge pour permettre
notamment une meilleure vie pendant et après la maladie ». On peut considérer que les
mesures suggérées pour induire cette implication du médecin traitant dans la prévention,
le dépistage et la prise en charge pendant et après le cancer sont restées peu productives.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 109
Plusieurs explications à cela :
le paiement à l’acte, conçu pour des prestations à visées curatives, ne favorise
pas l’investissement du médecin traitant dans une pratique de prévention et de
dépistage du cancer chez les patients ne recourant à ses services que de façon
ponctuelle et discontinue,*
la prise en charge des cancers dans ses phases diagnostiques et thérapeutiques
nécessite le recours à des structures spécialisées. Les comptes-rendus de la RCP,
de l’hospitalisation et des consultations, élaborés et réalisés par les spécialistes
et le plus souvent adressés avec beaucoup de retard, constituent en règle
générale le seul lien, à sens unique, entre l’établissement de santé et le médecin
généraliste. Le plus souvent la création de postes de soignants chargés de
coordonner le parcours de soin des malades entre l’hôpital et le domicile
(objectif de la mesure 18 du 2e plan cancer) n’a pas été un élément d’implication
des médecins traitants. En effet, si les infirmiers de coordination ont un rôle
positif dans le parcours de soins hospitaliers, les relais avec la médecine de
proximité sont restés insuffisants,
une information et une connaissance parfois insuffisante de l’ensemble des
procédures utilisées et des problèmes observés dans le parcours hospitalier de
soins rendent compte des difficultés du médecin traitant à gérer les problèmes
cliniques et psychologiques de l’après-cancer. Quant à la prévention et au
dépistage d’éventuelles récidives il impliquerait une meilleure définition des
compétences respectives des spécialistes et du médecin traitant dans le
domaine,
un portail très riche donnant accès à la synthèse des principales données
concernant les cancers et leurs traitements a été mis en place par l’INCa en
réponse à la mesure 62 du 2e plan cancer. Ce portail paraît cependant peu
adapté aux médecins généralistes qui semblent ne le visiter que très rarement.
Les mesures 11 et 16 du 2e plan cancer recommandaient d'impliquer le médecin traitant
dans la prévention du cancer et dans les programmes de dépistage autorisés. Il apparaît
que, pour les raisons vues précédemment, cette implication a été très limitée. Il convient
donc de prévoir une formation spécifique sur ces thèmes lors du DES de médecine
générale et de prévoir des consultations dédiées à cette activité.
3-1-a OBJECTIF
Inclure le médecin traitant dans les dispositifs de prévention et le faire participer à
l’information concernant le dépistage organisé des cancers.
* « Une médecine globale centrée sur la prévention et la réadaptation et qui tient compte de l’aspect psycho-social de la
maladie ; le travail en équipe ; des soins axés sur l’individu et sa famille seront difficiles voire impossibles à réaliser dans
un système de rémunération à l’acte ». Rapport de la Commission d’Enquête sur la santé et le bien être social Claude
CASTONGUAY – Volume IV page 232. Ed officielle du Québec 1970
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 110
RECOMMANDATIONS
 Insister sur la formation des internes à la prévention et au dépistage des cancers au
cours du DES de médecine générale.
 Faciliter les stages en cancérologie durant le cursus du DES de médecine générale.
 Mettre en place des consultations systématiques dédiées à la prévention et au
dépistage organisé des cancers réalisées par le médecin traitant. La fréquence de ces
consultations, fonction de l’âge des sujets, sera à déterminer par l’INCa et la HAS.
 Informer en même temps les personnes concernées et leur médecin traitant des
propositions de dépistage organisé.
L’action 18-2 du 2e plan cancer demandait de « conforter la notion de proximité du
médecin traitant pendant la phase thérapeutique aiguë et lors de la période de
surveillance ». Cela impliquait en particulier de « développer la formation médicale
continue en cancérologie pour les médecins généralistes ». On doit constater l’échec de
ces préconisations d’une part du fait des difficultés de communication entre les
établissements de santé et la ville, d’autre part parce que les guides ALD, d’excellente
qualité, produits par l’INCa et la HAS, couvrant les 25 types de cancers les plus fréquents,
ne sont pas utilisés par les médecins traitants car ils leur sont adressés de manière
aléatoire et sans coordination avec le problème concret que pourrait poser l’un de leurs
patients.
En septembre 2012 a été publié le document intitulé : « Résultats des expérimentations
du parcours personnalisé des patients pendant et après le cancer ». Il souligne que,
« malgré des initiatives des sites pilotes pour mieux impliquer les médecins traitants dans
la prise en charge et le suivi de leurs patients, leur participation effective au parcours de
soins et au suivi médical est restée assez limitée. Le rôle du médecin traitant dans le suivi
médical serait à développer dans le cadre de la surveillance médicale partagée, nouvelle
démarche basée sur le volontariat des différents intervenants ».
Informer et impliquer les médecins traitants dans le suivi des patients traités pour cancer
devrait permettre d’éviter de nombreux passages injustifiés aux urgences des centres
hospitaliers.
Même si des données récentes montrent que seulement 67 % des médecins généralistes
étaient équipés en informatique en 2012, il convient de privilégier ce mode de
transmission rapide pour établir les contacts entre ville et hôpital.
3-1-b OBJECTIF
Faire participer le médecin traitant au parcours de soins dans l’établissement de santé et
mieux l’informer.
RECOMMANDATIONS
 Faciliter l’informatisation sécurisée des cabinets de médecine générale.
 Lors de la prise en charge d’un patient atteint de cancer par un établissement de
santé :
 transmettre au médecin traitant par voie informatique sécurisée toutes les
informations concernant son patient hospitalisé ainsi que les documents élaborés par
l’INCa et la HAS concernant l’affection dont souffre ce dernier et concernant les
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 111
traitements utilisés,
 transmettre au médecin traitant le numéro d’un téléphone mobile, dédié à cet effet,
permettant de joindre un médecin de l’équipe qui pourra répondre à toutes ses
questions et recevoir des informations,
 adresser au médecin traitant le guide ALD se référant à la maladie de son patient lors
du début de la prise en charge de celui-ci,
 mettre en place une procédure sécurisée qui permette au médecin traitant de
pénétrer dans le système informatique de l’établissement de santé pour avoir accès
aux données de son patient.
 Proposer au médecin traitant sa participation rémunérée à la consultation de fin de
traitement.
 Considérer que la participation du médecin traitant à une RCP contribue à la validation
de son DPC.
3-2 L’EVOLUTION DES MODALITES
D’IMPLICATION DES PATIENTS
La cancérologie a été organisée comme la prise en charge d’une pathologie aiguë et les
résultats de cette prise en charge pouvaient être évaluée avec des méthodes statistiques
simples comme la survie sans récidive ou la survie globale.
L’apparition de nouvelles thérapeutiques a modifié cette vision de la maladie cancéreuse,
pouvant lui donner des caractéristiques de maladie chronique pour certains malades. La
prise en charge de ces patients rejoint, pour certains aspects, celle des autres patients
atteints de maladies chroniques.
Le plan d’amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de maladies chroniques
a pris acte de l’évolution nécessaire du rôle du patient que doit prendre en compte la
cancérologie.
CONSTATS
Des associations de patients très impliquées dans l’élaboration et le suivi des
plans cancer
Le 1er plan cancer a été élaboré avec une forte implication des associations de lutte contre
le cancer et particulièrement de la Ligue Nationale contre le Cancer. Présentes dans le
comité de configuration, les associations ont promu des mesures fortes comme la
consultation d’annonce ou les réunions de concertation pluridisciplinaires. La prise en
compte du point de vue des patients a été concrétisée par la participation des principales
associations, la Ligue nationale contre le cancer, l’ARC et le CISS aux travaux de l’INCa.
Le 2e plan cancer a confié à la Ligue Nationale contre le Cancer la responsabilité d’une des
mesures (action 30-1 : création d’un observatoire sociétal) et le copilotage d’autres
mesures. Cette prise en considération du point de vue des patients a été complétée
récemment par la création auprès de l’INCa d’un comité (COMUP) comportant notamment
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 112
des représentants des malades, des proches et des associations.
Les plans cancer ont ainsi donné aux associations une place qui leur a permis de faire
valoir les droits et les attentes des patients de façon plus équilibrée.
Une implication limitée des patients dans leur traitement
Sur l’ensemble des actions du 2e plan cancer, une seule abordait le rôle du patient (19.5 :
« Rendre accessible aux patients une information de référence sur les cancers afin d’en
faire des acteurs du système de soins »). Les autres mesures étaient exprimées de telle
façon que le patient était peu impliqué.
Le plan cancer comportait de nombreuses mesures impliquant plus les acteurs du système
de soins que les patients eux-mêmes. Par exemple, l’éducation thérapeutique, présente à
la fois dans la loi HPST et dans le plan d’amélioration de la qualité de vie des patients
porteurs de maladies chroniques, n’est pas citée dans le 2e plan cancer. En cela, le plan
cancer se situait en retrait par rapport à l’adaptation du système de santé voulue pour les
autres pathologies chroniques.
Les malades représentés, à un niveau institutionnel, par des associations agréées (Ligue,
CISS…) nationalement et localement, sont aussi représentés dans les CRU (Comité de
Relation des Usagers) au sein des établissements et souvent dans les réseaux de soins.
Le renforcement de leur implication collective et individuelle irait certainement dans le
sens d’une amélioration de la qualité de la prise en charge : prise en compte des
« préférences », éducation thérapeutique, soins de support, anticipation des programmes
de soins, vie après cancer…. Le renforcement de la représentation des patients dans les
établissements de santé est une recommandation figurant dans le rapport sur le pacte de
confiance pour l’hôpital (rapport Couty mars 2013).
L’information générale des patients très améliorée
Le 2e plan cancer (action 19-5) a préconisé de renforcer l’information des patients de 2
façons : l’élaboration et la diffusion de fiches de références conçues sur le modèle des
référentiels à destination des professionnels et la construction d’une plateforme
multimédia d’information par l’INCa.
Ces mesures ont été effectivement mises en oeuvre par l’INCa et des fiches d’information
sont régulièrement mises à disposition des patients. La plateforme Cancer Info est
opérationnelle en partenariat avec la Ligue nationale contre le cancer. Le site Internet de
l’INCa est fonctionnel et comporte une section réservée aux patients et à leurs proches,
section régulièrement enrichie.
Il est toutefois difficile de savoir si cette information est accessible et compréhensible pour
tous les patients. Le besoin d’informations individuelles, adaptées et compréhensibles, est
un aspect essentiel dans le parcours de soins. Ce besoin, extrêmement variable selon les
situations, évolue en fonction du temps chez un même malade.
L’éducation thérapeutique encore peu développée en cancérologie
Aucune mesure du plan ne prévoyait le développement de l’éducation thérapeutique, qu’il
s’agisse de programmes intra-hospitaliers ou de ville (médecins traitants ou associations).
Parmi les programmes d’éducation thérapeutique déclarés et autorisés par les ARS, moins
de 10% concernent l’oncologie et un faible nombre est en rapport direct avec le traitement
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 113
(adhésion aux traitements administrés par voie orale par exemple).
Ces chiffres traduisent la faible liaison du patient avec son traitement même si des actions
s’apparentant à de l’éducation thérapeutique sont mises en place dans un certain nombre
d’établissements pratiquant la cancérologie.
Le renforcement de l’implication du patient pour améliorer sa prise en charge
Cette implication des patients (appelée empowerment dans les pays anglo-saxons) a
montré son efficacité sur des critères comme l’efficacité des traitements, le meilleur
contrôle des effets secondaires ou la diminution des réhospitalisations en urgence. Ainsi
certains systèmes de santé recommandent-ils la mise en oeuvre de cette dynamique (la
Colombie Britannique au Canada par exemple).
Cette implication reposant effectivement dans un premier temps sur l’information peut, en
partie, passer par les associations de patients. Elle doit aussi utiliser les techniques de
communication disponibles visant le plus grand nombre. Ceci est d’autant plus nécessaire
que plusieurs études ont montré qu‘un nombre limité de patients était en contact avec une
ou des associations durant la maladie (« Le cancer 2 ans après »).
Par ailleurs, le développement de l’accès à internet et les échanges de témoignages à
travers des blogs permettent aux patients de disposer d’une information complémentaire
de celles disponibles sur les sites institutionnels.
Une expertise des patients peu prise en compte
L’expertise de certains patients, source d’informations utiles, pour les malades et les
soignants, peut apporter une aide et optimiser le parcours de soins. La notion de patients
experts a été développée particulièrement dans les maladies chroniques. Certaines
facultés ont mis en place des formations destinées à des patients (DU, DIU). Seuls
quelques patients sont prêts à consacrer un temps important à cette formation puis aux
interventions dans les établissements de santé. En revanche, il est possible d’identifier des
patients que l’on peut qualifier de « patients ressources ». Ces patients ne sont pas
nécessairement des experts techniques de la pathologie, mais d’anciens malades
disposant de compétences relationnelles et pédagogiques et ayant eu une formation à la
communication. Ils sont aptes à faire part de leur expérience et à répondre à certaines des
interrogations que peuvent poser les malades.
3-2-a OBJECTIF
Poursuivre et amplifier les actions conduites dans le domaine de l’information (cf. 2-5-3)
RECOMMANDATIONS
 Aider au renforcement et au développement de sites internet, gérés par des associations
de patients, traitant de la vie pendant et après le cancer.
 Créer des forums de discussion pour les adolescents et jeunes adultes concernés par le
cancer, dans le souci de pallier les insuffisances actuelles du recours aux réseaux sociaux.
 Evaluer l’expérimentation des « espaces ressources cancer » et, si les résultats de
l’évaluation vont dans le bon sens, généraliser le dispositif.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 114
3-2-b OBJECTIF
Poursuivre et développer la représentation des patients dans les établissements de santé.
RECOMMANDATIONS
 Favoriser l’implantation, l’implication et le fonctionnement des CRU dans les établissements.
3-2-c OBJECTIF
Renforcer l’implication du patient et de son entourage au cours de sa prise en charge (cf.
2-5-7)
RECOMMANDATIONS
 Poursuivre l’effort d’information des malades et des proches en particulier pour les plus
fragiles et les plus défavorisés.
 Développer et financer des programmes d’éducation thérapeutique dans le parcours de
soins.
 Associer les patients à la sélection des thèmes des programmes d’éducation thérapeutique
 Associer l’ensemble des acteurs locaux de la prise en charge à l’élaboration des programmes
d’éducation thérapeutique (médecins généralistes et maisons de santé, soins
palliatifs, soins de support, HAD, associations de patients, ateliers santé ville, animation
santé en ville, services municipaux de santé, espaces santé active…)
3-2-d OBJECTIF
Impliquer les « patients-ressources » bénévoles dans le parcours du patient.
RECOMMANDATIONS
 Mettre en place des formations à la communication spécifiquement dédiés aux patients
ressources en cancérologie.
 Recourir au témoignage et à l’appui de « patients ressources ».
 Associer des « patients ressources » à la conception et à la réalisation des programmes
d’éducation thérapeutique.
 Associer des « patients ressources » à certains moments de la prise en charge (comme
au cours de la consultation de fin de traitement).
3-3 SYSTEMES D‘INFORMATION
3-3-1 Les données d’incidence et de mortalité
CONSTATS
Une production de données épidémiologiques qui s’améliore
Le 2e plan cancer avait fixé comme objectif de diminuer les délais de validation des cas de
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 115
cancer pour les registres qui étaient évalués à près de quatre ans. Des améliorations ont
été apportées, et il est actuellement possible de produire des estimations des taux
d’incidence et de mortalité des cancers avec un délai de 1 an.
La certification électronique des décès permettra de mettre très rapidement à disposition
de l’InVS et du CépiDc les données de décès. Actuellement 5 % des décès sont enregistrés
par ce nouveau dispositif utilisé par environ 150 établissements de santé. Il serait
important que l'utilisation de ce système soit rapidement généralisée.
Le programme de partenariat coordonné par l’InVS et l’INCa a permis de réduire les délais
de mise à disposition des données épidémiologiques. En 2012, 24 registres sur 26 avaient
réduit d’une année le délai de transmission des données à la base commune des registres.
Un accès aux données encore aléatoire
La transmission des données à visée épidémiologique n’est pas obligatoire et est soumise
à la bonne volonté des acteurs, parfois réticents à communiquer leurs données ou à
donner accès aux dossiers médicaux.
Les données sociales, les données d’exposition, et les données économiques sont peu
disponibles dans les dossiers, ce qui ne permet pas de les inclure dans les registres.
L’appariement des données cliniques et des données anatomo-pathologiques n’est encore
que peu développé. En effet, il existe un différent avec les anatomo-cytopathologistes qui
retentit sur la transmission de leurs données pourtant essentielles aux registres.
L’accessibilité des données des DCC est encore limitée.
Une progression sensible de la production de données
Depuis le début du 1er plan cancer, la production de données (incidence, mortalité et plus
récemment survie) a progressé sensiblement. L’action 6.1 « Publier un rapport de
synthèse annuel des données relatives aux cancers et des principaux indicateurs de la
politique de lutte contre les cancers mis à jour » a été mise en oeuvre par l’INCa. Ces
chiffres sont maintenant disponibles et diffusés largement. Les estimations d’incidence et
de mortalité sont disponibles avec un délai de 12 mois (en 2013, les estimations portent
sur 2012). Les données d’incidence sont estimées sur la base des données des registres
des cancers (réseau Francim) couvrant 18 % de la population, et les données de mortalité
sur celles du CépiDc de l’Inserm recueillies sur la France entière (France métropolitaine et
départements d’outre-mer).
Le niveau de couverture actuel par des registres est suffisant pour des objectifs de
surveillance nationale et de recherche mais pose des problèmes pour la production
d’indicateurs à un niveau territorial. Il convient de choisir le niveau de production pertinent
pour limiter l’imprécision des estimations et permettre de définir une politique territoriale.
La production des estimations d’incidence et de mortalité est complétée par la production
de données de survie. Produites en 2007 sous la forme d’estimations de survie relative à 5
ans, les données de survie viennent d’être produites par le réseau Francim sous la forme
de survie nette et brute pour 47 tumeurs pour la période 1989-2007.
Cette survie rend compte de la qualité de la prise en charge.
Il est donc possible de disposer de données assez précises pour décrire les évolutions de
l’épidémiologie des cancers et éventuellement rapporter ces évolutions à des mesures ou
actions des plans cancer.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 116
Une prise en compte récente des inégalités
Dans sa cinquième édition de « la situation du cancer en France », l’INCa propose un
chapitre dédié aux inégalités de santé liées aux cancers. Ce chapitre ne propose
cependant pas de données originales relatives aux inégalités mais suggère, après un
rappel conceptuel de la notion d’inégalités de santé, des pistes de travail pour une telle
production.
3-3-1-a OBJECTIF
Développer le système d’information pour décrire les inégalités de santé en lien avec le
cancer.
RECOMMANDATIONS
 Intégrer des données sociales dans les données enregistrées par les registres.
 Demander aux registres de produire des indicateurs (incidence, mortalité, survie) prenant
en compte le niveau de disparité estimé sur la base de l’adresse des patients
(géolocalisation).
 Etudier les modifications de l’organisation des registres permettant de fournir cette catégorisation
de façon standardisée.
 Intégrer ces données aux indicateurs démographiques nécessaires aux calculs (populations,
tables de mortalité).
3-3-1-b OBJECTIF
Produire en routine des données à un niveau interrégional ou régional.
RECOMMANDATIONS
 Développer un modèle d’estimation interrégional de données épidémiologiques.
 Intégrer dans ces estimations des données sociales permettant de décrire les inégalités
de santé.
3-3-1-c OBJECTIF
Produire périodiquement des indicateurs permettant de contrôler les effets des mesures et
l’impact du plan cancer.
RECOMMANDATIONS
 Développer des indicateurs relatifs aux pratiques (stade au diagnostic, délai de prise en
charge, respect des recommandations, récidive, etc.).
 Financer de façon pérenne la production de ces indicateurs.
 Développer et soutenir des travaux d’épidémiologie descriptive pour produire de nouveaux
indicateurs.
 Pérenniser le soutien aux études « haute résolution » des registres des cancers.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 117
3-3-1-d OBJECTIF
Faciliter l’accès aux sources de données multiples.
RECOMMANDATIONS
 Développer une structure technique d’interface au niveau national entre producteurs
et utilisateurs de données médico-administratives.
 Développer les possibilités d’accès et d’analyse des données du SNIIRAM.
 Consolider et faire évoluer le système d’information épidémiologique par la mise en
place d’un système épidémiologique à trois niveaux : registres, système multi-source,
appariement avec les autres systèmes d’enregistrement (PMSI, ALD, Répertoire national
d'identification des personnes physiques (RNIPP), fichiers de l’assurance maladie).
 Regrouper à un niveau inter-régional (cancéropôles) l’expertise et l’analyse des données
et indicateurs pour faciliter les corrélations entre les données de plusieurs
sources (dépistage, soins, biologie).
 Rendre obligatoire la transmission des informations cliniques et anatomopathologiques
aux registres des cancers.
 Introduire dans le DCC les données permettant de produire les indicateurs qui autorisent
la mesure des inégalités sociales ou territoriales de santé.
3-3-2 Le dossier communicant de cancérologie
CONSTATS
Un Dossier Communicant de Cancérologie (DCC) encore peu développé
Le développement du DCC, « épine dorsale de l’organisation » de la cancérologie a été
confié aux réseaux régionaux de cancérologie. Il était censé permettre le travail en réseau
en facilitant la communication d’informations entre les acteurs de la prise en charge des
patients. Le 1er plan cancer avait préconisé une mise en oeuvre régionale (mesure 34),
chaque réseau devant être doté d’un DCC. En 2009, l’état d’avancement du DCC était très
inégal et jugé défaillant.
Le nombre de DCC opérationnels à ce jour n’est pas connu, de même que leurs
fonctionnalités.
On peut remarquer que si tous les réseaux régionaux de cancérologie avaient développé
un DCC, il y aurait 25 DCC gérés de façon autonome, ne recueillant pas tous les mêmes
données et n’ayant pas d’exigence d’interopérabilité entre eux.
Un DCC lié au développement du DMP.
Le développement du DCC a été lié à celui du DMP. Un important retard dans la mise en
place du DCC a été constaté, le développement du DCC ayant été stoppé dans beaucoup
de régions dans l’attente de la disponibilité du DMP. Le lien entre le DCC et le DMP n’en
est encore qu’au stade expérimental dans 7 régions pilotes.
Le DMP dans l’esprit de la loi n° 2004-810 du 13 août 2004 est un dossier « personnel »
c’est-à-dire un dossier dont le patient est propriétaire et qu’il est amené à gérer lui-même.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 118
Le DCC est quant à lui un outil « métier », c’est-à-dire visant à partager entre
professionnels de santé des informations médicales permettant la prise en charge
médicale du patient. Les besoins sous-jacents à ces deux outils ne sont donc pas les
mêmes.
Un DCC ne répondant pas aux besoins des cliniciens
Aujourd‘hui, les DCC sont, pour la majorité d’entre eux, des systèmes d’enregistrement
des RCP à un niveau régional et ne servent que très partiellement aux professionnels pour
échanger des informations. Par ailleurs seules 4 régions pilotes ont ouvert leur DCC aux
médecins généralistes pour consulter les programmes personnalisés de soins (action 18-3
du 2e plan cancer).
Le travail en cours fait par les réseaux régionaux de cancérologie sous l’égide de l’INCa
vise à compléter l’enregistrement des RCP par des fiches spécifiques à chaque tumeur
décrivant de façon complète la prise en charge de façon codée.
Aucune étude de besoin et de faisabilité n’a été faite auprès des cliniciens permettant de
préjuger de l’utilisation d’un tel système. Les expériences mitigées faites par les
établissements s’étant engagés dans cette voie devraient être évaluées avant de
poursuivre de tels développements.
Enfin, aucun système de communication simple n’a été mis en place au niveau d’un
territoire entre les établissements ni entre les établissements et les médecins traitants
Une absence de coordination de la conception et de la mise en oeuvre du DCC
La coordination du DCC n’était pas abordée dans le 2e plan cancer. Plus largement, il ne
semble pas exister de réelle coordination nationale de la mise en oeuvre des systèmes
d’information en cancérologie
L’accès aux données du DCC à des fins épidémiologiques n’est pas prévu à ce stade et les
DCC ne comportent aucune donnée sociale permettant d’évaluer les inégalités sociales de
santé.
Enfin, le problème de l’identifiant commun n’est pas résolu alors qu’il s’agissait d’un des
objectifs principaux du DCC.
3-3-2-a OBJECTIF
Doter les professionnels d’un DCC opérationnel à court terme.
RECOMMANDATIONS
 Choisir un seul DCC développé au niveau national.
 Découpler le développement du DCC et celui du DMP.
 Définir au sein de l’INCa une structure en charge du pilotage stratégique du développement
du DCC.
 Ne pas limiter le DCC au seul enregistrement des RCP mais choisir, avec les cliniciens
et les utilisateurs, des fonctionnalités qui répondent aux attentes des acteurs de la
prise en charge des patients.
 Mettre en place un comité pluri-professionnel définissant les fonctionnalités du DCC.
 Faire du DCC l’un des outils de fonctionnement du 3C.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 119
3-3-2-b OBJECTIF
Faire du DCC un outil de description de la prise en charge.
RECOMMANDATIONS
 Introduire des données sociales des patients pour permettre de prendre en compte les
inégalités sociales et territoriales de santé.
 Faire du DCC un outil de communication d’informations utiles à la prise en charge notamment
pour le médecin traitant.
 Permettre rapidement l’accès du DCC aux médecins traitants.
3-4 ORGANISATION
Pour répondre aux impératifs d’efficacité et de simplification de l’organisation, il est
nécessaire de faire évoluer l’organisation existante et de redéfinir les missions des
différentes structures. Il s’agit de donner aux patients et aux professionnels une meilleure
lisibilité du système de santé.
3-4-1 La gouvernance du plan
CONSTATS
Une gouvernance du plan qui nécessite d’être clarifiée
Le cancer a la particularité d’avoir une agence spécifiquement dédiée. Créée lors du 1er
plan cancer sur le modèle du National Cancer Institute américain, cette agence centralise
l’organisation et la coordination de la lutte contre le cancer. Son rôle doit être précisé par
rapport aux commanditaires du plan.
Des circuits complexes de financement des mesures
Le rôle de financeur de la recherche et des dispositifs de soins ou dispositifs sociaux de
l’INCa est brouillé par des circuits complexes, qu’il s’agisse du financement de mesures
concernant la prévention et les soins ou du financement de la recherche.
Cette complexité des circuits de financement peut compromettre la mise en place de
certaines mesures. La concentration des financements pour la recherche par l’INCa doit
être un facteur clef de succès permettant une lisibilité des financements et facilitant
l’évaluation.
Une évaluation et un suivi qui doivent permettre d’adapter les mesures
L’évaluation en fin de plan a été confiée pour les 1er et 2e plans cancer au Haut Conseil de
la Santé Publique. Pour le 2e plan cancer, l’évaluation à mi-parcours a permis d’attirer
l’attention sur un certain nombre de points et notamment sur l’insuffisance d’indicateurs
d’effets ou d’impact des mesures.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 120
Il apparaît donc important que ce travail sur les indicateurs et leur évolution attendue soit
fait dès avant le lancement du 3e plan cancer. Le suivi de ces indicateurs permettrait alors
de modifier les actions engagées, d’en proposer de nouvelles ou d’en abandonner
certaines au fur et à mesure que le besoin en serait démontré.
3-4-1-a OBJECTIF
Définir le Pilotage du 3e plan cancer en précisant le rôle des pilotes et en renforçant
l’implication de ceux-ci.
RECOMMANDATIONS
 Mettre en place un comité de pilotage interministériel (affaires sociales et santé, recherche,
éducation nationale, travail, agriculture, environnement).
 Charger l’INCa, opérateur du plan et participant au comité de pilotage, d’assurer le suivi
des mesures et de rédiger 2 fois par an un rapport d’étape.
 Faire relayer les décisions du comité de pilotage par les ARS dans chacune des régions.
3-4-1-b OBJECTIF
Renforcer le rôle de l’INCa comme opérateur du 3e plan cancer.
RECOMMANDATIONS
 Définir l’INCa comme l’opérateur en charge de la mise en oeuvre du plan dans ses différents
aspects au niveau national.
 Affecter l’ensemble des financements publics des recherches fondamentale, translationnelle
et clinique (programmes de recherche, matériels, bourses ....) à l’INCa.
 Définir précisément les missions de l’INCa.
 Conforter la politique de partenariat de l’INCa avec la HAS et avec les autres agences
(ASIP, INPES, InVS, etc.).
3-4-1-c OBJECTIF
Définir les conditions de l’évaluation dès le début du plan.
RECOMMANDATIONS
 Définir dès avant le début du plan, les échéances et les méthodes d’évaluation des impacts
attendus du plan et des effets attendus des mesures.
 Confier la définition de l’évaluation des impacts du plan et de l’effet des mesures à un
tiers extérieur au plan.
 Mettre en place un comité indépendant analysant l’évolution des indicateurs et proposant
les ajustements nécessaires en cours de réalisation du plan.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 121
3-4-2 L’organisation des structures concernées par
le plan
CONSTATS
Une organisation complexe et une utilisation des moyens pouvant être
rationalisée
Plusieurs modes d’organisation ont été prévus notamment pour améliorer la prise en
charge des patients ou la recherche. On peut citer les réseaux territoriaux de cancérologie
(1er plan cancer), les infirmiers de coordination (2e plan cancer), les réseaux régionaux de
cancérologie (1er plan cancer), les 3C, les coordinations des 3C, les pôles régionaux de
cancérologie (1er et 2e plans cancer), les structures de dépistage (1er plan cancer), les
cancéropôles et les SIRIC (1er et 2e plans cancer) pour la recherche.
Ces modes d’organisation interviennent à des niveaux territoriaux différents avec des
responsabilités ou des missions qui peuvent faire double emploi et avec des budgets
éclatés.
Chacune de ces structures a une gouvernance propre générant d’importants frais de
fonctionnement et ne favorisant pas la coordination de l’ensemble.
Une simplification de l’organisation permettra de gagner en lisibilité et en efficacité.
Une organisation prenant peu en compte les modifications liées à la loi HPST
L’évaluation du 2e plan cancer à mi-parcours a attiré l’attention sur les problèmes de mise
en oeuvre de ce plan liés à la mise en place des ARS. Il semble que l’organisation de la
cancérologie n’ait pas pris suffisamment en compte les nouvelles prérogatives des Agences
Régionales de Santé. L’identification des territoires de santé et l’extension du champ
d’intervention des ARS à la prévention doivent être prises en compte.
3-4-2-a OBJECTIF
Reconnaître le rôle essentiel des ARS et leurs prérogatives régionales dans l’organisation
des soins et de la santé.
RECOMMANDATION
 Inciter les ARS à se doter des structures ad hoc concernant la cancérologie en fonction
des besoins régionaux et de leurs déclinaisons territoriales.
3-4-2-b OBJECTIF
Limiter le nombre de structures en charge du cancer.
RECOMMANDATIONS
 Définir une structure chargée des fonctions d’expertise et d’animation à un niveau interrégional.
Le niveau interrégional comprenant 7 à 10 millions d’habitants paraît pertinent
pour renforcer, optimiser et rationaliser les ressources en termes d’expertise. Il
existerait ainsi 7 à 10 structures d’expertise et d’animation de ce type.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 122
 Définir une structure chargée de l’animation de la prise en charge coordonnée des patients
à un niveau territorial. Ce niveau est celui des territoires définis par les ARS. Il
comprend de 300 000 habitants à 1 million d’habitants et est le niveau des actions de
proximité.
3-4-2-1 Les structures interrégionales
CONSTATS
Une faible articulation entre les soins et la recherche
Le développement de la recherche en cancérologie a été un axe fort des 1er et 2e plans
cancer. Des organisations spécifiques ont été mises en place pour coordonner, promouvoir
et financer la recherche contre le cancer. Parallèlement, en dehors du cancer, des
structures existent elles aussi à des échelons divers. Ainsi existent des structures
favorisant des politiques de sites (SIRIC pour le cancer, DRC et CIC-X hors cancer), des
structures favorisant l’animation interrégionale (cancéropôles pour le cancer, DIRC pour la
recherche clinique hors cancer).
Le Président de la République a fixé comme objectif du 3e plan cancer, le développement
du lien entre la recherche et les soins.
Un rapprochement des organisations d’expertise pour la recherche et pour les soins
intervenant à une même échelle territoriale devrait permettre de développer la recherche
translationnelle, la recherche clinique et la recherche interventionnelle.
Des cancéropôles ayant globalement rempli leur rôle d’animation régionale de
la recherche
Les cancéropôles mis en place par le premier plan cancer ont, en 10 ans, joué leur rôle
d’animation et d’organisation de la recherche en cancérologie. Si les solutions locales sont
variables d’une interrégion à l’autre, certaines évaluations montrent que les cancéropôles
ont su fédérer les acteurs de la recherche sur des thèmes prioritaires et engager l’interdisciplinarité
sur certains programmes.
Par ailleurs, les cancéropôles ont su tisser, pour certains d’entre eux, des liens avec les
collectivités territoriales qui se sont engagées dans le soutien de la recherche et de sa
valorisation.
En revanche, la recherche clinique a été assez peu concernée et les actions dans le
domaine des sciences humaines et sociales ont été limitées (évaluation AERES des
cancéropôles).
Les cancéropôles agissent à un niveau interrégional permettant de réunir des compétences
en quantité suffisante pour être efficace. L’enseignement de spécialité a d’ailleurs adopté
la même échelle, les DES et DESC étant organisés à un niveau au moins interrégional.
Des réseaux régionaux de cancérologie dépossédés de l’essentiel de leurs
missions initiales
Les réseaux régionaux de cancérologie ont été créés pour nombre d’entre d’eux avant le
1er plan cancer. En effet, leurs missions ont été définies dès 1997 par des textes comme la
circulaire DH 97/777 du 11 avril 1997, la circulaire DGS 98/213 du 1er avril 1998, la
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 123
circulaire DHOS/03/DSS/CNAMTS n° 2002-610 du 19 décembre 2002 relative aux réseaux
de santé, la circulaire « activités de soins traitement du cancer » du 22 février 2005 ou la
circulaire DHOS/CNAMTS/INCA du 25 septembre 2007 relative au réseau régionaux de
cancérologie. Ces textes fixaient aux réseaux régionaux des missions de fédération et de
coordination des établissements de santé, d’élaboration d’outils communs notamment pour
la communication, de diffusion de l’accès à la recherche clinique, de représentation des
usagers, d’harmonisation et d’évaluation des pratiques, d’amélioration de la qualité, de
formation continue des professionnels, d’information des publics et d’élaboration de
tableaux de bord.
La loi HPST a confié aux ARS une partie des missions initialement données aux réseaux
régionaux de cancérologie. Si les établissements qui ont une activité de cancérologie
doivent réglementairement adhérer aux réseaux, le financement des réseaux régionaux de
cancérologie provient essentiellement des ARS et non des cotisations des établissements.
Ainsi les réseaux régionaux de cancérologie, évalués comme les structures les plus
abouties lors de l’évaluation du 1er plan cancer, ne paraissent plus adaptés à la situation
actuelle du fait de la loi HPST et de la mise en place des ARS.
3-4-2-1-a OBJECTIF
Faire évoluer les missions des cancéropôles vers celles « d’instituts interrégionaux ».
RECOMMANDATIONS
 Donner aux cancéropôles au niveau interrégional, l’ensemble des fonctions d’expertise
et d’animation exercées au plan national par l’INCa.
 Donner aux cancéropôles la mission d’organiser la mise en commun à un niveau interrégional
des expériences conduites à un niveau territorial.
 Articuler l’action de l’INCa et celle des cancéropôles en :
‐ créant une structure opérationnelle au sein de l’INCA composée des responsables
des cancéropôles,
‐ déclinant les actions de l’INCa en actions interrégionales,
‐ faisant financer le fonctionnement des cancéropôles par l’INCa,
3-4-2-1-b OBJECTIF
Confier à ces nouveaux cancéropôles la production et l’analyse des données
interrégionales.
RECOMMANDATION
 Doter les cancéropôles de structures permettant de produire des données en lien avec
un registre départemental, et en utilisant les données produites au niveau territorial.
3-4-2-1-c OBJECTIF
Favoriser la transmission des informations et pratiques entre le niveau national et le niveau
territorial.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 124
RECOMMANDATIONS
 Confier aux cancéropôles la transmission et l’appropriation des référentiels élaborés au
niveau national.
 Confier aux cancéropôles l’évaluation du fonctionnement des RCP et de la prise en
charge graduée des soins.
 Confier aux cancéropôles la coordination et l’évolution des centres de ressources biologiques
(CRB) financés par l’INCa.
3-4-2-1-d OBJECTIF
Faire des cancéropôles les correspondants des ARS de chacune des interrégions.
RECOMMANDATIONS
 Faire évoluer les réseaux régionaux de cancérologie vers des délégations régionales
des cancéropôles placées sous l’autorité de ceux-ci (Délégations Régionales
d’Expertises du Cancer).
 Faire de chaque délégation régionale le correspondant de l’ARS.
 Donner aux délégations régionales la mission de promouvoir au niveau territorial les
liens entre recherche, prévention, dépistages et soins.
 Financer les délégations régionales à travers les cancéropôles.
3-4-2-1-e OBJECTIF
Maintenir pour les cancéropôles la fonction d’organisation et de structuration des
laboratoires de recherche non inclus dans les SIRIC.
RECOMMANDATION
 Donner aux cancéropôles la mission de faire progresser la recherche hors SIRIC.
3-4-2-2 Les structures territoriales
CONSTATS
La loi HPST a défini le territoire comme le niveau d’organisation des soins. Des structures
ont été mises en place pour assurer l’animation et la coordination des soins à ce niveau
(conférence territoriales de santé ...).
Des réseaux territoriaux de cancérologie créés par le 1er plan cancer et non
maintenus par le 2e plan cancer
Les réseaux territoriaux de cancérologie devaient organiser la coordination des soins interétablissements
et entre les établissements et la ville, et donc les compléments des réseaux
régionaux de cancérologie.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 125
L’évaluation de ces structures faite lors de l’évaluation du 1er plan cancer, a montré la
grande hétérogénéité selon les territoires et les difficultés à identifier des structures
spécifiques au cancer à coté de réseaux territoriaux généralistes. Par ailleurs le lien villehôpital,
mission confiée à ces réseaux, a été insuffisamment développé en dehors de
quelques expériences concluantes.
Le 2e plan cancer a proposé de créer des infirmiers de coordination reprenant une partie
des missions des réseaux territoriaux. Limitée à une expérimentation de 2 ans dans 34
établissements, cette solution n’a pas permis de développer suffisamment la coopération
inter-établissements ni l’articulation avec le domicile. En revanche, la coordination des
soins intra-établissements a été améliorée.
Des centres de coordination en cancérologie (3C) ayant 8 ans de recul
Les centres de coordination de cancérologie ont été créés par le 1er plan cancer et
maintenus par la suite. Ils constituent une réussite des plans cancer permettant d’assurer
aux patients la qualité de la prise en charge multidisciplinaire.
Chargés, notamment, de faire fonctionner les RCP, les 3C sont nombreux mais peu
articulés entre eux, ne permettant pas une vision des prises en charge de premier niveau
et de recours sur un territoire.
3-4-2-2-a OBJECTIF
Organiser et animer une prise en charge coordonnée au niveau territorial.
RECOMMANDATIONS
 Maintenir un 3C par territoire, structure d’animation territoriale de la prise en charge
des patients.
 Confier au 3C territorial l’organisation d’une plateforme de coordination de la prise en
charge en lien avec le domicile concernant les différents aspects (médical, social, etc.)
(cf. parcours de soins).
 Confier au 3C territorial la coordination de la prise en charge selon les règles de gradation
définie au niveau national.
 Confier au 3C la mission de renforcer le lien entre les établissements et les médecins
généralistes.
 Confier au 3C territorial l’organisation du fonctionnement des RCP dont les RCP de
recours.
 Financer les 3C à la hauteur de leurs nouvelles missions.
3-4-2-3 Une organisation spéciale pour les départements et
territoires d’outre-mer
CONSTATS
Des départements d’outre-mer non concernés spécifiquement par les 1er et 2e
plans cancer
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 126
Les 1er et 2e plans cancer ont très peu pris en compte la problématique spécifique du
cancer dans les départements d’outre-mer. Il n’existe pas de mesures spécifiques à ces
territoires, ni de mise en oeuvre particulière des plans cancer dans les départements
d’outre-mer.
Des départements d’outre-mer ne faisant pas l’objet d’un suivi particulier
Certains cancers sont plus fréquents dans certains départements d’outre-mer et les
facteurs de risque ne sont pas répartis comme sur le territoire métropolitain. Cependant, il
n’existe que très peu d’indicateurs disponibles pour suivre à la fois l’épidémiologie et la
mise en oeuvre des mesures des plans cancer.
Des inégalités sociales ou territoriales de santé en lien avec le cancer peu
connues
Enfin, même si peu de données sont disponibles concernant les inégalités de santé liées
aux cancers dans ces territoires, il est vraisemblable qu’elles existent comme en métropole
et même qu’elles soient plus importantes.
Le 3e plan cancer doit proposer une organisation et un suivi particuliers pour les DOM. Il
est proposé de mettre en place une cellule spécifique de ces départements au sein de
l’INCa pour s’assurer de la mise en oeuvre du plan cancer et des mesures spécifiques.
Les TOM ont des statuts très hétérogènes. Les autorités locales peuvent être en
demande d’expertise et d’appui dans le domaine du cancer.
3-4-2-3-a OBJECTIF
Lutter contre les inégalités territoriales en lien avec le cancer dans les départements
d’outre-mer.
RECOMMANDATIONS
 Définir quel cancéropôle est en charge des départements d’outre-mer.
 Développer le système d’information permettant de mieux suivre l’exposition aux facteurs
de risque et l’épidémiologie des cancers dans les DOM.
 Développer le système d’information permettant de mieux connaître la prise en charge
des patients des DOM.
 Développer le système d’information permettant de connaître les résultats de la prise
en charge en comparaison de ceux obtenus en métropole.
3-4-2-3-b OBJECTIF
Suivre spécifiquement la mise en oeuvre du 3e plan cancer dans les DOM.
RECOMMANDATIONS
 Mettre en place au sein de l’INCa une cellule suivant spécifiquement la mise en oeuvre
du 3e plan cancer dans les DOM.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 127
 Publier systématiquement dans les rapports d’activité en lien avec le plan cancer les
indicateurs observés dans les DOM.
3-4-2-3-c OBJECTIF
Satisfaire aux demandes des TOM en matière de dépistage et prise en charge des cancers.
RECOMMANDATION
Etablir pour les TOM qui le souhaitent des accords de partenariat avec l’INCa afin qu’ils
puissent profiter de son appui dans les domaines de la prévention, du dépistage et de la
prise en charge des cancers.
3-4-2-4 Une modification de l’organisation des dépistages
organisés
CONSTATS
Une organisation des dépistages peu efficace en termes de réduction des
inégalités de participation
L’organisation actuelle des dépistages obtient une adhésion modérée de la population et
fait apparaître de grandes inégalités d’accès avec des taux de participation très variables.
Les dépistages organisés sont confiés à des associations départementales autonomes
répondant à un cahier des charges national, dont le financement ne prévoit pas d’action
spécifique envers les populations peu participantes. Les associations de gestion du
dépistage qui souhaitent s’engager dans cette action ne peuvent donc le faire qu’en
recourant à des financements complémentaires qu’elles peinent à trouver.
Il faut noter que l’assurance maladie transmet les listes d’assurés aux associations de
gestion pour que celles-ci puissent adresser les invitations en y consacrant une partie
importante de leurs moyens. Cette invitation pourrait être adressée directement par les
régimes d’assurance maladie.
Une organisation des dépistages peu articulée avec celle des soins et de la
recherche
Une nouvelle organisation des dépistages rendue nécessaire par la prise en
compte des inégalités
Une réorganisation doit permettre de différencier, dans l’organisation des dépistages, ce
qui est du ressort des autorités de santé (ARS) à un niveau territorial, et ce qui est du
domaine de l’expertise en termes d’analyse, d’intervention ou d’évaluation.
Par ailleurs, le coût de fonctionnement important du dépistage organisé au regard du taux
de participation obtenu peut s’expliquer par une faible mutualisation entre les structures.
Une réorganisation doit prendre en compte à la fois l’exigence d’optimisation et la
nécessité d’un travail de proximité en direction des populations les moins participantes et
les plus défavorisées. Cette réorganisation repose sur la cohérence nécessaire entre
l’organisation des soins et celle du dépistage en identifiant :
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 128
 un niveau national fixant le fonctionnement des dépistages organisés et confié à
l’opérateur qu’est l’INCa,
 un niveau interrégional coordonnant les actions entreprises et effectuant les différentes
analyses d’efficacité du dépistage en relation avec les données épidémiologiques
et permettant de produire des indicateurs à l’échelle interrégionale. Notamment,
l’intégration de données sociales est essentielle à l’amélioration de la participation.
Ceci suppose de développer des programmes de recherche en santé publique
et sciences humaines et sociales. Cette fonction serait confiée aux cancéropôles
(cf. 3-4-2-1).
 Un niveau territorial, coordonné par les ARS en lien avec le 3C (cf.3-4-2-2) reposant
sur les associations qui n’auraient plus à effectuer les invitations ou les analyses
mais qui pourraient consacrer des moyens à des actions de terrain. Elles pourraient
développer le lien avec les médecins traitants ou les spécialistes concernés par le
dépistage (radiologues, gynécologues). Elles auraient aussi pour mission de développer
des contacts avec les associations locales des zones à faible participation.
Un médecin généraliste peu impliqué dans l’organisation des dépistages
(cf. 3-1)
3-4-2-4-a OBJECTIF
Simplifier l’organisation des dépistages et améliorer l’articulation avec la prise en charge.
RECOMMANDATIONS
 Confier à l’assurance maladie l’invitation des personnes entrant dans le cadre des dépistages
organisés.
 Confier à l’INCa, opérateur de la politique de lutte contre le cancer, la responsabilité
des dépistages organisés en France.
 Confier aux cancéropôles l’analyse des dépistages organisés et la production
d’indicateurs et le développement de la recherche en SHS et de la recherche interventionnelle.
 Confier aux actuelles associations de gestion de dépistage le développement des liens
avec les professionnels de santé de proximité et les collectivités territoriales.
3-4-2-4-b OBJECTIF
Lutter contre les inégalités de participation aux dépistages organisés.
RECOMMANDATIONS
 Confier aux cancéropôles la production d’indicateurs prenant en compte les variables
sociales et l’évaluation de la réduction des inégalités de participation.
 Confier aux associations de dépistage le développement des actions de proximité pour
réduire les inégalités de participation.
 Impliquer fortement le médecin traitant dans l’invitation et le suivi des patients ayant
un dépistage positif pour les dépistages organisés et le cancer du col (cf. Prévention-
Dépistage).
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 129
3-5 PROBLEMES ECONOMIQUES DU CANCER
3-5-1 Les dépassements d’honoraires
Les dépassements d’honoraires et le reste à charge pouvant être imposés aux patients
atteints de cancer sont sources d’inégalités à la fois en terme de liberté de choix mais
aussi en terme de délais de prise en charge.
Dans le secteur libéral : certains actes en particulier dans le domaine de la
chirurgie sont à l’évidence sous-évalués et il serait difficile de recommander que
tous les patients traités soient pris en charge en secteur 1. En revanche, il paraît
justifié de recommander que dans cette situation les soins liés au cancer ou à
l’après cancer (reconstitution mammaire par exemple) soient l’objet d’une
facturation tenant compte de la couverture par les assurances complémentaires,
et qu’il ne demeure en conséquence pas de reste à charge pour les patients.
Dans les CLCC : les médecins travaillant à temps complet dans les CLCC ne
peuvent pas avoir d’activité privée et les patients ne sont donc pas soumis à
dépassements d'honoraires.
Dans les établissements publics : l’activité privée s’accompagnant de
dépassements d’honoraires n’est pas exceptionnelle tant pour ce qui concerne le
traitement chirurgical ou médical du cancer que pour les examens
complémentaires, en particulier d’imagerie, requis pour ces traitements.
Il faut observer que certaines activités médicales ou chirurgicales hospitalières
ne donnent pas lieu à activité privée, que cela réponde - à un principe
réglementaire (activité de prélèvement ou de greffe d’organe, prélèvement de
tissus en vue de dons, activité de recueil, traitement, conservation et cession de
gamètes) - à un sentiment d’incongruité (activité d’urgence et de réanimation) -
ou à une évidence éthique (soins palliatifs). Dans d’autres domaines, tels la
médecine pédiatrique ou l’oncohématologie, l’activité privée hospitalière est tout
à fait exceptionnelle.
En attendant que, s’alignant sur les CLCC, l’hôpital public voit disparaître à terme son
activité privée, il est impératif que, comme dans le secteur libéral, il n’y subsiste pas de
reste à charge pour les patients traités pour un cancer.
3-5-1-a OBJECTIF
Réduire les inégalités dues aux coûts des traitements du cancer et du post cancer.
RECOMMANDATION
 Imposer dans les secteurs libéraux et publics l’absence de reste à charge pour les
patients atteints de cancer dans les domaines de l’ACP, de l’imagerie, de la biologie, de
la médecine et de la chirurgie pour la prévention (mammectomies prophylactiques) le
dépistage et les traitements du cancer et de l’après-cancer.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 130
3-5-2 Les conséquences économiques des progrès
dans les traitements et la prise en charge des
malades sur les établissements de santé
Un travail de prospective réalisé par UNICANCER « Evaluation des prises en charge en
cancérologie : impact capacitaire – juin 2013 » définit six pistes d’évolutions
thérapeutiques structurantes pour le développement des CLCC d’ici 2020 :
le développement de la chirurgie ambulatoire avec une diminution prévue de la
durée moyenne de séjour de 20 % entre 2012 et 2020,
 l’évolution des chimiothérapies avec l’utilisation de nouvelles modalités
thérapeutiques réalisables à domicile par transfert de l’hospitalisation
conventionnelle à l’hospitalisation à domicile d’une part pour 40 % des
chimiothérapies intraveineuses et d’autre part pour les nouveaux traitements
délivrés par voie orale,
 le développement de la radiothérapie hypofractionnée (moins de séances mais
plus longues et plus dosées),
 le développement de la radiologie interventionnelle que l’on peut prévoir
consommatrice de temps d’utilisation des scanners et IRM et nécessitant la
création de postes de médecins,
 le développement de l’activité de caractérisation des tumeurs,
 le développement de soins de support.
Ces prévisions anticipant de nouvelles modalités thérapeutiques avec une diminution des
hospitalisations conventionnelles représentent un grand espoir de progrès en terme de
chance de guérison et de qualité de vie pour les malades, un moindre coût pour
l’assurance maladie, mais aussi de grandes difficultés à venir pour les établissements de
santé si les modalités de tarification demeurent les mêmes qu’actuellement.
Ces difficultés seront caricaturales pour les CLCC dont l’unique activité concerne le cancer
mais seront également sensibles dans tous les établissements de santé traitant des
malades atteints de cancer.
La cancérologie permet de pointer les limites de la tarification à l’activité (T2A).
Déterminant principalement le financement des établissements de santé en fonction du
nombre d’hospitalisations conventionnelles, la T2A peut présenter « un risque intrinsèque
pour la qualité des soins car elle crée une pression directe sur les établissements de santé
pour réduire la durée et le coût des séjours hospitaliers sans pour autant tenir compte des
résultats thérapeutiques » (Irdes – Activité, productivité et qualité des soins des hôpitaux
avant et après la T2A - 2013). Elle génère donc « des taux de ré-hospitalisations précoces
en augmentation au cours du temps, avec une tendance à la segmentation des
séjours »(Idem). En outre la T2A pénalise donc les progrès thérapeutiques que l’on peut
prévoir pour les années à venir dans le domaine de la cancérologie, progrès qui
s’accompagneront d’une diminution des séjours d’hospitalisation conventionnelle.
Il importe que la T2A s’adapte en urgence aux nouvelles modalités de traitement du
cancer. Mais à terme, et le plus rapidement possible, la seule solution capable d’assurer
une viabilité des structures hospitalières de cancérologie sera la modification des modes
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 131
de financement en les basant sur une dotation fonction de l’activité globale de la
structure, modulée par le nombre et les types de parcours de soins effectués.
3-5-2-a OBJECTIF
Adapter le financement des établissements de santé aux nouvelles modalités
thérapeutiques des cancers.
RECOMMANDATIONS
 Valoriser les consultations de mise en place des traitements oraux et l’éducation
thérapeutique en tenant compte du caractère consommateur de temps médical et
paramédical de ces activités.
 Tester de nouvelles modalités de financement des prises en charge du cancer en
introduisant des formes de dotations fonctions de l’activité globale de la structure et du
nombre et des types de parcours de soin effectués.
3-5-3 La nécessaire anticipation de l’impact
économique des traitements innovants
La biologie moléculaire permet de disséquer des pathologies jusqu’alors considérées
comme monomorphes. Un cancer fréquent risque à terme de devenir un ensemble de
maladies rares, donc orphelines, requérant de nombreux traitements ciblés orphelins dont
les coûts seront très élevés. Le coût de ces traitements cristallise le problème des
contraintes budgétaires. Quelle politique de maîtrise des dépenses de santé proposer ?
Il convient de respecter un équilibre complexe entre l’efficience, l’équité, et le droit à
l’accès à ces traitements. Il faudrait impliquer tous les acteurs (industriels, décideurs,
prescripteurs, patients) pour définir une politique de régulation et une maîtrise des
dépenses qui ne peut être statique mais adaptée au cours du temps.
Les autorités en charge de la détermination du prix des médicaments doivent définir une
politique de négociations avec l’industrie concernant le prix de ces traitements, le terme à
l’issue duquel des réévaluations régulières de ce prix pourront être discutées, voire
l’adaptation de la durée de vie des brevets. Ces négociations devront tenir compte non
seulement des investissements propres des industriels et du temps prévisible pour leur
amortissement, mais aussi des investissements consentis par la collectivité nationale dans
la recherche, le développement et l’accès large et précoce aux traitements des cancers. Si
le besoin d’accès à l’innovation en cancérologie justifie une AMM rapide pour le bénéfice
potentiel des patients, éventuellement sous forme d’ « AMM conditionnelle », le prix
consenti pour un médicament devrait être lui aussi « conditionnel » et soumis à révision
après suivi de son utilisation dans la « vraie vie ».
3-5-3-a OBJECTIF
Anticiper les dépenses des innovations thérapeutiques.
RECOMMANDATION
 Définir une politique exigeante de négociations avec les industriels pour déterminer,
avec des réévaluations périodiques, le juste prix des innovations thérapeutiques.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 132
4 - CONCLUSIONS
L’élaboration du rapport
J’emploie pour la première fois dans ce rapport, la première personne du singulier. En
effet, même si j’en ai assuré la direction et en dernier ressort les choix, ce rapport a été
élaboré et écrit par 4 personnes : Franck CHAUVIN, Gérard GANEM, Stéphane PAUL et
moi-même, avec l’aide précieuse de Véronique TRILLET-LENOIR, de Stéphane TESSIER,
d’Armand RENUCCI et de tous les membres des groupes de travail.
Nous avons, avec un grand intérêt, auditionné de nombreux professionnels et patients et
lu de multiples contributions et quelque 3 000 messages qui m’ont été adressés
directement ou qui ont été déposés sur les sites de l’INCa et de la Ligue Contre le Cancer.
Les remarquables compétences que recèle l’INCa m’ont été d’une aide inestimable.
Je tiens à remercier Leila ASSABA pour son inappréciable assistance, Marc VERNANT pour
son scrupuleux travail de relecture, Alain CORDIER, André GRIMALDI et Jean-Pierre
GRÜNFELD pour leur soutien amical et la source d’inspiration qu’ils ont représentée.
Quelques points
Les 2 premiers plans cancer ont été à l’origine de progrès majeurs dans le domaine de
l’organisation de la recherche comme dans celle des soins. Le 3e plan cancer doit
poursuivre les actions entreprises mais doit également anticiper les nouvelles organisations
qu’imposeront les innovations thérapeutiques en permanent développement.
- Les hospitalisations conventionnelles seront de plus en plus courtes mais l’occasion
de soins de haute technicité nécessitant des équipements sophistiqués
(anatomocytopathologie, informatique, imagerie, radiothérapie). Les métiers de la
cancérologie devront s’adapter à ces nouvelles exigences et une gradation des soins
tant médicaux que chirurgicaux devra être mise en place.
- La majeure partie du parcours de soins se déroulera en ambulatoire, ce qui
nécessite de repenser d’emblée les rapports hôpital–ville, avec la création de
nouvelles fonctions professionnelles d’interface, et une implication croissante du
médecin traitant et des autres professionnels de santé proches du domicile, ainsi
que des malades eux-mêmes.
- Il conviendra de prendre garde que les innovations thérapeutiques ne soient pas
l’occasion d’accentuer les inégalités sociales et territoriales déjà trop importantes.
Les 2 premiers plans cancer ont permis l’essor d’équipes de recherche ; le soutien qui leur
sera apporté affermira leur grande compétitivité. Les liens avec la clinique et le transfert
rapide des innovations thérapeutiques dans le domaine du soin, avec l’aide de l’industrie,
devra se poursuivre. Il importera cependant que les pouvoirs publics prennent leurs
responsabilités et négocient avec les industriels afin que ces innovations soient
commercialisées à leur juste prix.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 133
Alors que l’élaboration d’un nouveau plan est souvent l’occasion de la mise en place de
nouvelles structures, nous avons au contraire souhaité dans ce rapport proposer une
simplification et une amélioration de la lisibilité de l’organisation territoriale de la lutte
contre le cancer :
 en conservant à l’INCa toutes ses responsabilités nationales,
 en donnant aux cancéropôles de larges responsabilités interrégionales,
 en proposant que les anciens réseaux régionaux, se transforment en délégation
régionale sous la tutelle des cancéropôles.
Souhaitant une diminution des inégalités sociales, nous proposons dans le domaine de la
prévention, du dépistage comme du soin de multiples indicateurs autorisant la mesure et
le contrôle de ces inégalités. Plusieurs actions correctrices sont présentées parmi
lesquelles l’exigence d’une absence de reste à charge pour les patients lors des
dépistages, des soins du cancer et de l’après cancer.
La meilleure prévention contre les comportements à risques est l’éducation plutôt que la
coercition. Nous proposons donc que l’éducation à la santé se fasse dès l’école afin
d’obtenir une réduction acceptée des comportements à risques.
Le cancer peut être le terrain privilégié de la mise en place d’une nouvelle conception du
soin qui se réfère autant au « prendre soin » qu’à l’action de « soigner ». Cette nouvelle
conception doit faire coexister les traitements et tout ce qui, par ailleurs, fait la vie du
patient : travail ou scolarité, vie familiale, vie sociale. Les attentes du patient comme de
son entourage doivent être prises en compte dans l’organisation du parcours de soin. Le
rôle des associations peut contribuer à la mise en place de cette nouvelle conception du
soin. Ainsi peut-on espérer faire reculer l’exclusion sociale et les regards stigmatisants.
Nous avons l’espoir que le plan à venir contribuera à améliorer la vie des malades atteints
de cancer et de façon plus générale, par un effet de levier, la vie de tous les malades
atteints d’affections graves.
Après le troisième plan cancer
La répétition des plans peut être l’occasion de nouveaux élans et il est possible qu’en
2018, un 4e plan cancer voie le jour.
Cependant dans le domaine de la cancérologie, une adaptation rapide à des innovations
continue est impérative. Il serait donc souhaitable, à la condition d’une évaluation en
temps réel de l’impact des actions inscrites dans le 3e plan cancer, que soit mis en place
un comité indépendant chargé de proposer des ajustements et de nouvelles
recommandations au fur et à mesure que des problèmes surgissent.
Un plan cancer élaboré et corrigé de façon ininterrompue permettrait que soient exploités
rapidement et au bénéfice de tous les multiples progrès que nous sommes en droit
d’attendre dans les années à venir.
Jean-Paul VERNANT
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 134
5 - ANNEXES
Annexe 1 : Documents concernant la mission
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Annexe 2 : Elaboration du rapport
Le groupe d’appui du Professeur Jean-Paul VERNANT était composé de :
Franck CHAUVIN (HCSP), Gérard GANEM (Onco-radiothérapeute), Stéphane
PAUL (IGAS), Armand RENUCCI (IGAENR).
Cinq groupes de travail constitués d’experts ont été formés et ont procédé à des auditions:
Groupe : recherche innovation et traitements personnalisés
 Fabrice ANDRE (IGR)
 Jean-Yves BLAY (Centre Léon Bérard)
 Dominique DEVILLE de PERIERE (DGRI)
 Pierre LOMBRAIL (SFSP)
 Jean-Paul MOATTI (Inserm)
 Alain PUISIEUX (Centre Léon Bérard)
 Jacques RAYNAUD (Fondation ARC pour la recherche sur le cancer)
Groupe : prise en charge et organisation des soins
 Laurence BOZEC (Institut Curie)
 Stéphane CULINE (APHP St Louis)
 Dominique DELFIEU (médecin généraliste)
 Marie-Sophie DESAULLE (ARS Pays de la Loire)
 Rémy SALMON (chirurgien cancérologue)
Groupe : prévention et dépistage
 Pierre ARWIDSON (INPES)
 Emmanuelle BAUCHET (INPES)
 Guy LAUNOY (Université de Caen – Basse Normandie)
 Alain RIGAUD (Association nationale en prévention en alcoologie et addictologie)
 Stéphane TESSIER (médecin de santé publique)
 Daniel THOMAS (Fédération française de cardiologie)
Groupe : métiers du cancer et formations
 Nadine DOHOLLOU (Polyclinique Bordeaux nord Aquitaine)
 Jean-Charles SORIA (IGR)
 Véronique TRILLET-LENOIR (Hospices civils de Lyon – CNC)
 Serge UZAN (Faculté de médecine Pierre et Marie Curie)
Groupe : la vie pendant et après le cancer
 Jacqueline GODET (Ligue contre le cancer)
 Marianick LAMBERT (CISS)
 Patrick PERETTI-WATEL (Inserm)
 Marc PULIK (FEHAP)
Les représentants de la DGS, DGOS, ainsi que de la DGRI ont été, comme le personnel de
l’INCa, invités aux auditions et ont largement participé.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 142
Annexe 3 : Auditions et entretiens réalisés
Certaines personnes invitées à participer à une audition mais n’ayant pu se déplacer ont
été sollicitées pour fournir des contributions écrites qui ont enrichi le débat.
ACADEMIE DE MEDECINE
 Jean-Claude BEANI
 Pierre BEGUE
 M. BOYSSET
 Daniel COUTURIER
 Claude DREUX
 Gérard DUBOIS
 Bernard LAUNOIS
 Roger NORDMANN
 Jacques ROUESSE
AFIC et AFITCH OR
 Pascale DIELENSENGER (IGR)
 Gisèle HOARAU (APHP Pitité Salpétrière)
 Clara MANUEL (APHP Pitié Salpétrière)
AGENCE DE LA BIOMEDECINE et FERTILITE
 Louis BUJAN (CECOS)
 Nathalie HOOG LABOURET (INCa)
 Françoise MERLET (Agence de la biomédecine)
 Emmanuelle PRADAT BORDENAVE (Agence de la biomédecine)
 Catherine POIROT (APHP Tenon)
AGENCE DES SYSTEMES D’INFORMATION PARTAGES DE SANTE
 Michel GAGNEUX (ASIP Santé)
AGENCE REGIONALE DE SANTE
 Jean-Yves GAGNER (ARS Pays de la Loire)
ANATOMOCYTOPATHOLOGIE
 Frédérique CAPRON (APHP Pitié Salpêtrière)
 Jean-François FLEJOU (APHP St Antoine)
 Michel GUIU (Perpignan)
 Thierry MOLINA (APHP Necker)
 Frédérique PENAULT-LLORCA (Clermont-Ferrand) – contribution sollicitée
 Elie Serge ZAFRANI (APHP Henri Mondor)
ASSOCIATIONS & PATIENTS
 Catherine CERISEY
 Jacqueline GODET (Ligue nationale contre le cancer)
 Hélène JACQUES (Ligue nationale contre le cancer)
 Emmanuel RICARD (Ligue nationale contre le Cancer)
 Marianick LAMBERT (CISS)
 Mme DEBIAIS (Europa Donna)
 Nicole ZERNIK (Europa Donna)
 Damien DUBOIS (Jeunes Solidarité Cancer)
 Mathieu KOEHLER (Jeunes solidarité Cancer)
 Catherine DARGELET (Cancer@work)
 Anne Sophie TUSZYNSKI (Cancer@work)
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 143
CHIRURGIE
 Jean-Christophe PAQUET (FHF)
 Denis QUERLEU (ICR Toulouse)
 Richard VILLET (Hôpital des Diaconesses)
 Marc POCARD (APHP) – contribution sollicitée 
FEDERATION HOSPITALIERE DE FRANCE CANCER
 Norbert IFRAH (FHF Cancer)
FEDERATION NATIONALE DES ETABLISSEMENTS D’HOSPITALISATION A DOMICILE
 Elisabeth BALLADUR (FNEHAD)
 Elisabeth HUBERT (FNEHAD – Présidente)
 Olivier PAUL (FNEHAD – Délégué national)
GERIATRIE
 Etienne BRAIN (Oncologue médical)
 Claire FALANDRY (CHLS – Gériatrie Lyon)
 Elena PAILLAUD (APHP Henri Mondor)
 Florence ROLLOT TRAD (Institut Curie)
 Jean-Philippe SPANO (APHP Pitié Salpêtrière)
 Marc VERNY (AHPH Pitié Salpêtrière)
GROUPES COOPERATEURS EN ONCOLOGIE
 Philippe CASASSUS (IFM)
 Corinne HAIOUN (APHP Henri Mondor)
 Bernard MILLERON (IFCT)
 Franck MORIN (IFCT) 
HEMATOLOGIE
 Catherine FAUCHER (Agence de la biomédecine)
 Hervé DOMBRET (APHP St Louis)

IMAGERIE
 Alain RAHMOUNI (APHP Henri Mondor)
 Franck BOUDGHENE (APHP Tenon)
 André AURENGO (APHP Pitié Salpétrière) – contribution sollicitée
 Thierry de BAERE (IGR) – contribution sollicitée
INEGALITES SOCIALES
 Gwenn MENVIELLE (INSERM)
 Henri PELLETIER (FNARS)
 Yazid BELKACEMI (APHP Henri Mondor ) – contribution sollicitée
INSTITUT PAOLI CALMETTE
 Didier BLAISE
 Jacques CAMERLO
 Jean-Paul BORG
 Christian CHABANNON
 Sylvain FLUZIN
 Patrice VIENS
LEEM
 Catherine LASSALE (LEEM – Directeur scientifique)
 Yannick PLETANT (ROCHE SAS – Directeur médical)
 Patrice ZAGAME (NOVARTIS LEEM – Président)
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 144
MEDECINS GENERALISTES
 Jacques REBIBEAU (Médecin généraliste)
 Jean GODARD (Médecin généraliste)
ONCOLOGIE
 Gilles VASSAL (IGR)
 Laurence BRUGIERES (IGR)
 Ali HASBINI (Médecin oncologue)
 Yves PEREL (CHU Bordeaux)
 Thierry PHILIP (Unicancer) – contribution sollicitée
PEDIATRIE
 André BARUCHEL (APHP Robert Debré)
 Claire BERGER (CHU St Etienne)
 Nicolas BOISSEL (APHP St Louis)
 Jean-Hugues DALLE (APHP Robert Debré)
 Valérie LAURENCE (Institut Curie)
 Jean MICHON (Institut Curie)
 Dominique VALTEAU COUANET (IGR)
PREVENTION ET DEPISTAGE
 Jean-Jacques BALDAUF (CHU Strasbourg)
 Clélia DELPECH (DGT)
 Elisabeth GORMAND (ADEMAS 69)
 David HEARD (INPES)
 Francelyne MARANO (Université Paris VII)
 Patricia MALADRY (DGT)
 Jean-Nicolas ORMSBY (ANSES)
 Anne-Marie SOUBIELLE (MAAF / SG / SAFSL / SDTPS)
 Daniel THOMAS (APHP Pitié Salpêtrière)
PROBLEMES ECONOMIQUES DU CANCER
 Nicolas ALBIN (HAS) – contribution sollicitée
 Jean-Michel BELORGEY (Pdt honoraire - Conseil d’Etat)
 Brigitte DORMONT (Paris Dauphine) – contribution sollicitée
 Isabelle DURAND ZALESKI (APHP Henri Mondor)
 Anne GERVAIS (APHP Bichat) – contribution sollicitée
 Frédéric PIERRU (CNRS)
PROFESSIONNELS DE SANTE
 Olivier INGSTER (CHU Angers)
 Jean LACAU SAINT GUILY (APHP Tenon)
 Valérie LE BORGNE (FSM)
 Thierry MEDINA (CJB)
 Philippe ROUGIER (APHP HEGP)
 Dominique STOPPA LYONNET (Institut Curie)
REPRESENTANTS DE DIRECTIONS MINISTERIELLES
 Olivier BRIAND (Ministère chargé de l’agriculture)
 Angélique BRETON (DGEFP)
 Hélène DELSOL (DGOS)
 Chantal ERAULT (DGCS)
 Isabelle EYNAUD CHEVALIER (Ministère de l’emploi)
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 145
REPRESENTANTS DES INTERNES
 Jean Emmanuel BIDAULT (SFIRO)
 Johanna WASSERMANN (AERIO)

RESEAUX REGIONAUX
 Eric BAUVIN (Oncomip)
 Fabienne EMPEREUR (Oncopl)
 Hervé GAUTIER (Oncorif)
 Patrick HEITZMANN (Oncocentre)
 Isabelle KLEIN (Oncolor)

SOCIETE FRANCAISE DE RADIOTHERAPIE ONCOLOGIQUE
 Bruno CHAUVET (Ste Catherine, Avignon)
 Fabrice DENIS (CJB)
 Eric DEUTSCH (IGR)
 Marc-André MAHE (ICO Nantes)
 Jean-Jacques MAZERON (APHP Pitié Salpêtrière)
SOINS DE SUPPORT, SOINS PSYCHIQUES & SOINS PALLIATIFS
 Philippe COLOMBAT (AFSOS)
 Laure COPEL (Institut Curie)
 Sarah DAUCHY (IGR)
 Ivan KRAKOWSKI (AFSOS)
 Sébastien LANDRY (AASM)
 Michèle LEVY SOUSSAN (APHP Pitié Salpêtrière)
 Thierry BOUILLET (contribution sollicitée)
UNICANCER
 Sandrine BOUCHER (Unicancer)
 Christian CAILLIOT (Unicancer)
 Hélène ESPEROU (Unicancer)
 Pascale FLAMANT (Unicancer)
 Josy REIFFERS (Unicancer)
 Marc YCHOU (Unicancer)
UNION NATIONALE HOSPITALIERE PRIVEE DE CANCEROLOGIE
 Bernard COUDERC (UNHPC et CNC)
 Gérard PARMENTIER (UNHPC)
Entretiens
Jean-Paul VERNANT a rencontré les membres du Conseil d’administration et du Comup de
l’INCa. Il s’est entretenu avec de nombreux membres du personnel de l’INCa, en
particulier :
Agnès BUZYNAnne BURSTIN - Fabien CALVO - Catherine MORIN – Guy-Robert AULELEY
Valérie THIBAUDEAU - Valérie MAZEAU-WOYNAR - Anne RAMON - Jérôme VIGUIER -
Martine LEQUELLEC-NATHAN - Claudia FERRARI - Frédérique NOWAK - Nathalie HOOGLABOURET.
Il s’est entretenu avec Roger GENET (DGRI), Jean DEBEAUPUIS (DGOS) et Jean-Yves
GRALL (DGS).
Il s’est également entretenu avec Jean-Luc HAROUSSEAU (HAS), Dominique MARANINCHI
(ANSM), André SYROTA (INSERM) et Jean-Pierre GRUNFELD.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 146
Annexe 4 : Documents et contributions
analysés
 Actualisation de la revue de la littérature d’une recommandation en santé publique
sur la « Détection précoce du mélanome cutané ». HAS, juillet 2012.
 Améliorer la qualité du système de santé et maitriser les dépenses : propositions de
l’Assurance maladie pour 2014. Rapport au ministre chargé de la sécurité sociale et
au Parlement sur l’évolution des charges et des produits de l’Assurance maladie au
titre de 2014. CNAMTS, 2013.
 Augmentation des taxes sur le tabac en vue de réduire la prévalence du tabagisme
en France. Haut Conseil de la santé publique, 2012.
 Avis de la HAS sur l'établissement d’un taux cible d’association mammographie et
échographie mammaire dans le cadre du dépistage organisé du cancer du
sein :saisine du 6 février 2013 en application de l’article L.161-39 du code de la sécurité
sociale.
 Avis relatif à la médecine scolaire. Haut Conseil de la santé publique, février 2013.
 Avis relatif à la politique de santé à l’école. Haut Conseil de la santé publique, décembre
2011.
 Avis relatif à la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé : place des
Ateliers santé ville. Haut Conseil de la santé publique, mars 2013.
 Avis relatif aux moyens nécessaires pour relancer la lutte contre le tabagisme. Haut
Conseil de la santé publique, septembre 2010.
 Baromètre Cancer 2010. Institut national de la prévention et de l’éducation pour la
santé, juin 2012.
 Basch E et coll. « Recommandations for incorporating patient-reported outcomes
into clinical comparative effectiveness research in adult oncology ». J Clin Oncol
2012, 30, 4249-4255.
 Biller-Andorno N et coll. « Ethical Physician Incentives : from carrots and sticks to
shared purpose ». N Engl J Med 2013, 368, 980-982.
 Blanchard P. et Coll. « Prevalence and causes of burn out amongst oncology residents
: a comprehensive natiowide cross-sectional study ». Eur J Cancer 2010, 46,
2708-2715.
 Cancer de la prostate : identification des facteurs de risque et pertinence d’un dépistage
par dosage de l’antigène spécifique prostatique (PSA) de populations
d’hommes à haut risque. Rapport d’orientation. HAS, 2012.
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 Delfieu D, Erriau G. « Médecine générale et cancer : état des lieux ». Oncomagazine,
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 Ganem G et coll. « Prise en charge initiale : résultats des enquêtes CPRIM sur le
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qualité dans les CLCC ». Bull Cancer 2010, 97, 1163-1170.
 Grudé F. Proposition d’organisation autour du patient traité par voie orale anticancéreuse.
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 Indicateur Réunion de Concertation Pluridisciplinaire en cancérologie : campagne
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 Kinnane NA « Evaluation of a hospital-based cancer information and support centre
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 L’Etat de santé de la population en France, suivi des objectifs annexés à la loi de
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national du cancer, juin 2010, décembre 2010, juin 2011, décembre 2011, juin
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 Pour un renforcement du contrôle du tabac en France : place des hausses dissuasives
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après le cancer. Institut national du cancer, 2012.
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Recommandations pour le troisième plan cancer Page 150
 Synthèse de l’activité 2010 de double lecture des cancers rares de l’adulte et des
lymphomes. Institut national du cancer, octobre 2011.
 Synthèse de l’activité d’oncogénétique, consultations et laboratoires. Institut national
du cancer, 2012.
 Vivre la fin de vie chez soi. Observatoire national de la fin de vie, mars 2013.
 Wessels H et Coll. « Medical Oncology patients preferences with regard to health
care: development of a patient-driven questionnaire ». Ann Oncol 2009, 20, 1708-
1713.
Contributions
Près de 2 800 contributions à la préparation du 3e plan cancer ont été adressées à Jean-
Paul VERNANT, de façon directe, via le site du Plan cancer (plan-cancer.gouv.fr) ou via des
acteurs associatifs tels que la Ligue contre le cancer. Le professeur VERNANT tient à remercier
sincèrement l’ensemble des contributeurs, personnes malades, proches, usagers
du système de santé, professionnels, associations. Parmi ces contributeurs, se trouvent
notamment :
INSTITUTIONS ET ORGANISMES PROFESSIONNELS
 Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du
travail (ANSES)
 Agences régionales de santé (ARS) (document de synthèse réalisé par la DGS, avec
la DGOS)
 Alliance contre le tabac
 Alliance pour la recherche et l'innovation des industries de santé (ARIIS)
 Association CODES (COurs D'ESthétique à option humanitaire et sociale) - CHU de
Tours
 Association des coordonateurs de dépistage des cancers (ACORDE)
 Association des coordonateurs de réseaux de cancérologie (ACORESCA)
 Association française d’urologie (AFU)
 Association française des infirmiers de cancérologie (AFIC)
 Association française des infirmier(e)s de thérapie cellulaire hématologie oncologie
et radiothérapie (AFITCH OR)
 Association francophone pour les soins oncologiques de support (AFSOS)
 Centre ETOILE
 Collège de radiothérapie d’Ile-de-France
 Collège national des internes en oncologie médicale
 Comité des usagers et des professionnels de l’Institut national du cancer (Comup)
 Comité national contre le tabagisme (CNCT)
 Conférence des cancéropôles
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 151
 Conseil national de cancérologie (CNC)
 Conseil scientifique international de l’Institut national du cancer
 Fédération d’imagerie du cancer (SFR)
 Fédération des CECOS
 Fédération des spécialités médicales (FSM)
 Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR)
 Fédération nationale des spécialistes d’organes en oncologie (FNS2O)
 Fondation ARC pour la recherche sur le cancer
 FORCOMED (Association de formation des médecins spécialistes et de leurs collaborateurs)
 Générale de santé
 Groupe de réflexion D’une logique de structure à une logique de soins (2LS)
 Groupe intercancéropôles sur la microscopie virtuelle
 Institut Gustave Roussy (IGR)
 Institut supérieur de rééducation psychomotrice (ISRP)
 Intergoupe francophone de cancérologie thoracique (IFCT)
 LEEM – Les entreprises du médicament
 Programme MATWIN (Maturation & accelerating translation with industry)
 Réseau territorial ONCO41
 Société française de physique médicale (SFPM)
 Société française de psycho-oncologie (SFPO)
 Société française de radiothérapie oncologique(SFRO)
 Société française des jeunes radiothérapeutes oncologues (SFJRO)
 Société française des professionnels en activités physiques adaptées (SFP-APA)
 Société nationale française de colo proctologie (SNFCP)
 Syndicat des médecins pathologistes français (SMPF)
 Unicancer – Fédération française des centres de lutte contre le cancer
 Union nationale hospitalière privée en cancérologie (UNHPC)
ASSOCIATIONS DE MALADES ET D’USAGERS
 Les Aguerris
 Droits des non fumeurs (DNF)
 Cancer Contribution (plateforme collaborative)
 Cent pour Sang la Vie
 CollectifK
 Ensemble contre le cancer
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 152
 EVA pour la vie
 Imagine for Margo
 Ligue contre le cancer
 La Maison du bonheur
 Résiste 06
 SOS injustice
 Sport Cancer Santé de Sambre Avesnois
 Tribu cancer
 Vivre avec la LMC
PERSONNALITES QUALIFIEES
 Claude Attali
 André Aurengo
 Thierry de Baere
 Yazid Belkacémi
 Dominique Bordessoule
 Catherine Cerisey
 Laure Copel et Michèle Lévy-Soussan
 Anne Dulioust
 Denis Querleu
 Philippe Rougier
 Thomas Tursz
 Patrice Viens
 Luc Xerri
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 153
Annexe 5 : Evaluation des objectifs « cancers »
de la loi de santé publique de 2004
L’évolution des indicateurs de la Loi de santé publique de 2004 permet d’apprécier la
dynamique enclenchée par les plans cancer.
Les données présentées ci-dessous sont issues du suivi des indicateurs de la Loi réalisé
par la DREES. Elles ont servi de base à l’évaluation de l’impact des 1er et 2e plans cancer
présentée dans ce document.
OBJECTIF
Diminuer la consommation annuelle moyenne d'alcool par habitant de 20% (passer de
10,7 l/an/habitant en 1999 à 8,5 l/an/habitant d'ici à 2008).
L’objectif a été reformulé : « Faire passer la consommation par habitant âgé de 15 ans ou
plus de 14,4 litres d’alcool pur en 1999 à 11,5 litres en 2008 ». Le choix de cette
population entraîne une hausse du niveau de l’indicateur.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur un indicateur : Consommation d’alcool sur le territoire
français en litres d’alcool pur par habitant âgé de 15 ans ou plus.
La diminution de la consommation d’alcool s’est ralentie depuis 2005. Cette diminution
provient essentiellement de la baisse de la consommation de vin.
OBJECTIF
Réduire la prévalence de l'usage à risque ou nocif de l'alcool et prévenir l'installation de la
dépendance.
Les indicateurs de suivi de cet objectif sont issus d’enquêtes déclaratives en population
générale.
Prévalence déclarée des consommations d’alcool à risque dans l’année :
 La prévalence de consommation d’alcool à risque est passée de 36,6 % à 37,2 % entre
2005 et 2010.
 Les risques d’alcoolisation sont deux à trois fois plus élevés chez les hommes que chez
les femmes.
 On observe chez les plus jeunes, un accroissement des usages à risque en particulier
chez les jeunes femmes de 18-24 ans.
 Les artisans-commerçants, agriculteurs et ouvriers non qualifiés sont les plus exposés
au risque d’alcoolisation chronique. Pour les femmes, la proportion de cadres est plus
élevée que les autres catégories professionnelles pour l’alcoolisation ponctuelle et
chronique.
Prévalence des consommations d’alcool et des ivresses régulières déclarées par
les jeunes de 17 ans :
 La consommation régulière a diminué entre 2003 et 2008 mais les ivresses répétées
sont à la hausse ave un risque plus important chez les garçons.
Nombre de décès, taux brut et taux standardisé de mortalité liée à
l’imprégnation éthylique chronique :
 Le nombre de décès lié à l’imprégnation éthylique a diminué de 12% entre 2000 et
2008.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 154
La prévalence des conduites d’alcoolisation à risque ne s’est pas modifiée durant la
période d’observation de cet indicateur. La tendance est à une augmentation des
conduites d’alcoolisation aigue.
OBJECTIF
Abaisser la prévalence du tabagisme (fumeurs quotidiens) de 33 à 25 % chez les hommes
et de 26 à 20 % chez les femmes d'ici 2008 (en visant en particulier les jeunes et les
catégories sociales à forte prévalence).
Le suivi de cet objectif s’appuie sur les indicateurs suivants.
Prévalence déclarée des fumeurs quotidiens (15-75 ans) :
 Après une diminution globale du tabagisme quotidien entre 2000 et 2005, la part des
fumeurs quotidiens chez les 15-75 ans a augmenté entre 2005 et 2010. En 2010, 26 %
des femmes et 32,4 % des hommes de 15-75 ans déclarent fumer quotidiennement
 Entre 2005 et 2010, l’augmentation de prévalence du tabagisme quotidien est deux fois
plus importante chez les chômeurs que chez les actifs.
 Le gradient social est marqué, avec une consommation plus élevée chez les ouvriers et
des taux plus bas chez les cadres et agriculteurs.
 Le nombre moyen de cigarettes fumées par jour par les fumeurs quotidiens a diminué.
Cette diminution est plus importante chez les hommes que chez les femmes.
 L’âge du début du tabagisme quotidien a baissé entre 2005 et 2008.
Nombre de décès et taux standardisé de mortalité par cancer :
Le développement du tabagisme féminin au cours des dernières décennies se traduit par
un accroissement du taux standardisé de décès en particulier chez les femmes de moins
de 65 ans, alors qu’il a diminué chez les hommes. Les décès restent cependant
majoritairement masculins pour tumeurs du larynx, de la trachée, des bronches et du
poumon.
OBJECTIF
Réduire le tabagisme passif dans les établissements scolaires (disparition totale), les lieux
de loisirs et l'environnement professionnel.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur un indicateur principal.
Proportion d’établissements publics où l’usage du tabac est effectivement
prohibé ou qui limitent la consommation de tabac à des espaces réservés et
convenablement ventilés :
 Le décret du 15 novembre 2006 a interdit totalement de fumer dans l’enceinte des
établissements scolaires et de santé. Pour le milieu professionnel et les lieux de loisirs,
la réglementation n’autorise le tabac que dans des salles fermées et ventilées.
 En avril 2006, 24 % des établissements de santé ont interdit le tabac et 40 % des
lycées privés et publics ont interdit le tabac pour les seuls élèves.
Deux indicateurs complètent le suivi de cet objectif : le pourcentage de personnes
déclarant être exposées à la fumée du tabac à l’intérieur de leur domicile et le
pourcentage de personnes déclarant être exposées à la fumée du tabac dans les lieux
publics.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 155
Au premier semestre 2008, 74 % des personnes concernées déclarent ne jamais être en
contact avec la fumée des autres sur leur lieu de travail.
Un non fumeur sur cinq déclare être régulièrement ou de temps en temps exposé à la
fumée de tabac à domicile.
OBJECTIF
Réduire de 20% la prévalence du surpoids et de l’obésité (IMC>25Kg/m2) chez les
adultes ; passer de 42 % en 2003 à 33% en 2008.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur un indicateur principal.
La surcharge pondérale en population adulte :
 Le surpoids et l’obésité varient selon la catégorie socioprofessionnelle et le niveau scolaire.
 Les enquêtes déclaratives retrouvent les variations par sexe et niveau social. Depuis les
années 1990, le surpoids et l’obésité augmentent chez les hommes comme chez les
femmes et est plus marqué pour l’obésité.
 Des disparités géographiques sont également notées : les prévalences de surpoids et
d’obésité sont plus élevées dans le Nord, l’Est et le bassin parisien.
OBJECTIF
Augmenter de 25 % la proportion de personnes, tous âges confondus, faisant par jour,
l’équivalent d’au moins 30 minutes d’activité physique d’intensité modérée, au moins cinq
fois par semaine : passer de 60 % pour les hommes et 40 % chez les femmes
actuellement, à 75 % pour les hommes et 50 % pour les femmes d’ici à 2008.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur les indicateurs suivants.
Proportion de personnes ayant une activité physique de niveau « modéré » ou
« élevé :
 Entre 6 et 8 adultes sur 10 auraient une activité physique de niveau modéré ou élevé.
 La proportion d’individus pratiquant une activité physique modérée est toujours un peu
plus importante chez les hommes que chez les femmes.
 Ces proportions varient selon la catégorie socioprofessionnelle.
 Les variations régionales sont faibles.
Proportion de personnes ayant une activité physique de niveau « élevé » :
 Entre 27 % et 46 % des personnes interrogées pratiquent une activité physique de
niveau élevé.
 La proportion d’hommes est plus élevée que celle des femmes.
 Des variations importantes sont observées selon les catégories socioprofessionnelles.
 Selon l’étude Eurobaromètre de 2002 24,1 % des adultes en France pratiquaient une
activité physique de niveau élevé, ce qui correspondait à l’une des plus faibles
fréquences observées en Europe.
Proportion de personnes qui déclarent faire du sport habituellement.
 D’après le baromètre santé 2005, 58 % des personnes de 15-74 ans ont déclaré avoir
eu une activité sportive dans les sept jours, ou pratiquer habituellement un sport.
 Les hommes font d’avantage de sport que les femmes (62 % contre 54 %), cette
pratique diminuant avec l’âge.
 Des variations importantes entre catégories socioprofessionnelles sont observées.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 156
OBJECTIF
Diminuer d’au moins 25 % la prévalence des petits consommateurs de fruits et légumes :
passer d’une prévalence de l’ordre de 60 % en 2000 à 45 % (objectif 10 et PNNS).
Le suivi de cet objectif s’appuie sur les indicateurs suivants :
Proportion de personnes déclarant consommer moins de 3,5 portions de fruits
et légumes par jour :
 Les consommations varient selon le niveau d’études et la catégorie socioprofessionnelle
(les retraités, agriculteurs et cadres consomment plus de fruits et légumes).
 La consommation de fruits et légumes semble augmenter depuis le début des années
2000, chez les hommes comme chez les femmes.
Proportion de personnes déclarant avoir consommé moins de 5 portions de
fruits ou légumes par jour :
 Entre les études INCA (1998-1999) et INCA 2(2006-2007), la part des adultes consommant
moins de 5 portions de fruits et légumes par jour a significativement diminué.
Achats de fruits et légumes par personnes et par an :
 Les données de comptabilité nationale confirment une augmentation des achats de
fruits mais pas de ceux de légumes.
OBJECTIF
Réduire les effets sur la santé des travailleurs des expositions aux agents cancérogènes
(cat 1 et 2) par la diminution des niveaux d’exposition.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur un indicateur principal :
Pourcentage de personnes exposées aux agents cancérogène (cat 1 et 2) par
secteur d’activité et par type de substance pour les sept principales substances
cancérogènes :
 En 2003, 1,1 million de salariés étaient exposés à au moins un des produits cancérogènes
classés en catégorie 1 ou 2 par l’Union européenne.
 Les expositions sont les plus fréquentes dans les secteurs de la construction, des biens
de consommation et des biens intermédiaires.
 Pour tous les produits, les ouvriers sont les plus exposés (deux fois plus que l’ensemble
des salariés).
 Pour une proportion importante d’exposés, aucune protection collective ou individuelle
n’est mise à disposition.
 Les hommes sont beaucoup plus exposés que les femmes du fait de leur prédominance
parmi les ouvriers.
L’évolution de cet objectif n’a cependant pas pu être mesurée du fait de la non réédition
de l’enquête SUMER après 2003.
OBJECTIF
Réduire l’exposition au radon dans tous les établissements d’enseignement et dans tous
les établissements sanitaires et sociaux en dessous de 400 Bq/m3 (valeur guide de l’UE).
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 157
Le suivi de cet objectif s’appuie sur les indicateurs suivants :
Pourcentage d’établissements scolaires et autres (sanitaires et sociaux) ayant
des concentrations de radon supérieures à 400 Bq/m3 dans les 31
départements considérés comme prioritaires :
 L’absence de connaissance du nombre d’établissements entrant dans le champ de la
réglementation portant sur le radon ne permet pas de calculer cet indicateur.
 Le bilan des campagnes 2008-2009 montre que 27 départements sur 31 jugés prioritaires
ont effectués des mesures de dépistage.
Taux de couverture du programme de détection :
 Le taux de couverture semble proche de l’exhaustivité pour les départements prioritaires.
Entre 5 % et 12 % des décès par cancer du poumon observés chaque année en
France seraient attribuables à l’exposition domestique au radon.
OBJECTIF
Prévenir la douleur d’intensité modérée et sévère dans au moins 75 % des cas où les
moyens techniques actuellement disponibles permettent de le faire, notamment en postopératoire,
pour les patients traités pour un cancer (à tous les stades de la maladie), et
lors de la prise en charge diagnostique ou thérapeutique des enfants.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur un indicateur principal qui n’est pas liée au cancer
(Proportion de femmes qui ont eu une anesthésie péridurale ou une rachianesthésie lors
d’un accouchement).
Deux indicateurs complémentaires peuvent concerner des patients porteurs de cancer :
Personnes déclarant être satisfaites (très satisfaites ou plutôt satisfaites) du
traitement reçu pour soulager la douleur
 Parmi les 15-75 ans, 77,2 % se déclarent très ou plutôt satisfait en 2010 alors qu’ils
étaient 80,8 % en 2000.
Consommation d’antalgique en milieu ambulatoire :
 Selon les données de la CNAMTS, les prescriptions d’antalgiques ont tendance à augmenter
entre 2002 et 2009.
L’objectif « douleur » concerne assez peu le cancer. Cependant, la prescription
d’antalgique à augmenté, et les personnes se déclarent plutôt satisfaites du traitement
reçu pour soulager la douleur.
OBJECTIF
Poursuivre la baisse de l’incidence du cancer du col de l’utérus de 2,5 % par an,
notamment par l’atteinte d’un taux de couverture du dépistage de 80 % pour les femmes
de 25 à 69 ans et l’utilisation du test HPV.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur les indicateurs suivants :
Incidence du cancer du col de l’utérus :
 L’incidence du cancer du col de l’utérus diminue depuis 25 ans, mais de façon moins
importante depuis 2000.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 158
Taux de couverture du dépistage par frottis cervico-utérin (FCU) entre 25 et 65
ans :
 Un léger accroissement des taux de dépistages est noté entre 2004-2006 et 2007-2009
pour toutes les classes d’âge (58,5 % contre 57 %).
Le nombre annuel de frottis réalisés en médecine libérale chez les femmes de
25 à 65 ans.
 Ce nombre ne cesse d’augmenter depuis 2004.
Proportion de femmes de 25 à 65 ans ayant déclaré avoir eu un frottis cervicoutérin
dans les trois années précédentes.
 Parmi les femmes de 25 à 65 ans interrogées dans le baromètre santé 2010, 83 % ont
déclaré avoir eu un FCU au cours des trois dernières années. On constate d’importantes
variations selon l’activité professionnelle, la catégorie professionnelle, le niveau de diplôme
et l’absence de couverture complémentaire.
OBJECTIF
Contribuer à l’amélioration de la survie des patients atteints de tumeurs, notamment en
assurant une prise en charge multidisciplinaire et coordonnée pour 100 % des patients.
Deux indicateurs permettent le suivi de cet objectif :
La suivie relative cinq ans après le diagnostic :
 La survie relative diminue avec l’âge (plus grande fragilité, stade plus évolué, thérapeutique
moins efficace..).
 La survie est améliorée pour la plupart des cancers (à l’exception du cancer du poumon)
en raison des progrès thérapeutique et de l’amélioration du diagnostic.
Nombre de dossiers de patients enregistrés en réunions de concertation
pluridisciplinaire (RCP) au sein des réseaux de cancérologie (RRC) :
 Depuis 2005, le nombre de dossiers déclarés enregistrés en RCP a été multiplié par 2,5.
 Il n’y a pas d’indicateur de l’impact de cette mesure.
OBJECTIF
Réduire le pourcentage de cancers du sein à un stade avancé parmi les cancers dépistés
chez les femmes, notamment par l’atteinte d’un taux de couverture du dépistage de 80%
pour les femmes de 50 à 74 ans.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur les indicateurs suivants :
Stades au diagnostic pour le dépistage organisé
 Les données montrent des taux de cancers de bon pronostic, satisfaisants au regard
des références européennes. Le taux de détection des cancers en 2009 est de 6,3 cancers
pour 1000 femmes dépistées alors qu’il était de 7,8 en 2004. Parmi les cancers détectés
en 2008, 14,3 % étaient au stade in situ.
Taux de couverture du dépistage organisé et spontané
 Le taux de femmes de 50 à 74 ans ayant eu au moins une mammographie au cours des
deux années est passé de 49,8 % à 63,1 % entre la période 2004-2005 et la période
2008-2009.
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 159
Taux de participation au programme organisé de dépistage
 Calculé sur l’ensemble des départements, ce taux passe de 40,2 % en 2004 à 52 % en
2010. Aucun département n’a atteint le seuil de référence préconisé. Cinq départements
se rapprochent de la valeur seuil, Paris se caractérise par le taux de participation au
dépistage organisé le plus faible (27,1 %).
Proportion de femmes de 50 à 74 ans déclarant avoir passé une mammographie
de dépistage (organisé et spontané)
 En 2010, 94 % des femmes de 50 à 74 ans ont déclaré avoir effectué une mammographie
au cours de leur vie. La proportion de femmes déclarant avoir réalisé une mammographie
dans les deux ans est plus faible, mais n’a cessé d’augmenter pour atteindre
la valeur de 80 % en 2010.
 Il existe des disparités socio-économiques. Toutefois ces disparités semblent se réduire
depuis la généralisation du dépistage en 2004.
OBJECTIF
Améliorer les conditions de détection précoce du mélanome.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur 2 indicateurs :
Incidence et mortalité du cancer de la peau
 Entre 2005 et 2010 l’incidence a légèrement augmenté chez les hommes (elle est estimée
à 8,8 cas pour 100 000 femmes et de 8,2 cas pour 100 000 hommes en 2010
contre 7,6 cas pour 100 000 hommes en 2005). Ce sont toutefois les mélanomes de
faible épaisseur qui ont augmenté. Le taux de mortalité a reculé chez les femmes.
Proportion de mélanomes dépistés à un stade précoce (indice de Breslow)
 Il y a eu une augmentation de 7 % aussi bien chez les hommes que chez les femmes
du taux d’incidence des mélanomes ayant un indice de Breslow inférieur à 1mm.
OBJECTIF
Renforcer la surveillance épidémiologique nationale des cancers thyroïdiens.
Aucune donnée n’est disponible dans le dernier rapport de la DREES.
OBJECTIF
Définir d’ici quatre ans une stratégie nationale du dépistage du cancer colorectal.
Le suivi de cet objectif s’appuie sur un indicateur principal :
Taux de participation au dépistage organisé du cancer colo-rectal
 Sur la période 2009-2010, le taux de participation national au dépistage organisé est de
34 %, avec une participation plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Il
existe une grande disparité entre les régions
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 160
Annexe 6 : Listes des sigles et acronymes
ABM
ACP
ACSé
AcSé (programme)
AERAS (convention)
AERES
AFSOS
AFU
AGRICAN (cohorte)
AIRE
AJA
ALD
AMM
ANSES
ANSM
APA
APESEO
ARC (fondation)
ARIIS
ARS
ASIP
ASN
ASV
ATIP (contrat)
AVIESAN
BEH
BRCA1
CCAM
CECOS
CépiDc
CHU
CIRC
CISS
CLCC
CLIP
CMR
CMU
CMU-c
CNAMTS
CNEC
CNG
CNSA
CNU
COMUP
CPDPN
CRB
CRU
CSH
DCC
DES
agence de la biomédecine
anatomie et cytologie pathologiques
agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances
accès sécurisé à des thérapies ciblées innovantes
s’assurer et emprunter avec un risque aggravé de santé
agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur
association francophone des soins oncologiques de support
association française d’urologie
agriculture et cancer
accueil, information, rencontre et écoute sur les cancers
adolescents et jeunes adultes
affection de longue durée
autorisation de mise sur le marché
agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de
l’environnement et du travail
agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé
activité physique adaptée
activités physiques et socio-esthétiques en oncologie
association pour la recherche sur le cancer
alliance pour la recherche et l’innovation des industries de la santé
agence régionale de santé
agence des systèmes d’information partagés de santé
autorité de sûreté nucléaire
atelier santé ville
actions thématiques et incitatives sur programme jeunes chercheurs
alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé
bulletin épidémiologique hebdomadaire
breast cancer (gène de prédisposition héréditaire du cancer du sein)
classification commune des actes médicaux
centre d’étude et de conservation des oeufs et du sperme humains
centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (INSERM)
centre hospitalier universitaire
centre international de recherche sur le cancer
collectif interassociatif sur la santé
centre de lutte contre le cancer
centre d’essais cliniques précoces
cancérogène, mutagène ou repro-toxique
couverture maladie universelle
couverture maladie universelle complémentaire
caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés
collège national des enseignants en cancérologie
centre national de gestion des praticiens hospitaliers, des directeurs
d’hôpitaux et des concours et examens
caisse nationale de solidarité pour l’autonomie
conseil national des universités
comité des usagers et des professionnels de l’INCa
centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal
centre de ressources biologiques
commission des relations avec les usagers
cellules souches hématopoïétiques
dossier communicant de cancérologie
diplôme d’études spécialisées
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 161
DESC
DHOS
DGOS
DGRI
DGS
DH
DIU
DIRC
DMP
DOM
DPC
DRC
DREES
DU
EGFR
ENC
EPST
ERC
ESPAD (enquête)
ETP
FEHAP
FNARS
FNORS
FRANCIM
GHS
GMP
HAS
HCSP
HELIOS (projet)
HLA (phénotype)
HPST (loi)
HPV
ICGG
IDE
IGRT
INCa
INPES
INSERM
InVS
IPAQSS
IRDES
IRM
KRAS
MATWIN
MCU-PH
MDPH
MILDT
MTI
NHS
diplôme d’études spécialisées complémentaires
direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins
direction générale de l’offre de soins
direction générale de la recherche et de l’innovation
direction générale de la santé
direction des hôpitaux
diplôme interuniversitaire
délégation interrégionale à la recherche clinique
dossier médical personnel
département d’outre-mer
développement professionnel continu
direction de la recherche clinique
direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des
statistiques
diplôme universitaire
epidermal growth factor receptor (récepteur du facteur de croissance
épidermique)
épreuves classantes nationales
établissement public à caractère scientifique et technologique
espace ressources cancers
european school survey project on alcohol and other drugs
équivalent temps plein
fédération des établissements hospitaliers et d'aide à la personne
privés non lucratifs
fédération nationale des associations de réinsertion sociale
fédération nationale des observatoires régionaux de la santé
réseau France cancer incidence mortalité
groupe homogène de séjours
good manufacturing practice
haute autorité de santé
haut conseil de la santé publique
health investments observatory
human leukocyte antigen
loi portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et
aux territoires
human papilloma virus
international cancer genome consortium (consortium international de
génomique)
infirmier diplômé d’Etat
image-guided radiation therapy (radiothérapie guidée par l’image)
institut national du cancer
institut national de prévention et d’éducation pour la santé
institut national de la santé et de la recherche médicale
institut de la veille sanitaire
indicateur pour l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins
institut de recherche et documentation en économie de la santé
imagerie par résonance magnétique
gène (Kirsten rat sarcoma virus)
maturation & accelerating translation with industry
maître de conférences des universités - praticien hospitalier
maison départementale des personnes handicapées
mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie
médicament de thérapie innovante
national health service
Recommandations pour le troisième plan cancer Page 162
OIR
ORL
ORS
PHRC
PME
PMSI
PPS
PSA
PU-PH
RCMI
RCP
REACH (protocole)
RNIPP
SEPS
SFCE
SFR
SFRO
SHS
SIRIC
SNIIRAM
STIC
SUMER (enquête)
T2A
TBI
TEP
TEP-CT
TEP-IRM
TISF
TOM
TPE
UCOG
UNICANCER
USP
UTCG
UV
VAE
3 C
organisation inter-régionale de recours
oto-rhino-laryngologie
observatoire régional de la santé
programme hospitalier de recherche clinique
petites et moyennes entreprises
programme de médicalisation des systèmes d’information
programme personnalisé de soins
antigène spécifique prostatique
professeur des universités - praticien hospitalier
radiothérapie conformationnelle par modulation d’intensité
réunion de concertation pluridisciplinaire
registration, evaluation and autorisation of chemicals
répertoire national d’identification des personnes physiques
symptôme d’épuisement professionnel des soignants
société française de lutte contre les cancers et les leucémies de
l’enfant et de l’adolescent
société française de radiologie
société française de radiothérapie oncologique
sciences humaines et sociales
site de recherche intégrée sur le cancer
système national d’informations inter-régimes de l’assurance maladie
soutien aux techniques innovantes et coûteuses
surveillance médicale des risques professionnels
tarification à l’activité
total body irradiation
tomographie par émission de positons
tomographie par émission de positons - computed tomography scan
tomographie par émission de positons - imagerie par résonance
magnétique
technicien d’intervention sociale et familiale
territoire d’outre-mer
très petites entreprises
unité de coordination en oncogériatrie
groupement des centres de lutte contre le cancer
unité de sang placentaire
unité de thérapie cellulaire et génique
ultra violet artificiel
validation des acquis de l’expérience
centre de coordination en cancérologie
Professeur Jean-Paul VERNANT
Juillet 2013
PROFESSEUR JEAN-PAUL VERNANT
JUILLET 2013
RAPPORT À LA MINISTRE DES AFFAIRES SOCIALES ET DE LA SANTÉ
ET À LA MINISTRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE
Recommandations pour
le troisième Plan Cancer
PROFESSEUR JEAN-PAUL VERNANT
JUILLET 2013